Après un premier EP, Deaf to Suffering, paru en 2024, c'est avec un nouveau "Extended Play" que revient cette année Glassbone. Intitulé Ruthless Savagery, l'objet, dont le superbe artwork est signé de l'artiste italien Paolo Girardi, paraîtra le 13 février chez Iron Fortress Records. On peut en écouter un avant-goût avec Testimony of Death, morceau de death metal typé hardcore sur lequel les franciliens ont invité les transalpins de Fulci.
dimanche 4 janvier 2026
VIDÉO : FROST - THE GATE
Vétéran de la scène black metal européenne depuis trente ans, Frost avait sorti en septembre de l'année dernière son septième album studio, Age of Fading and Doom, via le label GrundRecords. Le groupe hongrois en poursuit la promotion en dévoilant une vidéo pour The Gate, morceau extrait du dit album, et que vous pouvez visionner ci-dessous.
LE COIN DES DÉMOS (04/01/26)
Chaque dimanche, Ravage Cérébral ouvre les portes de l'enfer et s'enfonce dans les bas-fonds les plus insalubres pour y rechercher des groupes récents de metal extrême tapis dans les profondeurs de l'underground.
Spektrum - Demo I (2025) :
Direction la Patagonie, au sud du Chili, avec ce jeune trio latino qui signe une première démo prometteuse comportant une courte introduction instrumentale et deux morceaux, In the Abyss of Madness et Triumphirum Death, s'inscrivant dans un death metal old school oppressant, caverneux et cryptique, légèrement teinté de doom. Si l'on tend bien l'oreille, l'influence des groupes de metal extrême sud-américains les plus anciens se fait ressentir, ce qui ajoute une dimension cauchemardesque à ce premier essai. Pas de surprise au final mais, le potentiel est bel et bien là , suscitant une certaine curiosité pour cette formation.
Bestial Abyss - Promo MMXXV (2025) :
Restons dans le registre caverneux avec ce groupe californien basé à San Diego qui a déjà sorti deux EPs en 2024 et qui propose sur ce nouveau matériel promotionnel du death old school très lourd agrémenté d'un son crasseux qui vient renforcer l'ambiance malsaine se dégageant de l'ensemble. Le groupe porte d'ailleurs bien son nom, tellement il montre une impression de bestialité dans les compositions enregistrées sur cette démo. Sous certains aspects, les structures peuvent éventuellement évoquer des formations pliées à ce genre de pratique comme Mortiferum, Disma, Krypts, Funebrarum ou pourquoi pas Ossuary. Si vous connaissez tous ces groupes, vous savez désormais dans quoi vous mettez les pieds.
Famine - Perpetual Convalescence (2025) :
Bienvenu dans l'esprit créatif de Matteo Cavaggion, artiste italien originaire de Vicence, musicien multi-instrumentiste à l'origine de ce projet fondé en 2019 et dont c'est la troisième démo. Autant le dire, l'homme est assez déroutant, dévoilant sur quatre morceaux tous d'une durée supérieure à cinq minutes un blackened death metal très élaboré, qui fait songer à la vieille école du genre, notamment sur Lenses ainsi que sur le morceau-titre mais, auquel le musicien ajoute des éléments plus modernes et plus spécifiques pouvant faire songer à Eucharist, Sarcasm ou Gates of Ishtar. Du death très inspiré, qui sort de l'ordinaire et qui demande à l'auditeur un effort de concentration devant nécessiter plusieurs écoutes. Cette démo ne se laisse pas apprivoiser facilement mais, n'en demeure pas moins fascinante.
Surgical Abuse - S/T Demo 2024 (2024) :
Encore un projet solo avec un jeune artiste qui nous vient du Luxembourg, à Esch-sur-Alzette, pour être précis. Il a ici composé cinq morceaux calibrés death old school résolument tournés vers le début des années 90, avec un penchant très prononcé pour la scène scandinave, en particulier suédoise et finlandaise. Ajoutez-y une petite touche de black metal et vous obtenez un sympathique mélange qu'on pourrait situer quelque part entre Grave, Entombed, Funebre et même le Darkthrone de la toute fin des années 90. Le gars ne manque pas d'inspiration, c'est le moins qu'on puisse dire.
Retrenchment - Retrenchment (2025) :
Achevons les derniers survivants avec ce duo américano-canadien dans lequel officie l'expérimenté musicien Braden Boardman, guitariste du groupe thrash metal Nuclear Wasteland. Nous voici sur cette démo dans du pur death metal old school sale et dégoulinant de mauvaises intentions qui va sans doute vous rappeler, sous certains aspects, la scène américaine du début des années 90, surtout Massacre et Autopsy, avec une subtile touche de Necrophagia et Deceased pour assaisonner le tout. Les plus nostalgiques d'entre vous ne résisteront pas.
samedi 3 janvier 2026
CHRONIQUES DE LA FOSSE : GENOCIDIO - DEPRESSION (1990)
L'histoire du death metal au Brésil suit une trajectoire à peu près similaire à celle des États-Unis. À partir d'épicentres situés principalement à São Paulo et Belo Horizonte, une vague déferlante s'étendit rapidement à tout le pays dans les années 80 avant d'en quitter les frontières pour atteindre les nations voisines, notamment le Chili et la Colombie. Très logiquement, les noms de Sepultura et de Sarcófago reviennent le plus souvent en tant que précurseurs, sans oublier Vulcano et Mutilator. On est donc dans un schéma classique d'émergence et d'expansion pareil au modèle américain mais, avec tout de même une nuance qui rend le Brésil fascinant : la diversité de sa scène metal extrême. Dans les années 80, si le heavy metal et le thrash metal se taillaient la part du lion, d'autres styles plus underground comme le blackened death ou le blackened thrash commençaient déjà à émerger grâce à plusieurs des groupes précédemment cités.
Ainsi, en 1986, l'année où Sepultura sort son premier album, Morbid Visions, et avant que Sarcófago n'embraye avec I.N.R.I. en 1987, on voit surgir de São Paulo un nouveau groupe du nom de Genocídio. Quatre ans plus tard, après trois démos et un EP, le groupe dévoile le premier de ses neuf albums, Depression, via un label brésilien qui n'existe plus aujourd'hui, Heavy Metal Maniac Records. Dans un condensé de trente minutes environ, le trio dévoile une surprenante palette qui diffère de ce que l'on pouvait entendre au Brésil durant cette période. Plutôt que de calquer ses compositions dans la mouvance death thrash qui était alors très populaire, Genocídio adopte une posture plus sombre en choisissant la voie tortueuse et expérimentale du blackened death qui était certes déjà présent au début des années 90 mais, moins répandu. Soutenues par un chant guttural remarquablement calibré, les compositions se fondent dans une ambiance malfaisante et délétère lorgnant vers un death lugubre et crasseux ne faisant aucune concession. Sur des morceaux de moins de trois minutes, le groupe laisse exploser une colère noire que des petites pépites comme Only a Solution, Pyromaniacs ou Catalepsy amplifient avec beaucoup de dextérité et un côté brut de décoffrage très appuyé. Cependant, le combo ne contente pas de faire dans le brutal. Là où il nous surprend le plus vient de sa capacité à s'embarquer dans des plans plus techniques que l'on voit se développer sur des morceaux un peu plus longs. Dans ce domaine, Depression, le single qui a donné son titre à l'album, pourrait en dérouter plus d'un de par son approche plus progressive et ses nombreuses petites structures venant s'imbriquer les unes dans les autres. Ce choix se retrouve également dans The Pit and the Pendulum, morceau refermant l'album, avec toujours cette volonté de proposer plusieurs facettes qui vont ensuite se mélanger pour obtenir un tout cohérent.
Sur cet album surprenant, Genocídio faisait le choix radical de s'éloigner des standards de l'époque en créant une identité qui lui était propre. Allait s'ensuivre une période de créativité très intense à raison d'un album tous les trois ans jusqu'en 2002 et qui se poursuit de nos jours malgré la disparition en 2024 de Marco Masiero qui fut le premier chanteur de la formation et que l'on peut entendre sur Depression. À l'écoute de cet album, on comprend pourquoi le Brésil demeure un acteur important de l'évolution du death metal à travers les âges.
CHRONIQUES DE LA FOSSE : KVIST - FOR KUNSTEN MAA VI EVIG VIKE (1996)
C'est au tout début des années 90 que le black metal entre dans une forme de radicalité sous l'impulsion de nouveaux groupes basés en Norvège, parmi lesquels Mayhem, Darkthrone et Immortal. Les thèmes sombres vont alors occuper une place prépondérante dans l'imagerie du genre, allant jusqu'à susciter des polémiques qui, pour certaines, feront la une de l'actualité de l'époque. Dans le même temps, d'autres groupes décident de s'écarter de cette ligne en proposant une approche plus structurée et plus mélodique en lien avec des thématiques très différentes de leurs confrères les plus radicaux, allant de la nature au mysticisme, en passant par les contes et récits épiques, l'occultisme, la mythologie et le vampirisme. C'est là que l'on commence à entendre parler de formations norvégiennes comme Emperor, Satyricon, Ancient, Limbonic Art ou Dimmu Borgir. Grâce à ces groupes, la frange mélodique du black metal acquiert ses lettres de noblesse, devenant très populaire au milieu des années 90.
C'est dans ce contexte que Kvist voit le jour en 1993 à Hønefoss, localité située au nord d'Oslo, dans le Comté de Buskerud. Après deux démos parues l'année suivante, le groupe, qui est alors un trio de musiciens, plonge dans le grand bain en dévoilant en 1996 son premier opus (le seul à ce jour), For Kunsten Maa Vi Evig Vike, via le label Avantgarde Music. Le combo nordique ne sait pas encore qu'il vient de signer un chef-d'œuvre, encore considéré aujourd'hui comme une des pièces maîtresses du black metal mélodique. Pour commencer, et pour bien comprendre ce à quoi nous avons affaire, il faut savoir situer cet album en termes d'influence. Là, c'est très simple, vous prenez les groupes cités en fin de paragraphe précédent et vous obtenez la réponse. Tant qu'à faire, ajoutez-y Urgehal et Isvind, vous aurez alors un aperçu plus précis des eaux dans lesquelles Kvist navigue. Nous sommes donc, vous l'aurez compris, dans un panel d'influences parcourant une sphère assez large de la scène norvégienne, du raw black metal au black mélodique. C'est là que réside la force du trio, celle d'avoir pu trouver sur cet album un équilibre entre la radicalité du black early 90s et les mélodies du black plus sophistiqué qui s'est développé quasiment dans la foulée avant d'atteindre véritablement son excellence à partir de 1993-1994. À partir de là, on constate deux choses : d'abord une instrumentation faisant la part belle à l'amplitude, capable même de prendre énormément d'envergure sur des morceaux plus longs (comme sur le très intense Stupet ou le majestueux Min lekam er meg blott en byrde) ; ensuite un chant typique du black metal de la vieille école se fondant parfaitement dans les structures. C'est donc le mélange de ces deux éléments, instrumentation mélodique et vocaux radicaux, qui opère une surprenante magie portée aux nues par un usage bienvenu des claviers pour la petite touche ténébreuse. Entre agressivité et mélancolie, l'album peut alors adopter des atours mystiques d'une rare intensité que des compositions comme Vettenetter ou le sublime joyau Ars Manifestia restituent très bien.
Kvist signait à n'en pas douter un des disques de black metal les plus inspirés des années 90 avec For Kunsten Maa Vi Evig Vike. Un succès qui, paradoxalement, allait conduire à l'éclatement du groupe en 1997. Mais, voilà qu'après vingt-cinq ans de silence, le projet semble être revenu d'entre les morts sans qu'on en sache plus. À croire que les légendes ne meurent jamais.
CHRONIQUES DE LA FOSSE : DEATHHAMMER - CRIMSON DAWN (2025)
Inséparables compères sur qui le temps ne semble avoir aucune emprise, Sergeant Salsten et Sadomancer (de leurs vrais noms Daniel Kråkevik Salsten et Cato Stormoen) sont depuis vingt ans les figures de proue de Deathhammer, entité formée en terre norvégienne en l'an 2005. Oui, vingt ans. Sachant que les deux lascars ont passé le cap de la trentaine, cela veut dire qu'ils n'étaient encore que de jeunes adolescents lorsqu'ils se sont lancés dans ce projet. Vingt ans donc, et quelques albums plus tard, l'eau a coulé sous les ponts mais, l'envie demeure intacte, si bien qu'à l'été dernier, le duo dévoilait via Hells Headbangers Records le sixième chapitre de ses aventures discographiques, Crimson Dawn.
Ceux qui suivent le groupe depuis ses débuts savent sur quel terrain ils se trouvent. Depuis deux décennies, Deathhammer s'évertue à maintenir la flamme d'un blackened thrash speed metal de la vieille école, fidèle à l'esprit de la fin des années 80 et du début des années 90. Les deux norvégiens pourraient être ainsi les rejetons de Destruction, Aura Noir ou Nifelheim, incontestables sources d'inspiration auxquelles on ajouterait sans problème Nocturnal, Kreator et, tant qu'on y est, le Sodom des débuts, période Obsessed by Cruelty ou Agent Orange. Maintenant que vous avez une idée plus précise du décor, dites-vous bien qu'en vingt ans de carrière, Deathhammer n'a jamais dévié de cette trajectoire musicale, ne serait-ce que d'un pouce. Vous pouvez prendre n'importe lequel de leurs albums, Phantom Knights, Onward to the Pits ou Evil Power, vous retrouverez toujours cette ligne directrice qui guide le combo depuis le commencement, à savoir l'attachement à un thrash metal ultra rapide et très black dans son approche, viscéral et authentique.
C'est peut-être là que réside le problème sur Crimson Dawn, c'est-à-dire, cette étrange impression de tourner en rond même si l'énergie et la passion sont toujours bien présentes. Il est clair que, sous certains aspects, la redoutable machine apparaît toujours aussi rutilante, le groupe ne manquant pas de nous rappeler ses longues années d'expérience sur des morceaux efficaces comme Stygian Lust, Legacy of Pain ou Abyssic Thunder qui ouvre idéalement l'opus en rentrant tête la première dans le vif du sujet. Seulement voilà, à force d'avoir été cuisinée à toutes les sauces, la recette finit par sentir le réchauffé. Ainsi, je ne vous cacherais pas que l'ennui a commencé à pointer le bout de son nez à partir de la quatrième plage et qu'il m'a fallu attendre l'ultime morceau, le mirifique Into the Blackness of Hell, pour me faire reprendre du poil de la bête. Entre les deux, ce fut la période des vaches maigres, comme une longue litanie répétitive cadencée à un rythme de croisière rébarbatif et peu inspiré.
C'est donc une impression mitigée que nous laisse Crimson Dawn. D'un côté, on peut se satisfaire de l'inébranlable fidélité d'un groupe à un style qu'il sait pratiquer grâce aux années d'expérience qu'il a derrière lui, au point qu'il pourrait jouer de ses instruments les yeux fermés, tandis que de l'autre, l'on sent venir une redite lancinante qui, hélas, retire beaucoup de saveur à cet album, créant ainsi un réel déséquilibre dans le processus créatif. Oui, la flamme brûle encore mais, attention à ce qu'elle ne soit pas étouffée par une passion qui finirait par occuper tout l'espace au détriment de la qualité.
vendredi 2 janvier 2026
LE CULTE DE L'UNDERGROUND : DEATH METAL VIDEORAMA VOL. 1
La rubrique Le Culte de l'Underground s'étoffe avec une nouvelle division qui sera entièrement consacrée aux vidéoclips de death metal. Eh oui, il fut un temps, dans les années 90, notamment durant la grande période de diffusion de l'émission culte Headbangers Ball, où les clips étaient légions sur nos écrans, les groupes de death metal de l'époque n'hésitant pas à promouvoir leurs albums dans cet exercice visuel. Ainsi, en fouillant dans les archives, il n'est pas rare de tomber sur des clips gravés dans les annales ou autres sympathiques curiosités. En voici un petit échantillon dans le premier volume de cette rubrique.
Therion ~ Pandemonic Outbreak (Beyond Sanctorum, Active Records, 1992) :
Avant de devenir la bouse metal sympho qu'il est aujourd'hui, Therion était un excellent groupe de death metal, un des plus réputés de Suède à la fin des années 80. On retrouvait ici les nordiques dans un clip malsain et occulte tourné dans la pénombre d'un donjon pour le morceau Pandemonic Outbreak, avec un Christofer Johnsson habité par le démon. Du grand art.
Demolition Hammer ~ Infectious Hospital Waste (Tortured Existence, Century Media Records, 1990) :
C'était le Demolition Hammer de la grande époque, insubmersible et surpuissant, avec son lineup rutilant composé de Steve Reynolds, James Reilly, Derek Sykes et le regretté Vinny Daze (qui mourra six ans après la sortie de Tortured Existence à seulement vingt-huit ans). Ce clip avait beau être très classique dans sa conception en montrant le groupe en conditions live, il transpirait le thrash par tous les pores.
Loudblast ~ Disquieting Beliefs (Disincarnate, Semetery Records, 1991) :
Le groupe de Villeneuve-d'Ascq était dans son âge d'or, figure proéminente du death thrash en France, avec sa mouture composée de Stéphane Buriez, Nicolas Leclercq, Thierry Pinck et François Jamin (décédé en mars 2024 à l'âge de cinquante-sept ans). Rien ne semblait alors en mesure de les arrêter. On les retrouvait ici dans un clip à la réalisation très nerveuse, tantôt sur scène, tantôt au bord de la mer ou parmi les ruines. Ce style de vidéos était alors très répandu au début des années 90.
Merciless ~ Pure Hate (The Awakening, Deathlike Silence Productions, 1990) :
Dans le même style death thrash, Merciless imposait sa marque au fer rouge sur son premier opus, le cultissime The Awakening. Dans le clip conçu pour Pure Hate, un de ses morceaux les plus populaires, le combo suédois apparaissait parmi les ruines d'une ancienne forteresse en pleine nature. L'usage du noir et blanc donnait un côté encore plus sombre et malsain à l'ensemble.
Autopsy Torment - Crucified in Flames (The Seventh Soul of Hell, 1992) :
Nous ne quittons pas la Suède avec l'une des rares vidéos réalisées pour ce groupe qui n'hésitait pas à s'attaquer frontalement à la religion. Le clip dégage quelque chose de funeste et de maléfique, en proposant des images tournées la plupart du temps dans un cimetière, entrecoupées de séquences étranges, déroutantes et hallucinées. Il régnait presque une ambiance proche du black metal dans cette vidéo angoissante. Le groupe était encore en début de carrière et n'allait pas sortir d'album avant dix ans (Orgy of the Dead en 2002).
LE CULTE DE L'UNDERGROUND : MOLD - CREMATED ALIVE
Mold fait partie de ces nombreux groupes qui disparurent aussi vite qu'ils étaient apparus, au point qu'on ne sait pas vraiment en quelle année il mit la clef sous la porte. Fondé à Copenhague en 2011, le combo, dont l'un des membres, le batteur Eik B. Sorensen, mourut en 2018 à seulement vingt-huit ans après être passé brièvement chez la formation deathgrind danoise Necrosis, eut tout juste le temps d'enregistrer deux morceaux promotionnels auxquels furent ajoutés plus tard deux autres compositions, le tout paraissant en 2013 sur une démo, Cremated Alive, que le label Extremely Rotten Productions eut la bonne idée d'éditer dans un format cassette quasi introuvable aujourd'hui.
Si nous prenons le temps d'évoquer la mémoire de cette éphémère formation, à laquelle ont appartenu également Simon Daniel Larsen, vocaliste et guitariste de Phrenelith depuis 2013, et Andreas Nielsen, actuel guitariste de Taphos, c'est parce que Mold est sans doute l'un des symboles des liens très étroits que la scène death metal danoise pouvait entretenir avec son voisin finlandais. Comme vous le savez sans doute (si vos connaissances en histoire du death metal européen ne sont pas trop rouillées), l'épicentre du death metal en Europe se situait en Suède dans la deuxième moitié des années 80, avant que la vague ne déferla rapidement sur les autres pays scandinaves puis, le reste du vieux continent (nous résumons grossièrement les choses étant donné qu'il existe des particularités selon les pays). Cependant, il est intéressant d'observer que le Danemark a rapidement pris la tangente en se démarquant de la Suède pour se rapprocher de l'école dite classique du death finnois caractérisée par ses guitares et ses basses accordées très bas ainsi que sa noirceur permanente (nous y consacrions d'ailleurs un article visible à cette adresse pour ceux qui l'auraient raté). Globalement, et à de très rares exceptions, la majorité des groupes danois qui sont arrivés plus tard, que soit vers la fin des années 90 ou dans les années 2000, et même plus proche de nous dans les années 2010, sont restés très attachés à cette approche typique qu'ont toujours eu les finlandais avec le death metal.
Mold n'y échappe donc pas. Lorsque Cremated Alive paraît le 25 mars 2013, le groupe, qui était alors un quatuor avec deux guitares, montrait très clairement des influences venant de Finlande. Que ce soit sur Corporal Mortification ou Heinous Deformities, les deux titres parus originellement l'année précédente sur du matériel promotionnel, ou sur les morceaux Cremated Alive et Terrifying Visions, le groupe optait pour des rythmiques d'une lourdeur oppressante et des passages très tourmentés qui pouvaient rendre l'ambiance particulièrement cauchemardesque. On était alors tout près de ce que des groupes finlandais de renom pouvaient proposer, comme Demigod ou Funebre, par exemple. Par ailleurs, en terme de noirceur et de lourdeur suffocante, Mold préfigurait sans doute ce vers quoi Phrenelith allait se diriger dès ses débuts en 2013. Si vous avez l'occasion de fouiller un peu plus, vous constaterez, au final, que le Danemark et la Finlande entretiennent depuis le commencement du death metal une relation très symbiotique, les danois s'étant essentiellement beaucoup inspirés de leurs bruyants voisins finlandais. Mold, qui représente un exemple parmi tant d'autres, mérite donc d'être écouté avec intérêt malgré une carrière très courte.
INTO THE CRYPT : SMOULDERING TOMB - MALEDICTIONS UPON THE WRETCHED
Si je vous demandais de citer des groupes qui ont révolutionné la scène death metal britannique, les premiers noms qui vous viendraient à l'esprit seraient sans doute ceux de Bolt Thrower, Benediction, Cancer ou Napalm Death, et vous seriez assurément dans le vrai. Ça tombe bien car, Smouldering Tomb s'inspire à peu près de toutes ces formations mondialement réputées, en ajoutant sa petite touche personnelle. Le groupe, formé il y a peu à Brighton and Hove, s'est retrouvé sous le feu des projecteurs au début de l'été dernier en révélant son premier EP entièrement auto-produit, Maledictions Upon the Wretched.
Alors voilà, pour faire simple, et comme précisé dans le paragraphe précédent, le trio est très investi dans le death metal de la vieille école. Un death lourd, à l'ambiance étouffante, mid-tempo la plupart du temps mais, parfois ponctué de soudaines accélérations tantôt techniques, tantôt agrémentées de rythmiques hardcore à toutes petites doses. Grâce à cette mixture, Smouldering Tomb parvient à trouver le juste équilibre lui permettant de rester très régulier d'un morceau à l'autre. Ainsi, les compositions se maintiennent sur une base solide, tandis que s'exerce une pression constante à laquelle l'auditeur attentif se doit de résister s'il ne veut pas finir dans un amplificateur de douleur.
Si l'instrumentation demeure puissante et oppressante de bout en bout, il ne faut surtout pas oublier, en complément, de saluer la performance remarquable de Marianne Hayes au micro. La chanteuse, qui a également écrit les paroles, assure des vocalises pouvant descendre très bas dans les graves. Cependant, elle sait aussi faire plus que ça en pouvant alterner avec une certaine aisance chant grave et chant aiguë, un peu dans le même registre que le chant hardcore. C'est ainsi qu'elle montre ses remarquables capacités dans ce domaine sur Subduer of All, morceau le plus abouti de cet EP, même si les trois précédents sont largement à la hauteur, notamment Morbific Human Swarm, avec son côté très old school. Il serait surprenant qu'un label ne prenne pas ce groupe sous son aile incessamment sous peu tant ce dernier recèle de qualités qui en font un élément prometteur pour la suite.
CHRONIQUES DE LA FOSSE : PYRE - WHERE OBSCURITY SWAYS (2025)
Si je pouvais résumer Pyre en deux mots, je dirais simplicité et efficacité. Alors qu'il entre dans sa quinzième année de service, le groupe natif de Saint-Pétersbourg continue de se bonifier avec le temps en demeurant fidèle au death metal old school sur lequel il a bâti sa réputation. Depuis ses débuts en 2011, la formation ne s'est jamais embarrassée de superflu. Dès le premier album, Human Hecatomb, paru en 2014 chez Chaos Records, les bases étaient posées et les éléments réunis pour proposer un death d'une grande sincérité, puisant son énergie dans ses racines scandinaves. Grâce à des compositions d'une formidable amplitude laissant la part belle aux guitares, Pyre impose assez rapidement son style en marquant ses influences du côté de chez Grave, Dismember ou autres fleurons de la scène suédoise. Une tendance qui se confirmera six ans plus tard sur le second album du groupe, Chained to Ossuaries (Memento Mori).
Le groupe allait-il modifier sa ligne directrice sur Where Obscurity Sways ? La réponse est clairement non et ce n'est pas plus mal comme ça tant il sait désormais faire preuve d'une aisance remarquable dans le death old school. Paru il y a un an chez Osmose Productions (il s'agit là de la première collaboration des russes avec le label nordiste), l'opus s'affirme dans la parfaite continuité des deux précédents, comme le prolongement d'une saga entamée il y a plus de dix ans, bien que le quatuor (auquel s'est joint entre-temps Oleg Schepelev de Void Monuments) dévoile ici un côté sans doute un peu plus sombre dans les parties les plus mid-tempo des compositions. Pour le reste, la fidélité de Pyre a la vieille école demeure sans faille, l'esprit du swedeath du début des années 90 étant très puissant du premier au dernier morceau. L'instrumentation dévale des pentes vertigineuses dans les moments les plus rapides (sur Chanting Ancient Incantations ou Prognostic of the Apocalypse, par exemple), tandis que les solos de guitares sont très inspirés, aériens et fortement sous l'emprise du son suédois sur de splendides morceaux comme From the Stygian Depths et Writhing Souls. Attention, n'allez surtout pas vous mettre dans l'idée que le groupe imite le death metal suédois, ce n'est pas de cela dont il s'agit. Au contraire, il sait en extraire la sève pour construire son propre univers dont les références sont à situer dans les thématiques récurrentes du death que sont la mort, les ténèbres et la transcendance de l'âme vers un autre état. C'est en explorant ces mondes obscurs que Pyre révèle, comme je l'évoquais, son côté sombre et malfaisant, que des morceaux comme Domains of the Nameless Rites ou le grandiose Pestilential Fumes mettent en évidence.
On aura compris, au final, que Pyre ne réinvente rien sur Where Obscurity Sways. Mais, à quoi bon se lancer dans cette initiative quand un groupe possède le privilège de maîtriser son sujet avec autant d'efficacité ? En remontant le temps avec une certaine maestria, Pyre parvient à faire du très bon death metal old school et c'est bien ça qui compte.
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