Inséparables compères sur qui le temps ne semble avoir aucune emprise, Sergeant Salsten et Sadomancer (de leurs vrais noms Daniel Kråkevik Salsten et Cato Stormoen) sont depuis vingt ans les figures de proue de Deathhammer, entité formée en terre norvégienne en l'an 2005. Oui, vingt ans. Sachant que les deux lascars ont passé le cap de la trentaine, cela veut dire qu'ils n'étaient encore que de jeunes adolescents lorsqu'ils se sont lancés dans ce projet. Vingt ans donc, et quelques albums plus tard, l'eau a coulé sous les ponts mais, l'envie demeure intacte, si bien qu'à l'été dernier, le duo dévoilait via Hells Headbangers Records le sixième chapitre de ses aventures discographiques, Crimson Dawn.
Ceux qui suivent le groupe depuis ses débuts savent sur quel terrain ils se trouvent. Depuis deux décennies, Deathhammer s'évertue à maintenir la flamme d'un blackened thrash speed metal de la vieille école, fidèle à l'esprit de la fin des années 80 et du début des années 90. Les deux norvégiens pourraient être ainsi les rejetons de Destruction, Aura Noir ou Nifelheim, incontestables sources d'inspiration auxquelles on ajouterait sans problème Nocturnal, Kreator et, tant qu'on y est, le Sodom des débuts, période Obsessed by Cruelty ou Agent Orange. Maintenant que vous avez une idée plus précise du décor, dites-vous bien qu'en vingt ans de carrière, Deathhammer n'a jamais dévié de cette trajectoire musicale, ne serait-ce que d'un pouce. Vous pouvez prendre n'importe lequel de leurs albums, Phantom Knights, Onward to the Pits ou Evil Power, vous retrouverez toujours cette ligne directrice qui guide le combo depuis le commencement, à savoir l'attachement à un thrash metal ultra rapide et très black dans son approche, viscéral et authentique.
C'est peut-être là que réside le problème sur Crimson Dawn, c'est-à-dire, cette étrange impression de tourner en rond même si l'énergie et la passion sont toujours bien présentes. Il est clair que, sous certains aspects, la redoutable machine apparaît toujours aussi rutilante, le groupe ne manquant pas de nous rappeler ses longues années d'expérience sur des morceaux efficaces comme Stygian Lust, Legacy of Pain ou Abyssic Thunder qui ouvre idéalement l'opus en rentrant tête la première dans le vif du sujet. Seulement voilà, à force d'avoir été cuisinée à toutes les sauces, la recette finit par sentir le réchauffé. Ainsi, je ne vous cacherais pas que l'ennui a commencé à pointer le bout de son nez à partir de la quatrième plage et qu'il m'a fallu attendre l'ultime morceau, le mirifique Into the Blackness of Hell, pour me faire reprendre du poil de la bête. Entre les deux, ce fut la période des vaches maigres, comme une longue litanie répétitive cadencée à un rythme de croisière rébarbatif et peu inspiré.
C'est donc une impression mitigée que nous laisse Crimson Dawn. D'un côté, on peut se satisfaire de l'inébranlable fidélité d'un groupe à un style qu'il sait pratiquer grâce aux années d'expérience qu'il a derrière lui, au point qu'il pourrait jouer de ses instruments les yeux fermés, tandis que de l'autre, l'on sent venir une redite lancinante qui, hélas, retire beaucoup de saveur à cet album, créant ainsi un réel déséquilibre dans le processus créatif. Oui, la flamme brûle encore mais, attention à ce qu'elle ne soit pas étouffée par une passion qui finirait par occuper tout l'espace au détriment de la qualité.

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