Ravage Cérébral explore les profondeurs les plus obscures et malsaines de la scène death metal underground en évoquant la mémoire de groupes disparus, oubliés, ressuscités ou toujours en activité depuis leurs débuts.
L'année où il décida de mettre fin à ses activités, en 1993, le groupe Blood of Christ fit paraître une démo 4 titres qui résonna comme un chant du cygne. Fondé à Cleveland, le quatuor, dont la carrière ne dura que deux petites années, eut tout de même le temps de se faire remarquer grâce à son death metal très inspiré pouvant aborder des sujets variés allant de la religion à la mythologie en passant par l'occultisme. On retrouvait de tout cela sur ce matériel promotionnel mais, plus encore, le combo montrait qu'il était capable d'élaborer des structures complexes qui dégageaient une ambiance particulièrement sombre grâce à un solide investissement de la section rythmique, ainsi que le chant très appliqué de Tom Rojack. Quatre ans plus tard, en 1997, ce dernier mourut à seulement vingt-huit ans des suites d'une chute dans un escalier. Parmi les membres restants, Matt Sorg, le guitariste, est toujours actif dans les formations Shed the Skin et Ringworm.
On pourrait dire que le groupe suédois a eu deux vies. La première, plutôt confidentielle, entre 1991 et 1993, durant laquelle il a traîné dans les recoins les plus sombres de l'underground puis, une deuxième vie beaucoup plus active, entre 2005 et 2019, auréolée de cinq albums orientés death metal mélodique alors que les débuts du groupe étaient plus ancrés dans un registre de pur death old school. On s'en rend compte sur cette première démo où l'usage de la pédale HM-2 était de rigueur. Le lineup, d'une redoutable efficacité, était alors composé de Thomas Josefsson (chant), Marko Wacker (guitare) et des frères Vesa et Janne Kenttäkumpu respectivement bassiste et batteur. Paradoxalement, c'est durant sa courte période underground que le groupe fut au sommet de son art, comme en témoignent les quatre remarquables morceaux qui composent cette démo.
Moins d'un an avant la parution de World Without God, album faisant toujours l'objet d'un véritable culte aujourd'hui car, considéré par beaucoup comme une pierre angulaire du death metal scandinave, Convulse préparait le terrain avec cette démo fabuleuse contenant les morceaux de bravoure qu'étaient Putrid Intercourse et Godless Truth, entre autres. Les finlandais assommaient la concurrence en distribuant un death sans concession, maléfique et brutal, qui fit rapidement leur renommée, bien avant qu'ils ne virent death'n'roll en milieu de carrière puis, death progressif beaucoup plus tard. C'est durant cette période de gloire que le tableau fut hélas noirci par la perte tragique du guitariste Jani Kuhanen, qui disparut brutalement en 1992 à l'âge de vingt ans. Ce moment terrible n'a pas empêché Convulse de bâtir sa légende. Vous auriez tort de vous passer de cette démo qui préfigurait tant de choses.
Ce groupe mexicain, qui semble toujours actif aujourd'hui sous le nom de Violate, ne faisait pas dans la dentelle, c'est le moins qu'on puisse dire, en proposant sur ce qui fut sa seule et unique pièce discographique, du brutal death metal tellement typé vieille école qu'on a le sentiment de revenir aux origines du style. Tel un rouleau compresseur, le combo n'hésitait pas à s'aventurer en terre grindcore sur les morceaux les plus nerveux comme In Vain ou Holy Revoke, bien que le death dominait largement les débats. Du bel ouvrage, sérieux, simple et efficace.
Terminons avec cet excellent groupe canadien que l'on peut sans doute considérer comme l'un des précurseurs de la scène death metal québécoise malgré sa très courte carrière qui alla de 1987 à 1993. Sur cette première démo, contenant pas moins de sept morceaux, la formation délivre un death qui n'est pas sans rappeler les premières joutes d'Autopsy, période Critical Madness et Severed Survival. Une tendance que l'on va retrouver sur des morceaux particulièrement jouissifs comme The Last Ritual ou Anthagonist, tandis que le quatuor explorait sa version plus thrash sur des petits bijoux d'irrévérence comme Surgerion et Abhor God. Une pièce de collection à écouter séance tenante.
Dans la crypte, personne ne vous entend crier, à part les morts que vous allez sans doute réveiller. Attention de ne pas vous égarer dans les allées du cimetière, vous risquez d'y faire des rencontres peu recommandables.
MORBIDITY (États-Unis)
Le tout jeune groupe de Chicago en avait épaté plus d'un sur son premier EP, Malignant Necropsy, daté de 2024, et sur lequel son death old school méphitique avait fait mouche. On le retrouve cette fois-ci avec un nouveau single, Regurgitating Remnants, peut-être précurseur d'un nouveau mini-album, à moins que le quatuor nous prépare quelque chose de plus gros, dans la droite lignée de ce qu'il nous a servi jusqu'à maintenant, à savoir un death à l'ambiance horrifique ressuscitant les démons de la vieille école, de Necrophagia à Cannibal Corpse en passant par Autopsy. On peut dire qu'il y a pire comme référence.
PUTRED (Roumanie)
Le groupe basé en Transylvanie a pris tout le monde au dépourvu en décidant de dévoiler son nouvel album, Blestemul din Adanc, en mars prochain alors que le précédent, le très bon Megalit al Putrefactiei, paraissait il y a un an. Putred, qui a la particularité d'écrire les paroles de ses chansons dans sa langue natale, en dévoile un aperçu avec Devorat de Întuneric, morceau parfaitement dans la lignée des précédents, avec ses instruments volontairement accordés bas et son chant guttural très profond, pour ne pas dire cryptique, qui peuvent évoquer la scène death metal finlandaise du début des années 90, de même que des formations rompues à ce style comme Desecresy ou Fetid.
VOID MONUMENTS (Russie)
Le groupe de Saint-Pétersbourg a décidé de franchir le pas en dévoilant son premier album, Posthumous Imprecation. On y retrouve tous les ingrédients qui avait permis à la formation de se faire remarquer sur sa première démo parue en 2024, à savoir une mixture de death et de black ayant plus tendance à pencher vers le death metal old school. L'opus est un tour de force qui restitue avec justesse le son caractéristique du vieux death de la fin des années 90 grâce à une inspiration venant aussi bien de Sinister que Monstrosity en passant par Malevolent Creation. Un son qui va donc paraître familier aux plus nostalgiques d'entre nous bien que le groupe parvienne avec un certain brio à dégager une identité lui étant propre.
GRAVERED (Chili)
Voici enfin venu le temps du premier album pour le groupe chilien fondé en 2013 à Santiago. Mieux vaut tard que jamais, d'autant plus que l'attente en valait la peine. Convoquant les esprits du death metal old school, Gravered ressuscite le death de la vieille école en s'inspirant aussi bien des formations américaines qu'européennes. Si le son caractéristique du death suédois des années 90 est parfaitement reconnaissable, (on pense beaucoup à Grave) l'on peut voir également les latinos inviter à leur table Disma, Funebrarum et Rottrevore pour un plat de résistance pantagruélique à consommer saignant, si bien que l'étiquette de death metal cryptique prend ici tout son sens.
EXECRATED (Roumanie)
Décidément, la Roumanie a le vent en poupe en ce moment dans le domaine du death metal. Voici venir de Timisoara ce tout jeune groupe qui propose sur ce premier EP cinq morceaux dans la plus pure tradition du genre, calibrée vieille école, cela va de soi, avec un côté horrifique, malsain (le chant guttural étant ici particulièrement effrayant), tandis que les influences semblent beaucoup se rapprocher de Necrophagia, Nunslaughter, Autopsy, avec une petite touche perceptible de Mortician pour vraiment se mettre dans l'ambiance macabre et fétide qui transparaît. Un essai inaugural concluant qui promet pour la suite.
Il aura donc fallu une mort, suivie d'une résurrection, pour que, dans les ténèbres, les cendres et les monts venteux, naisse le premier album de Noirsuaire. L'artiste occitan avait auparavant semé de précieux indices sur un EP paru l'année dernière, The Wrath of the Silent Temples, pour lequel nous ne tarissions pas d'éloges sur ces pages. Vivre, mourir puis, renaître. L'histoire de Noirsuaire n'aurait sans doute pas déplu à Bram Stoker, l'écrivain irlandais devenu célèbre grâce à Dracula. Cela tombe bien, le vampirisme étant un thème de prédilection pour le dénommée N, musicien multi-instrumentiste encapuchonné qui est le fondateur et la tête pensante de Noirsuaire.
On retrouve donc sur cet album inaugural l'ambiance et les thématiques ayant construit l'obscure légende. Développant une sorte de culte du diable qui prend sa source dans l'isolement, la rudesse des froides journées d'hiver et les profondeurs lugubres de la scène black metal française des années 90, de Bekhira à Mütiilation, Noirsuaire s'est bâti une citadelle dont les piliers reposent sur les entités que sont Sargeist, Satanic Warmaster, Naströnd et Marduk. Les références ont de quoi impressionner mais, n'allez pas vous méprendre. L'artiste français ne fait pas dans le copier-coller, bien au contraire, puisqu'il parvient à recréer une atmosphère lui étant propre oscillant entre agressivité et mélodie. Une fois passée l'introduction instrumentale, spectrale et vampirique, qui ouvre le chapitre, les chiens de l'enfer sont lâchés sur le colossal The Trance of Bedless Bones qui annonce la couleur. Sur un rythme effréné, le chant possédé se pose sur des riffs vénéneux emplis d'une noirceur cauchemardesque. Puis, vient l'entêtant Fogged by the Leaves of Pestilence avec son refrain épique que la voix de BST (The Order of Apollyon, Doedsvangr, ex-Aborted, ex-Aosoth) porte si bien afin de rendre hommage, comme il se doit, au regretté à Nisse Karlén, l'âme de Sacramentum, parti l'année dernière.
Vieille école dans l'esprit, le black metal de Noirsuaire peut être d'une amplitude à couper le souffle lorsqu'il s'aventure dans les recoins les plus secrets de l'âme humaine, prenant de la grandeur sur des morceaux guerriers et incendiaires comme Possessed by a Malignant Lust ou Sworn by Sinister Wisdom. Tapi dans les ténèbres comme le loup guettant sa proie à l'orée des bois, le sorcier semble ne jamais être mieux inspiré qu'à la faveur de la nuit, dressant son tableau ritualiste pour y extraire ce qui fait l'essence même du black metal. Les détours insoupçonnés du superbe Enshrouded in Rabid Repugnance en sont un parfait exemple. Au milieu de ce fracas nocturne, l'accalmie se manifeste sous la forme d'un interlude envoûtant et mélancolique que le jeune organiste Mildrac restitue avec beauté sur Withering Veins. Ce sont alors des paysages dont nous ne connaissions pas l'existence qui s'ouvrent devant nous.
Avec The Dragging Poison, Noirsuaire semble non seulement plus inspiré que jamais mais, en plus, il parvient à redorer, de par ses arpèges, le blason d'un black metal français old school quelque peu tombé en désuétude dans le patchwork de sous-genres qui ont tendance à polluer le style depuis un certain temps.
Ravage Cérébral ouvre les portes de l'enfer et s'enfonce dans les bas-fonds les plus insalubres pour y rechercher des groupes récents de metal extrême tapis dans les profondeurs de l'underground.
Ce duo costaricien propose sur sa première démo du death metal old school directement en hommage au style suédois du début des années 90 avec le son caractéristique de la pédale de distorsion HM-2. Si l'initiative est louable, l'on sent tout de même que les deux artistes latinos ont un peu trop été biberonné à Dismember au point que les quatre morceaux qui composent cette démo ressemblent tout bonnement à du copier-coller sans la moindre identité, les gammes usuelles semblant récitées machinalement et sans originalité. Au final, Mausolent se saborde à force de vouloir trop imiter Dismember et les groupes suédois du même genre. Passons notre chemin, cela nous évitera une perte de temps.
En provenance de Miami, ce projet pratique ni plus ni moins du brutal death metal de facture classique, old school dans l'esprit, avec un soupçon de hardcore pour l'assaisonnement. J'aurais envie d'ajouter presque trop classique tellement les deux morceaux, très mal produits (guitare trop proéminente, chant se perdant dans les distorsions), manquent cruellement d'inspiration. Il va falloir que ce groupe (à moins qu'il s'agisse d'un projet solo) revoit sa copie.
Basé à Prague où il fut fondé l'année dernière, ce trio nous dévoile ici quatre morceaux s'inscrivant dans un death doom caverneux et suffocant puisant son inspiration dans la vieille école du style mais, avec en parallèle une petite touche personnelle pas inintéressante qui va beaucoup chercher dans les cassures de rythme et les ambiances horrifiques. Même si l'on sent que le projet manque encore un peu d'assurance, on discerne tout de même un potentiel qui semble prometteur pour la suite.
Loin d'être des inconnus (le groupe naquit à Valparaiso en 2013 et compte deux albums à son actif parus chez Memento Mori), les chiliens de Soulrot sont en train de mettre la touche finale à un nouvel EP dont la date de parution n'est pas encore connue au moment où ces lignes sont rédigées. En attendant, deux morceaux précurseurs, dont une reprise de Masticator of a Swollen Carcass du groupe suédois Necrony, sont ici proposés, dans une veine faisant songer à du deathgrind old school très primitif et au rythme effréné, le morceau intitulé Soulrot étant un exemple parfait. Les amateurs du genre devraient apprécier.
Ayant toujours eu une profonde admiration pour l'art pictural de Gustave Doré, ici mis en évidence sur la pochette, je me suis laissé attirer par la démo de ce projet semble-t-il basé dans l'Ariège. Si la section rythmique est très solide, dans une veine death metal old school typique, tous les efforts sont hélas gâchés par un chant horrible qui semble avoir été enregistré dans les toilettes. C'est d'autant plus regrettable qu'il se dégage quelque chose de très intéressant de ce groupe. Espérons que cette faute de goût sera corrigée s'il devait y avoir de futurs enregistrements.
Si à peu près tout le monde s'accorde à dire que la période la plus créative du death metal se situe entre 1990 et 1995 (l'année 1991 étant sans doute le plus grand cru), on aurait tort d'oublier ce qui s'est passé après avec l'expansion du brutal death metal, dont l'émergence remonte au tout début des années 90, puis dans le même temps, le développement d'un death plus technique et plus progressif, voire assez avant-gardiste. On voit ainsi en 1996 plusieurs albums de grande qualité sortir des fourneaux grâce à des formations à l'approche plus novatrice qui, pour certaines, furent les marqueurs d'une nouvelle ère pour le death metal. Ravage Cérébral a fait un tri dans les parutions de l'époque pour en sélectionner dix qui fêtent donc cette année leur trentième anniversaire.
Immolation - Here in After (Metal Blade Records) :
Environ cinq ans après la sortie de Dawn of Possession, le groupe de Yonkers dévoilait ce qui demeure encore aujourd'hui une des pièces maîtresses de sa discographie avec Here in After. Toujours emmené par son redoutable lineup (sans doute le meilleur de tous) composé de Ross Dolan, Robert Vigna, Tom Wilkinson et Craig Smilowski, le quatuor signe une œuvre sombre, désespérée et plus inspirée que jamais en ajoutant aux compositions des passages plus marqués techniquement qui vont faire sa renommée. L'essai est transformé avec brio dès le premier morceau, Nailed to Gold, sans doute un des plus aboutis du groupe, tout opus confondu. La suite est une succession d'attaques frontales aux riffs vertigineux, puissants et destructeurs dont seul ce sacré Vigna connaît la recette. Trente ans plus tard, Here in After est toujours considéré comme un des plus grands albums de death metal de l'année 1996 et sans doute un des meilleurs du groupe américain.
Cannibal Corpse - Vile (Metal Blade Records) :
Cinquième album studio du groupe fondé en 1988, Vile possède une particularité intéressante qui est qu'il s'agit du premier opus avec George "Corpsegrinder" Fisher au chant, alors que la polémique allait bon train après le renvoi fracassant de Chris Barnes. Qu'à cela ne tienne, le combo ne perdait pas la main en signant des compositions d'une rare brutalité, dont la rugosité atteignait des sommets de malfaisance sur les classiques intemporels que sont encore trente ans plus tard Disfigured, Eaten from Inside et bien sûr le titanesque Devoured by Vermin qui ouvrait superbement l'album et qui bénéficia d'un traitement vidéo diffusé à maintes reprises dans l'émission Headbangers Balls. Vile est définitivement un classique du death metal des années 90.
Adramelech - Psychostasia (Repulse Records) :
Album fondateur d'un groupe à l'existence éphémère, qui bénéficia d'une réédition en 2014 par le label Xtreem Music, Psychostasia fait partie des œuvres majeures du death metal finlandais. La raison est que le combo formé en 1991 avait choisi de prendre les choses à rebrousse-poil en s'éloignant des standards du death metal finnois (ambiance sombre, mélodies tourmentées, instruments accordés très bas) pour choisir une approche sans doute plus atmosphérique, plus dense dans les structures, voire plus groovy. Il en ressortait un album superbement produit, aux riffs dévastateurs, et finalement très éloigné de ce que la Finlande proposait depuis le début des années 90. À tout jamais un disque à part et qui a plutôt bien vieilli.
Darkthrone - Goatlord (Moonfog Productions) :
On oublierait presque qu'avant d'emprunter la voie du black metal, dont il fut l'un des principaux instigateurs de la seconde vague en provenance de Norvège avec des albums comme A Blaze in the Northern Sky, Under a Funeral Moon ou Transilvanian Hunger, Darkthrone était plutôt orienté death metal. D'ailleurs, l'album Goatlord devait initialement paraître quelque part entre fin 1990 et début 1991 sauf que Fenriz, Nocturno Culto et Zephyrous commencèrent durant cette période à développer un réel intérêt pour le black. Au final, c'est en octobre 1996 que parut cet opus remarquable, difficile à classer car, en équilibre constant entre death, doom et black metal. Mais, par dessus tout, Goatlord était le témoignage discographique d'un groupe désireux de s'affranchir des codes en faisant les choses comme bon lui semble. Un disque de l'émancipation, en quelque sorte, dont le contenu demeure encore aujourd'hui compliqué à apprivoiser même au bout de plusieurs écoutes.
Pan. Thy. Monium - Khaooohs & Kon-Fus-Ion (Relapse Records) :
Malgré une courte existence de six ans, ce groupe suédois très atypique a eu le temps de se faire remarquer grâce un style expérimental qui faisait sa particularité. Si, sur la forme, il pratiquait bien du death metal, il en était tout autre sur le fond puisque les scandinaves n'hésitaient pas à incorporer dans leurs compositions des instruments plus insolites comme des claviers, des violons, toute sorte de percussions et de cymbales, et même un saxophone baryton, tandis que d'autres effets sonores et bruitages étaient ajoutés pour rendre les morceaux encore plus mystérieux et indéchiffrables. Le moins qu'on puisse dire est que ce death metal d'avant-garde ne laissait pas indifférent de par sa conception totalement inédite pour l'époque.
Dying Fetus - Purification Through Violence (Pulverizer Records) :
Tout premier album du groupe de Baltimore, avec son lineup composé de Jason Netherton, John Gallagher, Brian Latta et Rob Belton, Purification Through Violence était d'une radicalité sans précédent, porté par un mixage d'une impressionnante qualité, un son primitif et brutal, ainsi qu'un style proche du grindcore, d'une technicité remarquable. Le quatuor frappait un grand coup dès son premier essai et lançait officiellement une carrière qui allait devenir prolifique, en étant un des fers de lance du death metal grindcore. Un album rarement égalé.
Monstrosity - Millennium (Conquest Music, Inc) :
Quatre ans après Imperial Doom, son opus inaugural, le groupe floridien signait un second chapitre au goût particulier puisqu'il s'agissait de sa dernière collaboration avec George Fisher qui allait ensuite s'adonner à plein temps avec Cannibal Corpse, Vile venant de paraître trois mois plus tôt (voir plus haut). Avec Jason Morgan à la guitare, Kelly Conlon à la basse et Lee Harrison à la batterie (un des rares membres originels encore dans l'effectif aujourd'hui), Monstrosity ne décevait pas en signant un album abouti, à la charpente solide, puissant et vindicatif mais surtout, toujours inscrit dans une volonté de rendre hommage à la vieille école du style tout en proposant une production léchée et des riffs sculptés dans le marbre. À n'en pas douter le meilleur album des américains qui s'apprêtent à faire leur retour cette année avec un septième chapitre attendu le mois prochain.
Avulsed - Eminence in Putrescence (Repulse Records) :
Jeté à la face du monde comme un pavé dans la mare, le premier opus des madrilènes demeure un joyau indémodable qu'on réécoute aujourd'hui avec une passion intacte. Totalement irrévérencieux, primitif et démoniaque de bout en bout, ce disque extrêmement brutal pouvait faire songer à un copinage entre des formations réputées comme Autopsy, Deicide et Cannibal Corpse dans la plus pure tradition old school, grâce notamment à un Dave Rotten en forme olympique (toujours dans le groupe de nos jours alors qu'il approche doucement la soixantaine) mais aussi, une section rythmique abattant du grand ouvrage. Du très grand death metal par un très grand groupe, source d'inspiration pour de nombreuses formations arrivées après.
Judecca - Beyond, What the Eyes Can't See (Wild Rag Records) :
Sept ans, c'est la durée d'existence du groupe fondé à Cape Coral en Floride, en 1991. Sept années durant lesquelles ce seul et unique album, brûlot incendiaire, est paru, et que beaucoup considèrent trente ans plus tard comme une des pièces majeures du style brutal death metal. Il y avait en effet quelque chose de primal sur ce disque, quelque chose de bestial et de cauchemardesque qui venait sans doute des riffs tranchants comme des lames de rasoirs, sans oublier bien sûr le chant possédé de Tom Kimbrough, capable de descendre très bas dans le guttural. Cerise sur le gâteau, la production rugueuse rendait l'ambiance encore plus sombre et délétère. Ainsi, écouter cet album devenait une épreuve redoutable qui l'est encore en 2026.
Infected - Infected Generation (Moon Records) :
Reformé en 2012 par quelques-uns de ses membres originels, après une première période d'existence allant de 1991 à 2002, Infected est considéré comme l'un des pionniers de la scène death metal en Ukraine. Old school jusqu'à la moelle, le groupe proposait sur ce premier album un style brut de décoffrage qui pouvait rappeler les précurseurs de la scène scandinave, en particulier les finlandais, mais également d'autres groupes mondialement connus, le prisme pouvant aller de Cannibal Corpse à Dying Fetus en passant par Autopsy, un peu comme si, au final, les styles américains et nord-européens se mélangeaient. Le résultat n'en est que plus réussi sur cet album entré à tout jamais dans la légende.
C'est le 6 février que Mors Verum dévoilera son nouveau EP, Canvas, via le très réputé label Transcending Obscurity Records. D'une nature discrète, le groupe fondé il y a plus de dix ans, qui comprend dans ses rangs deux canadiens et deux indiens, n'avait plus rien sorti depuis cinq ans, tandis que son seul album à ce jour, Deranged, paraissait en 2019. En attendant la parution de ce nouvel ouvrage, Mors Verum propose en écoute le single du même nom que l'EP, sur lequel il fait étalage de son talent dans la conception d'un death metal progressif et dissonant particulièrement inspiré.
Ravage Cérébral ouvre les portes de l'enfer et s'enfonce dans les bas-fonds les plus insalubres pour y rechercher des groupes récents de metal extrême tapis dans les profondeurs de l'underground.
Ce groupe californien, dont fait partie Bob Babcock, membre actuel de Ruin et qui passa chez Exhumed de 2011 à 2014, n'y va pas par quatre chemins sur cette démo en délivrant trois morceaux qui s'inscrivent dans un death très lourd, teinté de doom et d'obédience old school. Le rendu est ainsi sombre et cryptique, tout en étant soutenu par un chant caverneux accentuant l'ambiance horrifique et malsaine qui se dégage de cet ouvrage. On espère que le groupe donnera une suite à ce premier essai prometteur.
Comprenant dans ses rangs un vétéran de la scène, j'ai nommé Gene Palubicki, ancien guitariste d'Angelcorpse officiant actuellement chez Perdition Temple et Malefic Throne, le groupe floridien révélait ici une première démo qui allait poser les bases de son album inaugural, Evil Reaping Death (Memento Mori), qui allait paraître l'année suivante. Sans concession, Hexorcist envoyait sur ces trois morceaux du death thrash old school de remarquable facture, en hommage aux pionniers du style, tels que Possessed ou Sarcofago. Moins actif depuis, le combo fondé en 2019 à Miami continue de lambiner dans l'attente d'une suite hypothétique, Palubicki étant sans doute très occupé avec ses autres projets.
Restons dans le death thrash avec ce tout jeune groupe en provenance de Pologne qui avait commencé à faire parler de lui l'été dernier en sortant un premier album, Lust and Violence, particulièrement prometteur et qui s'était trouvé une place dans les cercles de l'underground. Malgré le départ de leur guitariste, ils rebondissent cette année avec cette démo très compacte dans laquelle ils mélangent allègrement death et thrash avec un soupçon de black pour l'assaisonnement. Le résultat n'en est que plus jouissif en demeurant enraciné dans une tendance old school qui tient bien la route.
Cet énigmatique projet canadien a été cofondé à l'initiative d'Alexis Plamondon, ex-Décryptal et l'une des têtes pensantes de Sedimentum dont il est guitariste et chanteur. On le retrouve ici dans quelque chose d'encore plus obscur puisque les deux longues plages constituant cet ouvrage penchent vers un funeral doom lorgnant vers le death avec un ajout très savant de claviers, notamment sur Tides in Agony, le premier titre, qui offre un rendu très spectral et très angoissant mais, avec beaucoup d'atmosphère. Vivement recommandé.
Ce groupe du Texas a beau comporter deux membres d'Emaciated dans son effectif, il semblait peu inspiré sur cette courte démo parue il y a trois ans. Certes, les deux morceaux ne sont pas à jeter pour autant, chacun recelant quelques qualités en étant à la fois puissants, groovy et puisant leur ressources dans un death old shcool brutal et pouvant flirter par intermittence avec le grind. Cependant, je ne vois rien de très inspirant ici, peut-être à cause d'un rythme qui me semble répétitif et assez ennuyeux à la longue. Pour ma part, je vais donc passer mon chemin.
L'air de rien, Resurrected entre dans la trente-troisième année de son existence alors que Thomas Granzow, guitariste de la formation, en est le dernier membre originel. Le groupe de Duisburg, qui n'avait plus sorti d'album depuis 2017, fait son retour avec un huitième opus intitulé Perpetual qui va paraître le 10 avril chez Testimony Records. Toujours adepte d'un death brutal et old school pouvant se rapprocher parfois du grindcore, Resurrected propose un clip pour Sanity is Lost, single extrait du dit album.
La terre risque de trembler le 10 avril prochain, date de sortie du nouvel album d'Immolation, Descent, via Nuclear Blast Records. Il s'agit du douzième opus de la légendaire formation de Yonkers, toujours emmenée bien entendu par son inoxydable duo Ross Dolan et Robert Vigna. Réjouissez-vous puisqu'un clip brûlant a été mis en ligne pour Adversary, morceau placé en quatrième position sur l'album. On y retrouve la patte qui fait la réputation de cette figure charismatique et importante du death metal US.