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lundi 9 février 2026

CHRONIQUES DE LA FOSSE : NOIRSUAIRE - THE DRAGGING POISON (2025)


Il aura donc fallu une mort, suivie d'une résurrection, pour que, dans les ténèbres, les cendres et les monts venteux, naisse le premier album de Noirsuaire. L'artiste occitan avait auparavant semé de précieux indices sur un EP paru l'année dernière, The Wrath of the Silent Temples, pour lequel nous ne tarissions pas d'éloges sur ces pages. Vivre, mourir puis, renaître. L'histoire de Noirsuaire n'aurait sans doute pas déplu à Bram Stoker, l'écrivain irlandais devenu célèbre grâce à Dracula. Cela tombe bien, le vampirisme étant un thème de prédilection pour le dénommée N, musicien multi-instrumentiste encapuchonné qui est le fondateur et la tête pensante de Noirsuaire.

On retrouve donc sur cet album inaugural l'ambiance et les thématiques ayant construit l'obscure légende. Développant une sorte de culte du diable qui prend sa source dans l'isolement, la rudesse des froides journées d'hiver et les profondeurs lugubres de la scène black metal française des années 90, de Bekhira à Mütiilation, Noirsuaire s'est bâti une citadelle dont les piliers reposent sur les entités que sont Sargeist, Satanic Warmaster, Naströnd et Marduk. Les références ont de quoi impressionner mais, n'allez pas vous méprendre. L'artiste français ne fait pas dans le copier-coller, bien au contraire, puisqu'il parvient à recréer une atmosphère lui étant propre oscillant entre agressivité et mélodie. Une fois passée l'introduction instrumentale, spectrale et vampirique, qui ouvre le chapitre, les chiens de l'enfer sont lâchés sur le colossal The Trance of Bedless Bones qui annonce la couleur. Sur un rythme effréné, le chant possédé se pose sur des riffs vénéneux emplis d'une noirceur cauchemardesque. Puis, vient l'entêtant Fogged by the Leaves of Pestilence avec son refrain épique que la voix de BST (The Order of Apollyon, Doedsvangr, ex-Aborted, ex-Aosoth) porte si bien afin de rendre hommage, comme il se doit, au regretté à Nisse Karlén, l'âme de Sacramentum, parti l'année dernière.

Vieille école dans l'esprit, le black metal de Noirsuaire peut être d'une amplitude à couper le souffle lorsqu'il s'aventure dans les recoins les plus secrets de l'âme humaine, prenant de la grandeur sur des morceaux guerriers et incendiaires comme Possessed by a Malignant Lust ou Sworn by Sinister Wisdom. Tapi dans les ténèbres comme le loup guettant sa proie à l'orée des bois, le sorcier semble ne jamais être mieux inspiré qu'à la faveur de la nuit, dressant son tableau ritualiste pour y extraire ce qui fait l'essence même du black metal. Les détours insoupçonnés du superbe Enshrouded in Rabid Repugnance en sont un parfait exemple. Au milieu de ce fracas nocturne, l'accalmie se manifeste sous la forme d'un interlude envoûtant et mélancolique que le jeune organiste Mildrac restitue avec beauté sur Withering Veins. Ce sont alors des paysages dont nous ne connaissions pas l'existence qui s'ouvrent devant nous.

Avec The Dragging Poison, Noirsuaire semble non seulement plus inspiré que jamais mais, en plus, il parvient à redorer, de par ses arpèges, le blason d'un black metal français old school quelque peu tombé en désuétude dans le patchwork de sous-genres qui ont tendance à polluer le style depuis un certain temps.

mardi 13 janvier 2026

VIDÉO : SOUTH OF HELL - HELLFERNUM


C'est sur le label lillois Great Dane Records que va sortir le 31 janvier le nouvel album de South of Hell, intitulé Hellfernum. L'événement est majeur, n'ayons pas peur de le dire, étant donné que le groupe fondé il y a plus de vingt ans en région Auvergne-Rhône-Alpes n'avait plus rien sorti depuis onze longues années et l'opus Rising of Hate (Sliptrick Records). Alors que la date approche à grands pas, les français proposent un superbe clip à l'ambiance sombre et mystique pour illustrer le morceau Hellfernum. C'est l'occasion rêvée de se replonger dans leur puissant death metal teinté de black, situé entre tradition et modernité.

dimanche 4 janvier 2026

GLASSBONE - TESTIMONY OF DEATH (FEAT. FULCI)


Après un premier EP, Deaf to Suffering, paru en 2024, c'est avec un nouveau "Extended Play" que revient cette année Glassbone. Intitulé Ruthless Savagery, l'objet, dont le superbe artwork est signé de l'artiste italien Paolo Girardi, paraîtra le 13 février chez Iron Fortress Records. On peut en écouter un avant-goût avec Testimony of Death, morceau de death metal typé hardcore sur lequel les franciliens ont invité les transalpins de Fulci.

samedi 27 décembre 2025

VIDÉO : DEADFUCK - MISANTHROPE


En novembre dernier, Deadfuck réapparaissait avec une démo 3 titres, Spécimen, qui faisait suite à Valeur Chair, album paru deux ans plus tôt. Les lyonnais, devenus maîtres dans l'art du grindcore, proposent cette fois-ci un petit clip sympathique pour Misanthrope, morceau ouvrant la démo. Si vous aimez naviguer en eaux troubles avec pour compagnons des groupes comme Napalm Death ou Nasum, ce groupe français devrait normalement vous convenir.

vendredi 26 décembre 2025

MÜTIILATION - PANDEMONIUM OF EGREGORES


Ainsi donc, voici que la bête sort de nouveau du bois. Et pourtant, Meyhna'ch, tête pensante du projet, avait annoncé en 2017 qu'il en avait définitivement terminé avec Mütiilation et que le livre des sortilèges noirs se refermait définitivement après une existence tourmentée qui avait débuté en 1991. Contre toute attente, l'artiste ne résista pas à l'appel des ténèbres et ressuscita Mütiilation en 2024. Si l'album Black Metal Cult paru la même année eut du mal à convaincre, il semblerait qu'un retour aux racines s'accomplisse sur Pandemonium of Egregores qui sort ce jour chez Osmose Productions. Du black metal, du vrai, du sincère, du viscéral, lugubre et malfaisant, c'était sans doute ce que l'on attendait du groupe français pour le commencement de ce huitième chapitre. L'initiative est à soutenir sur le site d'Osmose Productions, tandis que le morceau Shadows Over the Valley est en écoute ci-dessous.

lundi 22 décembre 2025

LE CULTE DE L'UNDERGROUND : DEUX PRÉCIEUSES RÉÉDITIONS MERCYLESS PAR OSMOSE PRODUCTIONS


D'abord un peu d'histoire. Mercyless fait partie des premiers groupes de death metal français à avoir percé dans les années 80 avec Massacra, Agressor et Loudblast. Eh oui, il ne faut pas oublier que nous aussi avons vécu notre âge d'or du death metal en ces temps reculés même si le black metal allait par la suite faire parler de lui avec l'émergence des Légions Noires. Né en 1987 à Mulhouse sous le nom de Merciless (avec un "i") avant qu'il ne remplace le "i" par un "y" en 1991 pour éviter tout amalgame avec le groupe suédois du même nom, le premier lineup était alors constitué de Max Otero (chant, guitare), Stéphane Viard (guitare), Boris Mandavis (basse) et Gerald Guenzi (batterie) lorsque la première démo, Immortal Harmonies, surgit en 1988. Je ne vais pas refaire ici toute l'histoire de Mercyless, qui serait trop longue à raconter, si ce n'est insister sur deux points : le premier étant une forte période d'activité discographique pendant dix ans, de 1991 à 2001, la première vie du groupe en quelque sorte, durant laquelle sortent quatre albums dont le monstrueusement addictif Abject Offerings, en juin 1992 chez Restless Records, véritable album pilier que les passionnés n'ont pas oublié. La séparation eut lieu en 2001 alors que les membres du groupe semblaient désireux d'explorer de nouveaux territoires musicaux très éloignés du death metal. Le deuxième point sur lequel insister est un événement se produisant dix ans plus tard, en 2011, lorsque Max et Stéphane décident de sortir la bête de la naphtaline. Avec Matthieu Merklen à la basse et Laurent Michalak à la batterie, la formation retrouve le chemin des studios et enregistre son cinquième album, Unholy Black Splendor, qui paraît le 18 octobre 2013 sur le label provençal Trendkill Recordings.

C'est cet album, plus un autre dont je parlerai ensuite, qui va bénéficier d'une réédition le 30 janvier prochain chez Osmose Productions au format CD, vinyle et cassette, rien que ça. Pourquoi cet album en particulier ? Tout simplement parce qu'il est une pierre angulaire du groupe. C'était l'album du retour, de la résurrection, l'album du triomphe mais aussi, du retour aux sources pour Mercyless puisqu'on y retrouve tout ce qui faisait l'essence même de la formation tricolore lorsque Abject Offerings était paru vingt ans plus tôt. L'envie était toujours là malgré les longues années de séparation et la folle course du temps, dans un moment inoubliable gravé dans le death metal le plus pur, le death des grandes traditions, avec ce son tellement enraciné dans les années 90 qu'on n'aurait jamais cru une telle chose possible. Et pourtant, Mercyless l'a fait, en mettant l'art et la manière. Un exploit qui méritait une nouvelle vie pour cet album technique, puissant, vicieux où de multiples courants se croisent, allant de Pestilence à Obituary en passant par Massacre et Possessed.


L'autre bonne surprise nous vient de la réédition de Pathetic Divinity, toujours chez Osmose Productions, album qui fêtera l'année prochaine ses dix ans d'existence, originellement paru en octobre 2016 chez Kaotoxin Records et qui se voit remasterisé également en CD, vinyle et cassette pour un lancement prévu le 26 décembre de cette année. Le lineup était demeuré quasi inchangé à l'époque où le groupe s'était mis à travailler sur ce disque, hormis l'arrivée de Gautier Merklen à la guitare, le frère de Matthieu. Là encore, on parle d'un opus majeur du death metal français, n'ayons pas peur de le dire. On y retrouve en effet tous les ingrédients qui avaient fait le succès de Unholy Black Splendor, avec toujours cette énergie, cette envie, cette rigueur, cette remarquable qualité technique offrant un rendu d'une puissance rarement égalée. Considéré comme un album culte, Pathetic Divinity s'est démarqué en étant un hommage vibrant à l'esprit du death metal old school du début des années 90. Vous aurez du mal à trouver œuvre plus sincère que celle-ci par un groupe français. Bref, si vous manquez d'idées pour les fêtes de fin d'année à quelques jours de l'échéance et que vous avez des amis métalleux autour de vous, ou dans votre famille, pourquoi pas, Osmose Productions vous propose une alternative des plus intéressantes.


samedi 22 mars 2025

VIDÉO : LAME - MAUDAHEZ


Lame a surgi fin 2023 en dévoilant une démo 5 titres orientée vers un blackened death metal comportant des éléments venant du hardcore. Depuis, le groupe toulousain poursuit ses efforts et s'est lancé notamment dans le tournage d'un clip pour Maudahez, morceau refermant la démo et, à mes yeux, un des plus aboutis de cette jeune formation à qui il faut laisser le temps de mûrir tranquillement. Le fruit de ce labeur est à visionner ci-dessous.

jeudi 20 mars 2025

CHRONIQUES DE LA FOSSE : NOIRSUAIRE - THE WRATH OF THE SILENT TEMPLES (2025)


Ainsi donc, la bête respirait encore sous les cendres. Brièvement inscrite à l'article de la mort, on la vit réapparaître dans les bois sombres bordant Montségur, sous la forme d'un ermite vêtu d'un châle couleur de suie, errant parmi les arbres que l'hiver avait figés. Durant les nuits glaciales, dans les ténèbres silencieuses comme des tombes, l'on pouvait entendre, en tendant bien l'oreille, les bruit sourd de ses pas dans la neige fraîche, auquel se mêlait parfois le hululement lointain d'un hibou guettant sa proie. La nouvelle parcourut villages et hameaux, portée par un vent piquant qui venait du nord : Noirsuaire était de retour.

Nouveau chapitre que la nuit elle-même semble avoir écrit sous la clarté languissante d'un croissant de lune accroché entre deux nuages, The Wrath of the Silent Temples est la signature d'un maître divulguant les secrets que cache l'obscurité. Dans les monts brumeux que l'hiver recouvre de son linceul ou dans les ruines des châteaux des vénérables ancêtres, statues de pierre pétrifiées par le temps, Noirsuaire distille son poison vampirique en invoquant les esprits des dimensions maléfiques. Tel un guerrier revenu d'entre les morts, il rassemble son armée des ombres en poussant un cri de ralliement fielleux et primitif. Adepte d'un art noir suintant des profondeurs de la terre, il en exploite les rouages complexes, en étudie les formules, dont le commun des mortels ne soupçonnerait pas l'existence, pour arriver à un résultat que bien peu réussirent à atteindre : faire naître l'excellence dans le chaos. Aidé de ses précieux acolytes, l'artiste possède l'expérience nécessaire afin de prolonger la nuit. Au son d'un black metal respirant la sincérité et ancré dans ses racines ancestrales, il sonne la charge sur The Scourge from Kisiljevo, remuant en nous les souvenirs vivaces que nous avions de lui sur ses précédents efforts, de Possessed by a Malignant Lust à By the Screams of Porphyric Seraphs en passant par Black Flame of Unholy Tradition. Les rythmiques guerrières, puissantes et vindicatives sont son apanage, à l'image du morceau qui a donné son titre à ce EP, tandis que quelque part entre radicalité et mélancolie, la créativité prend des atours plus mystiques, plus mélodiques que To Roam Among the Darkest Hounds restitue parfaitement durant six minutes d'une qualité lyrique exceptionnelle tutoyant les sommets enneigés de la chaîne pyrénéenne, quand ce n'est pas le son nostalgique et rêveur d'une orgue qui nous prend aux tripes sans crier gare.

Noirsuaire est revenu, et avec lui les vestiges d'un monde qu'on croyait effacé à tout jamais par l'usure du temps. Tendez bien l'oreille et vous entendrez peut-être le prince des ténèbres regagner sa demeure après une nuit de fureur et de sang.

samedi 15 mars 2025

LE CULTE DE L'UNDERGROUND : DIVERSES REPRÉSENTATIONS DE L'ENTRÉE DES ENFERS DANS LA MYTHOLOGIE GRECQUE ET CE QUE LE DEATH METAL PEUT NOUS EN DIRE


Pendant très longtemps, les récits des poètes ont alimenté la mythologie grecque et romaine, en particulier ceux d'Homère ou d'Hésiode, sans oublier Virgile, pour ne citer que les plus réputés. Un des plus fascinants est le mythe d'Orphée, si bien déclamé par Virgile, justement, dans les Métamorphoses, son œuvre colossale. Le fils d'Œagre, roi de Thrace, et de la muse Calliope, réalisa un exploit remarquable en devenant l'un des rares mortels à accomplir la catabase, soit la descente du héros dans les mondes souterrains. Pour y accéder, Orphée utilisa sa lyre pour creuser une nouvelle entrée des Enfers afin d'y ramener son épouse Eurydice. S'il parvint jusqu'à elle, après avoir notamment endormi Cerbère, le monstrueux chien à trois têtes qui gardait l'entrée, puis amadoué le dieu Hadès lui-même, maître des Enfers, la suite fut hélas moins heureuse puisque le héros perdit à tout jamais sa bien-aimée sur le chemin du retour (je vous passe les détails du récit que vous pouvez lire à votre convenance). Si le cas d'Orphée demeure une particularité de par la méthode utilisée par le héros pour accéder aux bas-fonds, on trouve dans l'histoire de l'art des représentations plus conventionnelles des Enfers de la mythologie, notamment cette fameuse entrée qui a tant fasciné à travers les âges, autrement dit, le point exact séparant le monde des vivants de celui des morts. En peinture, deux œuvres, parmi tant d'autres, conservent encore aujourd'hui un attrait particulier, tout en étant diamétralement opposées d'un point de vue stylistique et de par l'histoire qu'elles racontent. D'un côté, la toile terrifiante que conçut le peintre néerlandais Jacob van Swanenburgh en 1625, représentant la descente d'Énée aux Enfers après la mort de son père (toile communément appelée La Barque de Charon) telle que la conta Virgile dans L'Énéide. De l'autre, celle plus apaisée (en apparence) de l'artiste belge Joachim Patinier (1480-1524) intitulée Charon traversant le Styx (que le natif de Bouvignes-sur-Meuse acheva l'année de sa mort, tout un symbole). Deux styles, deux écoles, comme on dit. Au chaos indescriptible de van Schwanenburgh (image ci-dessus) dépeignant une entrée telle un capharnaüm au milieu duquel s'entremêlent les corps dénudés que la barque de Charon, le passeur, déverse comme un camion-benne déchargeant des ordures, tandis que l'on distingue Énée au premier plan conduit dans la gueule béante des Enfers par la sibylle, Patinier (voir image ci-dessous) développait une approche typique de la Haute Renaissance nordique avec cette touche supplémentaire qui faisait son identité, notamment par l'utilisation de la perspective d'aspect. Le peintre wallon n'est pas considéré pour rien comme l'un des précurseurs du style paysage. Sous cette optique, la représentation prend une ampleur exceptionnelle que le fleuve Styx, point de passage des Enfers, ici plus majestueux que jamais, scinde en deux parties égales avec, d'un côté cette espèce d'entre-deux mondes où errent les âmes sans sépulture, luxuriant et baigné d'une lumière que l'on pourrait qualifier de divine, et de l'autre, les terres désolées et stériles de l'enfer, livrées aux flammes et à la destruction par lesquelles les morts accèdent par une entrée représentée ici par une tour que Cerbère garde en contrebas. Sur le fleuve, Charon dans sa barque, accompagnant un mort vers sa dernière demeure, apparaît tel que Sénèque le décrit dans sa tragédie Hercule furieux, "vieillard hirsute portant un manteau sale, guidant sa barque avec une longue perche".


Bien évidemment, la peinture n'est que l'un des aspects de l'influence qu'exerce la mythologie grecque et romaine sur l'art. Le cinéma, le théâtre et la musique (la musique baroque et classique en particulier) ont également participé à cet essor. De même que le death metal. Oui, même si le death reste essentiellement cantonné à des thématiques horrifiques ou sociétales, il a su aussi entretenir un rapport très proche à la mythologie. Quelques noms me reviennent en tête, notamment ceux de deux groupes français, vétérans de la scène toujours actifs aujourd'hui, Kronos et Olympus. Le premier, originaire des Vosges où il fut fondé en 1994, possède quatre albums à son actif et se reforma en 2023 après une séparation de plusieurs années. Le groupe s'est beaucoup inspiré de la mythologie grecque dans les paroles de ses chansons en s'appuyant sur l'aspect gore. D'ailleurs, le nom Kronos est directement dérivé du personnage mythologique de la même appellation qui fut roi des Titans de la première génération et se distingua entre autres pour avoir dévoré tous ces enfants nouveaux-nés (il existe à ce sujet une toile célèbre de Rubens, d'une extrême violence). Musicalement, le groupe vosgien se situe dans la branche plutôt old school du brutal death metal.


Olympus, le bien nommé, a poussé l'expérience jusqu'à intituler son premier album Gods. Le groupe nantais fondé en 2020 par des membres et ex-membres de Circles ov Hell est même allé plus loin afin de montrer sa passion pour la mythologie en intitulant tous ses morceaux par des noms de dieux grecs et en adoptant une typographie à la grecque pour son propre nom (allez jeter un œil à la pochette de leur album). Le quatuor pratique un très solide blackened death bien structuré et qui fait son petit effet en conditions live, comme vous allez pouvoir le constater sur la captation ci-dessous.


Partons pour l'Angleterre avec Imperium, un groupe qui s'est taillé une solide réputation dans le milieu de l'underground depuis sa fondation en 2010 à Bristol. Pratiquant un death metal technique qui a gagné en maturité et en prestance sur trois albums très riches, le combo, qui possède dans ses rangs des musiciens d'expérience tels que Janne Jaloma (Dark Funeral) et Zach Jeter (Nile), n'a jamais dévié de sa trajectoire malgré des remous au sein du lineup et n'a jamais renié son attirance pour les lieux et les personnages de la mythologie grecque et romaine. Sur leur second opus, Titanomachy, paru en mai 2016 chez Ultimate Massacre Productions, la formation nous entraînait dans les abysses les plus profondes, à l'image de ces héros grecs descendant aux Enfers dont les légendes étaient racontées par Homère ou Virgile dans des œuvres passées à la postérité. Cet album est probablement le plus abouti des trois.


Dans un registre nettement plus brutal, Erebo possédait également de très bonnes connaissances dans le domaine de la mythologie grecque même si ces brésiliens n'ont pu dévoiler leurs capacités que sur le seul et unique ouvrage qu'ils ont fait paraître à ce jour, une démo intitulée Oath in the Estige's Margin datée de 2005. Le trio fondé en 2003, qui se sépara quatre ans plus tard avant de renaître en 2012, déployait une remarquable ingéniosité directement inspirée de la vieille école du death brutal et technique sur quatre morceaux centrés sur la mort, le chaos et la destruction en lien avec la mythologie, le tout dans un style rugueux et brut de décoffrage qui avait de quoi détonner. Une vraie curiosité.


Finissons en beauté avec un groupe qui s'intéressait sans doute plus à Lovecraft (à ses débuts surtout) et à l'occultisme qu'à la mythologie grecque ou romaine (à moins que), j'ai nommé Sinister. La légendaire formation néerlandaise née en 1988 a sorti un paquet de bons albums, cela ne fait aucun doute, surtout dans les années 90. Si Diabolical Summoning ou Hate demeurent pour beaucoup des références, n'oublions surtout pas qu'il y eut avant ces deux œuvres majeures Cross the Styx, premier chapitre paru en 1992. Le death terrifiant et majestueusement sombre du groupe européen se manifestait dans toute son angoissante envergure, soutenu par un Mike van Mastrigt impérial au chant. Sur le single du même nom, le dernier paragraphe se referme ainsi : Souls drowned in the blood of Oblivion / dragged in the stream of the inflicted access / zymotic slime of substracted skin / into damnation tortured infinity. La mythologie des Enfers vient ici en soutien d'une profonde réflexion sur la mort et sur la fin de toute chose, par un message sans ambiguïté qui nous fait bien comprendre qu'au-delà du Styx, il n'y a pour ainsi dire que le néant.

vendredi 7 mars 2025

VIDÉO : AKIAVEL - LIGHTS FOR LIFE


Fondé à Toulon en 2018, Akiavel a rapidement acquis une solide expérience sur la scène death metal française en mélangeant tradition et modernité et en injectant dans sa musique une bonne dose de groove sans oublier des influences venant aussi bien du black metal que du thrash. S'en est suivi une livraison de trois albums puissants et sincères sculptés dans un death metal mélodique exigeant, dont le dernier en date, Veni Vidi Vici, sortait en 2022. Les toulonnais révéleront une quatrième offrande le 4 avril avec Invictus, dont on peut déjà se faire une petite idée grâce au clip mis en ligne pour Lights for Life, morceau co-produit par Stéphane Buriez (qu'on ne présente plus) avec des orchestrations signées de l'artiste belge Déhà.

GRUESOME PLEDGE - THE AFTERMATH


Gruesome Pledge n'y va pas de main morte sur son premier EP, The Aftermath. Le groupe rennais, dont le vocaliste fait partie de la formation bretonne death/doom/hardcore Horrid Remorse, y délivre un death sans concession, graveleux, méchant et malsain jusqu'au bout des ongles. Un galop d'essai à vous procurer d'urgence si le death metal de la vieille école est dans vos cordes.

dimanche 2 mars 2025

RED DEAD - PATHS ACROSS THE GRAVES


Depuis sa Nouvelle-Aquitaine natale, Red Dead distille depuis près de quinze ans son death metal old school horrifique et délétère. Malgré plusieurs changements de lineup, le groupe français a pu terminer la conception de son troisième album studio, Paths Across the Graves, qui doit paraître à la fin du mois sur le label lillois Great Dane Records. Ça tombe bien, quelques morceaux sont déjà disponibles en écoute avant la sortie officielle de ce nouveau chapitre cryptique et sanglant.

jeudi 27 février 2025

CHRONIQUES DE LA FOSSE : DUELLISTE - DUELLISTE (2025)


Encapuchonné dans sa longue chape noire traînant comme un vêtement de mort, Duelliste erre depuis 2023 sur les champs de batailles que l'hiver glacial semble avoir figés dans le temps, vestiges d'un passé dont les braises subsistent sous les neiges éternelles. Disciple d'un art noir dont il avait tracé les contours sur deux démos révélatrices d'un indéniable talent, l'homme s'était réfugié dans la forêt pétrifiée pour y concevoir le nouveau chapitre de son livre à l'atmosphère mystique. Il ressort aujourd'hui de ce travail d'orfèvre un premier opus éponyme que les frimas de l'hiver recouvrent d'un givre tenace et piquant comme la pointe d'une épée.

Une épée que Carcasse Enchaînée, l'âme damnée derrière le projet, n'est pas décidé à lâcher et c'est tant mieux. Lorsque les premiers accords de Traces figées retentissent dans le brouillard, c'est toute la radicalité d'un black metal sincère et organique qui s'exprime dans toute sa plénitude. Par la violence de la guerre, un enfer apparaît // Dans l'aurore du matin rosé, les silhouettes // De cadavres rappellent le funeste butin sacrifié // À travers les chaumes et les fermes misérables, s'exclame le ménestrel de sa voix sinistre. L'on entendrait presque, au loin, le bruit des épées dont les lames s'entrechoquent au cœur de la mêlée, l'image nous renvoyant aussi à des événements hélas plus contemporains au vu de l'actualité géopolitique du moment.

Le black metal de Duelliste se veut guerrier dans l'absolu, extrême dans sa conception et glacial dans son ambiance. Cette imagerie se déploie et se démultiplie selon des variantes que le musicien maîtrise avec une certaine dextérité (comme il sait manier l'épée) sur des morceaux viscéraux que le froid fige comme des statues, tels que L'âme guerrière ou Lame vengeresse. Cependant, et c'est sans doute l'un des autres points forts de cet album que l'on écoute comme si l'on lisait un livre, l'artiste, dans sa radicalité et dans sa froideur, sait se faire poète. Au son de claviers majestueux et mélancoliques, il déclame des psaumes dont la beauté est transcendée dans la brise hivernale. D'un sol qui devient la voûte du passé muet // Où les fantômes voguent aux étoiles noires // Aux soleils morts qui renient leurs défaites // Oublient le temps qui a figé la fleur salvatrice, dit à haute voix le promeneur solitaire. C'est dans ces moments-là, ou dans d'autres comme Hauteurs crépusculaires ou Tenture de mort, que s'expriment des mélodies élégiaques que le vent du nord saupoudre sur les terres désolées des souvenirs perdus. L'hiver est loin d'être terminé, qu'on se le dise.

VIDÉO : ALUKTA - EXUVIA


Alukta est l'association de deux artistes émérites de la scène black metal européenne, Brouillard et Déhà, qui collaborent déjà ensemble au sein d'une autre entité appelée Transcending Rites. On les retrouve ici dans un registre musical lorgnant vers un black atmosphérique aux accents doom sur Exuvia, premier extrait de l'album intitulé Merok qui doit sortir le 2 mai sur le label Transcendance. À cette occasion, un clip émotionnellement puissant, contemplatif et cinématique, conçu par Simon Biron, a émergé afin de nous mettre dans l'ambiance.

mercredi 26 février 2025

WURMIAN - HAVEN


Le label Pest Records dévoilera le 6 avril prochain le premier album de Wurmian, intitulé Immemorial Shrine. Né l'année dernière à Clermont-Ferrand, le projet s'articule sur du death doom très mélodique et très typé années 90, comme vous allez pouvoir vous en rendre compte à l'écoute du premier extrait révélé, Haven.

mardi 25 février 2025

VIDÉO : DEATH WHORE - 12 WORM WOUNDS


C'est le 16 mai prochain que Death Whore dévoilera à la face du monde son premier album, Blood Washes Everything Away, via les labels Duality Records, Crypt of Dr.Gore, Specific Recordings, Hecatombe Records et No Good to Anyone Productions. En attendant, le groupe de death metal nancéen montre ce dont il est capable dans le clip réalisé à la Grande Halle de L'Octroi, chez eux à Nancy, pour le morceau 12 Worm Wounds.

jeudi 13 février 2025

VIDÉO : CORROSIVE ELEMENTS - AN AMERICAN HERO


Corrosive Elements fête en 2025 ses vingt ans de carrière. Après plusieurs changements de lineup (le groupe avait même une chanteuse à ses débuts) et deux opus publiés, dont Cut the Serpent's Head en novembre dernier sur le label GreyveStorm Productions, les franciliens apparaissent dans un clip pour An American Hero, morceau extrait de l'album précité, et sur lequel toute la furia death/thrash du combo éclate dans une ambiance morbide et guerrière.

mardi 21 janvier 2025

CHRONIQUES DE LA FOSSE : PROFANATION - SKULL CRUSHING VIOLENCE (2023)


Le format mini-album (ou extended play si vous préférez) possède certains avantages, pas seulement financiers. Non seulement il permet de mieux cerner l'identité musicale d'un groupe et de plonger plus en profondeur dans la structure des compositions mais, je trouve aussi qu'il s'adapte bien à notre temps, dans une société où tout va plus vite, où l'on est plus soumis à un rythme qui n'est pas le nôtre avec pour conséquence d'avoir moins de temps pour écouter des albums longue durée alors que l'EP est plus court, du coup plus abordable.

Fondé il y a cinq ans à Paris, Profanation a choisi cette voie du format étendu pour nous faire découvrir son univers ultra violent. Bien que le bien nommé Skull Crushing Violence soit leur seule sortie discographique à ce jour, d'abord paru en décembre 2023 en digital, avant d'être édité en vinyle et CD par Iron Bonehead Productions en mai de l'année suivante, nous n'avons pas affaire ici à des amateurs venus de nulle part. Le lineup en béton armé se compose de musiciens aguerris qui travaillent ou ont travaillé pour de solides formations françaises telles que Venefixion, Necrowretch, Regarde les Hommes Tomber, Goatspell et Sépulcre, sans oublier les australiens de Deströyer 666 (dont fait partie Kev Desecrator, le guitariste). Une telle ribambelle de "crache-le-feu" ne pouvait s'allier que dans la malfaisance la plus totale, chacun apportant sa petite touche personnelle de par le milieu musical auquel il touche (ou a touché) dans les groupes précités. Death metal, black metal, sludge metal et même punk, tout est passé à la moulinette, mâché, mastiqué, recraché, ravalé et vomi en toute insanité pour accoucher finalement de cet EP.

Il n'y a pas de compromission ici, pas de compassion pour quiconque, pas un pouce de terrain cédé. Essayez simplement d'imaginer les membres du groupe aux commandes d'un char blindé qui progresse inexorablement au milieu d'un champ de bataille jonché de cadavres, écrasant les corps, les réduisant en bouillie, pulvérisant les os jusqu'à ce qu'il n'en reste plus que de la poudre que le vent diffuse dans les airs. C'est à peu de choses près cet effet-là que va vous faire ce mini-album. Là, quelque part entre la crasse sans limite des américains de Repulsion, la brutalité féroce des finlandais de Concrete Winds ou les blasphèmes véhéments d'Antichrist Siege Machine, là où le metal extrême (le terme n'étant ici pas usurpé) rencontre l'insolence et la sauvagerie du punk le plus primitif, vous trouverez Profanation. Tantôt d'une agressivité ne se cachant pas derrière les apparences (comme sur Global Terror ou Profanation), tantôt chirurgical comme un professionnel magnant le scalpel (Modern Sickness), tantôt punk/hardcore (l'énervé Graveyard Stomp), tantôt plus proche d'un death sincère ancré dans ses racines (comme sur le sublime et terrifiant Skull Crushing Violence), le combo parisien ne s'essouffle jamais, distribue les coups comme un boxeur infatigable, nous servant une soupe épaisse, consistante, sous la forme d'un pur concentré de death/punk qui tient à l'estomac et vous maintient au chaud pour un long moment. Pour ceux qui cherchent des sensations fortes, Profanation est votre sauveur.