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lundi 9 février 2026

INTO THE CRYPT : MORBIDITY, PUTRED, GRAVERED, VOID MONUMENTS, EXECRATED


Dans la crypte, personne ne vous entend crier, à part les morts que vous allez sans doute réveiller. Attention de ne pas vous égarer dans les allées du cimetière, vous risquez d'y faire des rencontres peu recommandables.


MORBIDITY (États-Unis)

Le tout jeune groupe de Chicago en avait épaté plus d'un sur son premier EP, Malignant Necropsy, daté de 2024, et sur lequel son death old school méphitique avait fait mouche. On le retrouve cette fois-ci avec un nouveau single, Regurgitating Remnants, peut-être précurseur d'un nouveau mini-album, à moins que le quatuor nous prépare quelque chose de plus gros, dans la droite lignée de ce qu'il nous a servi jusqu'à maintenant, à savoir un death à l'ambiance horrifique ressuscitant les démons de la vieille école, de Necrophagia à Cannibal Corpse en passant par Autopsy. On peut dire qu'il y a pire comme référence. 



PUTRED (Roumanie)

Le groupe basé en Transylvanie a pris tout le monde au dépourvu en décidant de dévoiler son nouvel album, Blestemul din Adanc, en mars prochain alors que le précédent, le très bon Megalit al Putrefactiei, paraissait il y a un an. Putred, qui a la particularité d'écrire les paroles de ses chansons dans sa langue natale, en dévoile un aperçu avec Devorat de Întuneric, morceau parfaitement dans la lignée des précédents, avec ses instruments volontairement accordés bas et son chant guttural très profond, pour ne pas dire cryptique, qui peuvent évoquer la scène death metal finlandaise du début des années 90, de même que des formations rompues à ce style comme Desecresy ou Fetid. 



VOID MONUMENTS (Russie)

Le groupe de Saint-Pétersbourg a décidé de franchir le pas en dévoilant son premier album, Posthumous Imprecation. On y retrouve tous les ingrédients qui avait permis à la formation de se faire remarquer sur sa première démo parue en 2024, à savoir une mixture de death et de black ayant plus tendance à pencher vers le death metal old school. L'opus est un tour de force qui restitue avec justesse le son caractéristique du vieux death de la fin des années 90 grâce à une inspiration venant aussi bien de Sinister que Monstrosity en passant par Malevolent Creation. Un son qui va donc paraître familier aux plus nostalgiques d'entre nous bien que le groupe parvienne avec un certain brio à dégager une identité lui étant propre.



GRAVERED (Chili)

Voici enfin venu le temps du premier album pour le groupe chilien fondé en 2013 à Santiago. Mieux vaut tard que jamais, d'autant plus que l'attente en valait la peine. Convoquant les esprits du death metal old school, Gravered ressuscite le death de la vieille école en s'inspirant aussi bien des formations américaines qu'européennes. Si le son caractéristique du death suédois des années 90 est parfaitement reconnaissable, (on pense beaucoup à Grave) l'on peut voir également les latinos inviter à leur table Disma, Funebrarum et Rottrevore pour un plat de résistance pantagruélique à consommer saignant, si bien que l'étiquette de death metal cryptique prend ici tout son sens.



EXECRATED (Roumanie)

Décidément, la Roumanie a le vent en poupe en ce moment dans le domaine du death metal. Voici venir de Timisoara ce tout jeune groupe qui propose sur ce premier EP cinq morceaux dans la plus pure tradition du genre, calibrée vieille école, cela va de soi, avec un côté horrifique, malsain (le chant guttural étant ici particulièrement effrayant), tandis que les influences semblent beaucoup se rapprocher de Necrophagia, Nunslaughter, Autopsy, avec une petite touche perceptible de Mortician pour vraiment se mettre dans l'ambiance macabre et fétide qui transparaît. Un essai inaugural concluant qui promet pour la suite.

lundi 5 janvier 2026

INTO THE CRYPT : CHARNEL STENCH, SYEVERTH, MALIGNANT PROVIDENCE, SLAGGG, FOSSILIZATION


Nous voici embarqués une nouvelle fois pour un voyage dans les méandres cryptiques de la création musicale, cette rubrique bénéficiant au passage d'un petit lifting puisque désormais, y seront évoqués à chaque fois plusieurs groupes parmi les plus sombres et malsains de la scène death metal.


CHARNEL STENCH (Suède)

Charnel Stench est le projet parallèle de Fabian Larsen et Albin Holgersson, tous deux membres du groupe Cryptorium. Après une démo paru en 2024, qui ne m'avait personnellement pas laissé un souvenir impérissable, le duo, qui a embauché l'an dernier un nouveau vocaliste, semble nettement plus inspiré sur ce court morceau aux relents méphitiques intitulé Fossilized Human Remains. Le style pratiqué rappelle forcément le death metal old school que l'on pouvait entendre il y a plus de trente ans, principale source d'influence de ces trois musiciens dont la moyenne d'âge n'excède pas dix-huit ans. Nous verrons ce que l'avenir réservera à ces jeunots qui, pour le moment, semblent plus occupés à gérer leur principale entité, Cryptorium.



SYEVERTH (Mexique)

Sur Eternal Paths of Existence, leur première démo, ces mexicains perpétuent la tradition d'un death metal old school très élaboré puisant son inspiration dans le cosmicisme, la doctrine gnostique et la weird fiction. On ne sera donc pas surpris, à l'écoute de ces quatre morceaux, de voir se dégager une ambiance sombre, mystérieuse et angoissante à la Lovecraft et reprenant les codes traditionnels de l'horreur cosmique. Bien que Syeverth soit loin d'être le premier groupe de death metal à s'immiscer dans ce domaine, le résultat en vaut la peine.



MALIGNANT PROVIDENCE (Roumanie)

Projet solo d'un tout jeune artiste roumain de dix-huit ans prénommé Andrei Crisan, basé à Timisoara, Malignant Providence nous embarque pour une journée à haut risque dans les dimensions infernales les plus cauchemardesques sur ce premier EP impressionnant de maîtrise pour un essai inaugural. Le chant guttural, très régulier, est soutenu par d'impressionnants riffs ponctués de solos sculptés dans les moindres détails, offrant à l'ensemble un caractère cinématique auquel accrocheront les passionnés d'horreur cosmique. On admirera au passage la remarquable cover exécutée pour The Rack, morceau originellement conçu par Asphyx, ainsi qu'une inspiration venant aussi bien de Tomb Mold que d'Incantation. Très prometteur.



SLAGGG (États-Unis)

En provenance du l'état du Dakota du Sud, ce groupe propose sur cette courte démo des morceaux enregistrés sur le vif qui nous plongent dans l'univers des films d'horreur des années 80. Ambiance cryptique et horrifique garantie donc, avec ce trio baignant dans le death old school période 1990 et qui semble puiser son inspiration aussi bien chez Necrophagia que Massacre, Autopsy et Mortician. Simple et efficace.



FOSSILIZATION (Brésil)

Nul doute que la parution du nouvel album de Fossilization, Advent of Wounds, prévue le 13 février prochain via Everlasting Spew Records, va constituer un des événements majeurs de ce début d'année, le duo sud-américain s'étant construit une solide réputation depuis son premier opus, Leprous Daylight (2023), dans le domaine du death doom. Old school dans l'esprit mais, également inscrit dans une modernité se référant aux troubles de nos sociétés aseptisées (la mort, l'horreur, la souffrance), le groupe va puiser profondément dans les bas-fonds les plus hostiles et les plus sombres pour y extraire ce qui fait l'essence même du death qu'il pratique. Vivement le mois prochain.

vendredi 2 janvier 2026

INTO THE CRYPT : SMOULDERING TOMB - MALEDICTIONS UPON THE WRETCHED


Si je vous demandais de citer des groupes qui ont révolutionné la scène death metal britannique, les premiers noms qui vous viendraient à l'esprit seraient sans doute ceux de Bolt Thrower, Benediction, Cancer ou Napalm Death, et vous seriez assurément dans le vrai. Ça tombe bien car, Smouldering Tomb s'inspire à peu près de toutes ces formations mondialement réputées, en ajoutant sa petite touche personnelle. Le groupe, formé il y a peu à Brighton and Hove, s'est retrouvé sous le feu des projecteurs au début de l'été dernier en révélant son premier EP entièrement auto-produit, Maledictions Upon the Wretched.

Alors voilà, pour faire simple, et comme précisé dans le paragraphe précédent, le trio est très investi dans le death metal de la vieille école. Un death lourd, à l'ambiance étouffante, mid-tempo la plupart du temps mais, parfois ponctué de soudaines accélérations tantôt techniques, tantôt agrémentées de rythmiques hardcore à toutes petites doses. Grâce à cette mixture, Smouldering Tomb parvient à trouver le juste équilibre lui permettant de rester très régulier d'un morceau à l'autre. Ainsi, les compositions se maintiennent sur une base solide, tandis que s'exerce une pression constante à laquelle l'auditeur attentif se doit de résister s'il ne veut pas finir dans un amplificateur de douleur.

Si l'instrumentation demeure puissante et oppressante de bout en bout, il ne faut surtout pas oublier, en complément, de saluer la performance remarquable de Marianne Hayes au micro. La chanteuse, qui a également écrit les paroles, assure des vocalises pouvant descendre très bas dans les graves. Cependant, elle sait aussi faire plus que ça en pouvant alterner avec une certaine aisance chant grave et chant aiguë, un peu dans le même registre que le chant hardcore. C'est ainsi qu'elle montre ses remarquables capacités dans ce domaine sur Subduer of All, morceau le plus abouti de cet EP, même si les trois précédents sont largement à la hauteur, notamment Morbific Human Swarm, avec son côté très old school. Il serait surprenant qu'un label ne prenne pas ce groupe sous son aile incessamment sous peu tant ce dernier recèle de qualités qui en font un élément prometteur pour la suite.

jeudi 18 décembre 2025

INTO THE CRYPT : WARGOAT - MYSTERIES OF PRIMITIVE DAMNATION


Wargoat est un groupe tellement underground qu'il ne possède aucun lien sur internet et ça fait vingt que cela dure. Née à Athènes en 2006, la mystérieuse entité a d'abord publié des démos avant d'enregistrer un album, Genesis of Epiklesis, qui vit le jour en 2015 sur l'obscur label japonais Deathrash Armageddon. Depuis, le groupe s'est fait discret, se contentant de quelques rares collaborations, dont une qui fit date en 2018 avec les chiliens de Black Ceremonial Kult, sous la houlette du label madrilène Deathrune Records. Puis, en 2023, la bête sortit d'hibernation avec un EP dans ses crocs acérés, Mysteries of Primitive Damnation, qu'un petit label indépendant brésilien du nom d'Angel of Cemetery Records distribua au format cassette à seulement cinquante copies. Plus underground, tu meurs. La surprise est arrivée ce mois-ci grâce à une réédition de l'EP sur ce même label mais, cette fois-ci en version vinyle.

Maintenant, il est temps de dire les choses : Wargoat a beau être une formation d'une très grande discrétion, elle n'en demeure pas moins un poids lourd de la scène metal extrême underground. Depuis que ces grecs ont commencé à hanter ce bas monde, ils sont devenus des valeurs montantes du style blackened death qui consiste à mélanger la noirceur du black metal à la puissance du death metal old school, le tout baignant dans une ambiance occulte et malfaisante faisant appel à des thématiques allant du satanisme à l'anti-christianisme récitées en des hymnes blasphématoires à ne surtout pas mettre entre toutes les oreilles. Ce qui est d'autant plus formidable avec Wargoat est que cette ligne directrice n'a pas dévié d'un millimètre depuis vingt ans. À ce rythme, ce n'est plus de la passion mais, de la dévotion (terme à manier avec précaution dans ce cas précis). Cette fidélité se voit aujourd'hui fort justement récompensée par cette réédition arrivant à point nommée. La galette contient quatre morceaux courts mais, très intenses, parfaitement calibrés dans un blackened death metal sincère, pur et cauchemardesque, impossible à renier par les amateurs du genre. Vous savez maintenant ce qu'il vous reste à faire.

mardi 16 décembre 2025

INTO THE CRYPT : GUTSHOVEL


La Pennsylvanie ayant toujours été un des plus gros fournisseurs de groupes death metal aux USA, pas étonnant de voir surgir de cet état quasiment toutes les semaines des petits nouveaux qui veulent tenter leur chance. Gutshovel en fait partie. Né en 2024 dans le Comté de McKean, au nord de Pittsburgh, bref en pleine campagne, ce trio de jeunes musiciens a commencé par enregistrer une démo la même année, avant d'enchaîner ce mois-ci par un EP éponyme. À l'écoute des cinq morceaux qu'il comporte, j'avoue avoir été épaté et je vais vous dire pourquoi. Tout simplement parce que je retrouve en ce groupe le son caractéristique du death metal suédois old school du début des années 90, chose qui n'est pas banale à entendre pour un groupe basé sur le sol américain. La raison de cette assertion étant que la grosse majorité des combos du pays de l'Oncle Sam que l'on entend aujourd'hui ont tendance à sonner comme des groupes... américains, tout simplement, en s'inspirant des glorieux aînés comme Morbid Angel, Massacre, Cannibal Corpse, Dying Fetus ou Suffocation. Bon, en gros, on pourrait dire tout l'épicentre floridien ou californien, pour faire simple. Pour eux, ce n'est pas le cas. Gutshovel a clairement dû beaucoup écouter Dismember, Carnage ou Grave pendant qu'il étaient biberonnés, leur son étant tellement typé suédois, surtout quand la guitare se met à vrombir comme une tronçonneuse. Et puis, il n'y a pas que ça. C'est un ensemble, en fait, dont toutes les pièces s'agencent comme il faut, tant au niveau de l'instrumentation, du chant, que de l'ambiance. Par ailleurs, le EP me paraît étonnamment bien produit pour un groupe inconnu qui débarque dans le paysage musical avec les moyens du bord. Voilà une bonne surprise dont il va falloir surveiller l'évolution.

mercredi 19 novembre 2025

INTO THE CRYPT : SEPOLCRO / FUNEST - ABHORRATION RESURRECTION


Ça fait toujours plaisir de voir revenir des groupes qui n'avaient plus donnés de nouvelles depuis un certain temps et pour lesquels on a toujours témoigné une profonde affection. Sepolcro et Funest virent le jour au début des années 2010 en Italie (Vérone pour le premier, Milan pour le second) et se sont toujours attachés depuis à déambuler dans les bas-fonds les plus obscurs de l'underground. Obscur, c'est justement l'adjectif qui caractérise le mieux ces deux formations tant le death metal qu'elles pratiquent se trouve plongé dans une ambiance sombre et oppressante, très inspirée musicalement par de solides combos comme Rottrevore, Ascended Dead ou Phrenelith pour Sepolcro, tandis que Funest va puiser son inspiration chez les vieux briscards suédois tels que Dismember, Grave et Interment. Bref, vous aurez compris que nous avons là deux valeurs sûres de la très active scène transalpine, ce qu'a compris le label milanais Unholy Domain Records, qui s'est dit qu'il était temps que ces deux groupes unissent leurs forces. Initiative d'autant plus bienvenue que Sepolcro compte notamment dans ses rangs un certain Hannes Grabstein, membre à part entière de Tenebro depuis 2019 et propriétaire du label Dismal Fate Records, alors que Funest peut compter sur la présence de Tommaso Volpe (Black Oath), Gianmarco Agosti (Valgrind), ainsi que deux membres de Morbus Grave, Eros Collado et Edison. Eh ouais, on peut dire que ça en impose.

Cette association est donc à saluer puisque cela fait quand même un moment qu'on était sans nouvelle majeure des deux groupes, au point qu'on était en droit de se demander si la bête respirait encore, surtout du côté de Funest, très discret depuis la parution de son premier et seul album à ce jour, le magnifique Desecrating Obscurity (Memento Mori), sorti en 2014, même si Unholy Domain Records édita une démo, Scorned Messiah, en 2017. Depuis cette période, les eaux étaient calmes. Quant à Sepolcro, il y eut bien l'EP Amorphous Mass en 2019 en temps que dernier signe de vie en date, via Unholy Domain également, précédé de trois démos parues en 2013 et 2018, le premier album se faisant toujours attendre alors que le combo a presque quinze ans d'existence, entrecoupée par deux années de séparation entre 2016 et 2018.

Les revoir tous deux au format split procure un grand plaisir, d'autant plus que les deux entités ne semblent avoir rien perdu de leur verve pestilentielle à souhait. Du cryptique, du malsain, de l'insalubre et des ambiances fondues dans les ténèbres les plus insondables, en veux-tu, en voilà, les deux groupes délivrant chacun deux morceaux inédits, aux rythmiques assassines, tourmentés et d'inspiration très lovecraftiennes. Si Sepolcro va comme d'habitude droit au but, en ne s'embarrassant pas de fioriture avec son death très direct et caverneux, le chemin emprunté par Funest est plus tortueux sur des morceaux plus longs proposant des détours obscurs par lesquels même les plus aguerris ne s'aventureraient sans doute pas. Le résultat de cette collaboration dépasse les attentes, comment pouvait-il en être autrement de la part de deux groupes aussi fidèles à leurs racines old school ?


lundi 27 octobre 2025

INTO THE CRYPT : MORTIFEROTH - ... TO THE ABYSS


Ah tiens, au fait, ça vous est venu comment la passion du death metal ? Qu'est-ce qui a allumé la mèche ? Pour ma part, ce fut un long cheminement, bien qu'assez naturel en y réfléchissant bien. Adolescent, j'écoutais du grunge puis, quand j'en ai eu marre du grunge, je suis rentré dans une période punk rock qui a peut-être duré un ou deux ans, aussi loin que je me souvienne, avant d'écouter du thrash metal. C'est après ça que les éléments ont commencé à s'agencer. Le thrash m'a naturellement amené vers le death et le black avant que le death metal ne prenne une place importante dans ma vie, qu'il occupe toujours aujourd'hui. Morbid Angel, Massacre, Obituary furent mes premiers gros chocs émotionnels. Puis vinrent Immolation, Incantation et la scène européenne bien sûr, scandinave en particulier, avec Dismember et Grave. Avec le recul et la maturité qui fait de moi aujourd'hui le vieux briscard de cinquante balais que je suis (que ça passe vite), je me rends compte que rien ne me rend plus heureux que d'écouter du death metal old school. C'est comme l'effet d'une drogue dont je ne peux me passer. Ma dépendance à la vieille école est telle que je n'écoute quasiment plus que ça aujourd'hui, à de très rares exceptions. Le plus drôle dans l'histoire, c'est qu'il m'arrive encore de tomber sur des pépites, des groupes dont je ne soupçonnais pas l'existence et qui viennent alimenter ma collection et approfondir un peu plus mes connaissances sur l'histoire du death metal. Mortiferoth est de ceux-là.

Bien qu'il ait dix ans d'existence au compteur, ce groupe ne figure pas parmi les plus connus de la scène death metal de la côte est des États-Unis. Fondé en 2015 dans le quartier du Queens, à New-York, Mortiferoth, qui compte dans ses rangs le musicien Brian Hobbie, ex-Internal Bleeding et qui accompagna un temps Vital Remains sur scène, n'a encore sorti aucun album à ce jour, les gars étant plutôt du genre à traîner dans les bas-fonds de l'underground de Big Apple. Depuis, le trio n'a pas chômé. En 2021, il s'est associé avec un petit label indépendant du nom de Hail Shitar Records, basé à New-York, sur lequel il fit paraître son premier EP, Fatal Spiritual Failures. Sans doute boosté par cette collaboration, le groupe eut la bonne idée, la même année, d'éditer sous forme de compilation en version CD ses trois premières démos parues respectivement en 2017, 2019 et 2020 dans la plus grande confidentialité. Puis, il retrouva le label Hail Shitar Records qui publia en 2023 son dernier méfait en date, ... To the Abyss, un EP 5 titres qu'on peut toujours se procurer en vinyle ou cassette en passant par le Bandcamp de la formation.

Si j'ai vraiment accroché à ce groupe, c'est pour la simple et bonne raison que le style qu'il pratique s'apparente à la scène old school du tout début des années 90 sous forme d'un hommage non dissimulé à tous les combos de légende qui sévissaient à cette époque. Si vous prenez le dernier EP en date, par exemple, vous y entendrez des morceaux brut de décoffrage qui ne font pas dans la demi-mesure, agrémentés de riffs saignants, d'une base rythmique percutante et de solos de guitares assassins à vous retourner le cerveau, convoquant les vieux démons du death de la grande époque. Bref, si le death authentique est la seule chose qui vous fait vibrer en ce monde, Mortiferoth ne peut que vous plaire. Vous allez donc me faire le plaisir de les soutenir comme il se doit en les écoutant et en faisant passer le mot autour de vous. Reste à espérer que l'aventure se poursuive et que les new-yorkais aient encore de belles choses à nous proposer dans un futur proche. 


samedi 25 octobre 2025

INTO THE CRYPT : DEAD AEON MIST


Mon admiration sans bornes pour la scène death metal transalpine m'a amené récemment sur les pas de Dead Aeon Mist, groupe originaire de Modène, sorti de terre en 2024. Première chose importante à savoir avant d'aller plus loin. Le trio compte dans ses rangs Daniele Lupidi et Massimiliano Elia. Si ces noms ne vous disent rien, c'est dommage pour vous car vous passez à côté d'un des plus grands groupes de death metal italien que ce monde ait porté, j'ai nommé Valgrind, dont les deux lascars sont membres. Fondé à Bologne en 1996, Valgrind est une légende vivante, une institution, un pilier de la scène metal extrême transalpine. Par conséquent, si vous n'avez encore rien écouté d'eux jusqu'à maintenant, il va falloir sérieusement penser à effectuer une mise à jour.

Mais, revenons à nos moutons. En comparaison à son glorieux aîné, Dead Aeon Mist se situe dans une veine plus death/doom à l'ambiance cryptique, les trois morceaux composant cette première démo éponyme ayant chacun des attraits qui leur sont propres. Demon Sultan of Chaos dégage une formidable impression de puissance portée par des riffs écrasants qui vous collent des frissons dès l'introduction avant que le rythme ne s'accélère subitement. Un rythme que le trio sait parfaitement contrôler dans ses cassures. Tantôt rapide, tantôt plus lent, le groupe joue avec nos nerfs, répétant cette méthode avec une certaine maestria sur le titanesque Through A Merciless Eternity, dont la créativité laisse pantois. Puis, la démo s'achève sur un As Dust Ascends plus court, déferlant comme un torrent en furie, agrémenté ça et là d'une guitare aux sonorités parfois cosmiques.

L'alchimie entre death et doom atteint un niveau remarquable sur cette démo certes très courte mais, qui laisse tout de même le temps à l'auditeur de s'imprégner de l'ambiance cauchemardesque qui règne, ancrée dans un monde lovecraftien qui, à n'en pas douter, va ravir au plus haut point les amateurs du genre. Sachez que cette démo a été éditée au format cassette audio en septembre dernier par le label milanais Unholy Domain Records (à cent copies seulement) pour la modeste somme de huit euros. Chaudement recommandé en préparation des froides soirées d'automne qui s'annoncent.

vendredi 21 mars 2025

INTO THE CRYPT : CARRION FEEDER - LET THE FEEDING BEGIN


Il y a six ans, le 24 mars 2019, l'acteur américain Jospeh Pilato s'éteignait à Los Angeles à l'âge de soixante-dix ans. Le seul souvenir que j'ai de lui (j'imagine que je ne dois pas être le seul dans ce cas) est son rôle inoubliable du capitaine Henry Rhodes dans Le Jour des morts-vivants, le film d'horreur de George Romero sorti en 1985. Le personnage y subit une mort particulièrement horrible (et méritée, diront certains, au vu de son comportement irascible et profondément irrespectueux) en étant éviscéré puis, coupé en deux par une horde de zombies lors d'une des séquences les plus gore de l'histoire du cinéma d'horreur. La scène m'avait d'ailleurs tellement choqué et écœuré que je mis un certain temps à regarder de nouveau des films du même genre, même si je m'en suis remis depuis, je vous rassure.

Si j'évoque ce souvenir, c'est parce que le pauvre gars que l'on voit les tripes à l'air et qui semble servir d'en-cas à une autre personne (qui pourrait être un zombie ou alors un psychopathe adepte du cannibalisme) sur la pochette du premier EP de Carrion Feeder, le bien nommé Let the Feeding Begin, m'a tout de suite fait penser à ce cher capitaine Rhodes et au sort peu enviable qu'il endure dans Le Jour des morts-vivants. J'ignore si le groupe a lui aussi pensé à ce film mais, quoi qu'il en soit, l'auteur de cette représentation, qui serait un proche de Carrion Feeder prénommé Mark, est à saluer bien bas pour cette œuvre macabre et brutale. Alors, du fond du cœur, merci Mark.

Côté musique, Carrion Feeder a là aussi touché un point sensible. Originaire de l'État de l'Indiana où il fut fondé en juin de l'année dernière, le quatuor dévoile un réel potentiel dans la pratique d'un death metal tout ce qu'il y a de plus... death. Autrement dit, un death transpirant la vieille école par tous les pores, résolument tourné vers les années 90, jusque dans sa production, à l'ambiance horrifique et crasseuse, cela va de soit, mais avec un petit truc en plus, à savoir une approche assez rock dans sa structure qui peut faire indubitablement songer à du death'n'roll à la Entombed période Wolverine Blues pour mieux situer les choses. Le groupe est en tout cas très à l'aise dans ce créneau sur les six morceaux proposés ici, à tel point qu'on a l'impression qu'il possède déjà plusieurs années d'expérience derrière lui. Et pourtant, quand vous aurez l'occasion d'aller voir les photos qu'ils ont mis en ligne sur leur Facebook ou celle qui fait figure de présentation sur Metal Archives, vous allez découvrir une bande de gamins insouciants qui ne doivent pas avoir plus de dix-huit ans. La vie est décidément pleine de surprises.


Le capitaine Rhodes (Joseph Pilato) en prend pour son grade dans "Le Jour des morts-vivants".

mardi 18 mars 2025

INTO THE CRYPT : DISBURIAL - DAWN OF ANCIENT HORRORS


Bien des groupes mériteraient d'avoir plus de reconnaissance. Si je devais en dresser une liste, croyez bien que Disburial y figurerait. Fondé en 2018 à Quito, capitale de l'Équateur, ce trio sud-américain, errant dans les profondeurs obscures de l'underground, compte deux EPs à son actif, ainsi qu'une compilation sur laquelle on retrouve les deux EPs en question plus deux morceaux inédits et une reprise de Drowned du groupe Entombed figurant à l'origine sur un sampler édité par le magazine Cvlt Nation en 2020. C'est en décembre 2018 que Disburial dévoile Dawn of Ancient Horrors, son tout premier ouvrage, via le label Sounds of Satan Productions. À l'intérieur, on découvre trois morceaux d'un death metal à caractère horrifique qui n'est pas sans rappeler Autopsy. Rien de nouveau sous les tropiques, me direz-vous, et pourtant, ils se passe des choses intéressantes sur cet EP. Dans un remarquable exercice de style que certains rechigneraient à faire sans doute par peur de se vautrer royalement, le trio équatorien ne se contente pas de reproduire bêtement les codes du death metal old school. Il en capture l'essence pour la restituer telle quelle, brut, non frelatée et exposée dans toute sa radicalité.

Disons-le clairement, il n'est pas donné à tout le monde de réaliser ce genre de prodige. Faire du death metal old school de nos jours est loin d'être une sinécure quand on est un groupe jeune (je ne parle évidemment pas des sommités du genre et autres vétérans de la scène toujours en activité et maîtrisant le sujet à la perfection). Pour tous les groupes de la nouvelle génération, désireux avant tout de reprendre le flambeau en rendant hommage aux anciens, il n'est pas des plus aisé de trouver la bonne carburation. Cet aspect radical, sombre et délétère du vrai death metal underground, tel que pratiqué aux origines du genre, ne s'acquiert pas en imitant machinalement les aînés. Il faut savoir chercher dans les détails, fouiller dans les interstices et adopter une méthode de travail allant à l'encontre de ce que la production moderne propose aujourd'hui. En gros, il faut faire du vieux mais, sans le dénaturer, sans en édulcorer l'expression, avec juste ce qu'il faut de sagesse, de maîtrise, pour en garder toute la saveur d'origine. Ce travail complexe et tentaculaire, Disburial l'effectue avec brio, sans aller dans la surenchère, en s'appuyant sur les influences lui venant de Massacre et d'Autopsy (comme nous le disions plus haut) auxquelles s'ajoute un remarquable et respectueux effort de préserver un son authentique et profondément ancré dans l'histoire du death metal.

vendredi 14 mars 2025

INTO THE CRYPT : TARDUS MORTEM - ENGULFED IN PESTILENT DARKNESS


"L'homme ne sait à quel rang se mettre, il est visiblement égaré et tombé de son vrai lieu sans le pouvoir retrouver. Il le cherche partout avec inquiétude et sans succès dans des ténèbres impénétrables", griffonnait Blaise Pascal dans ses Pensées. Est-ce là notre lot à tous que d'être condamnés à errer dans les ténèbres sans véritable perspective d'avenir ? L'auvergnat n'était pas qu'un mathématicien et un inventeur de génie en avance sur son temps (il composa son premier ouvrage à onze ans et conçut la première machine à calculer à l'âge de dix-neuf ans), il se consacra aussi à la réflexion philosophique de par sa remarquable capacité à explorer les fondements de l'âme humaine. Il n'eut d'ailleurs sans doute pas mieux résumé la condition de l'homme par ces deux phrases précitées car, après tout, ne sommes-nous pas, dès notre venue au monde, destinés à nous perdre dans les méandres du temps, marchant au bord d'un précipice dans lequel à tout moment nous pouvons basculer, avec comme seule et unique fin ces insaisissables ténèbres que Pascal évoque ? Vaste et intarissable sujet aux contours flous qui anima longtemps les discussions philosophiques et dont nous ne cernons toujours pas la structure labyrinthique aujourd'hui. Ainsi, c'est par un angle musical que des artistes ont tenté d'en dessiner le plan. De la musique classique au metal extrême, une démonstration par le son s'est opérée dans une tentative audacieuse de percer les ténèbres. Les premières constatations sont alors apparues comme le nez au milieu de la figure. Il n'y aurait, au bout du compte, rien d'autre dans les ténèbres que les ténèbres. Simple et lapidaire, bien que les esprits les plus imaginatifs iraient jusqu'à émettre l'hypothèse de l'existence de dimensions obscures au sein desquelles ne régnerait que l'infiniment rien agrémenté de relents pestilentiels, à supposer que les ténèbres aient une odeur.

Bien des groupes de death metal, que nous n'aurions pas le temps de citer, se sont pleinement investis dans ce sujet et certains, ma foi, s'en sont sortis mieux que d'autres. Ce fut le cas, notamment, de Tardus Mortem, obscure formation danoise née en 2015 dont le premier album, Engulfed in Pestilent Darkness, paru en 2019, constituait (et constitue encore six ans plus tard) une pièce de choix dans l'étude des tourments de l'âme. D'un point de vue purement musical, l'opus s'orientait de façon résolu vers un death metal typiquement scandinave dans sa charpente, sous la forme d'étranges symphonies distordues et dissonantes conçues comme des hymnes d'une noirceur absolue que l'on pouvait, sans trop se tromper, comparer à des cathédrales monolithiques, en des termes imagés. Atmosphérique par intervalles réguliers, mais également lourd comme une chape de plomb et terriblement oppressant, le death pratiqué par Tardus Mortem sur cet album s'attachait également à entretenir des liens viscéraux avec le doom et le black metal sur huit longs morceaux certes complexes dans leur structure générale mais, dont le message était on ne peut plus clair : il n'y a pas d'espoir dans le néant. Aussi impressionnant que terrifiant, le chant guttural venait appuyer cette irrévocable sentence gravée dans la roche. Sans oublier, ces mots que le ressac brutal nous ramenait, comme le mot dark, par exemple (obscurité en français), sous ses multiples déclinaisons (darkness, darkened...). Cette perpétuelle obscurité, ces dimensions inconnues et cet infiniment rien que nous évoquions, Tardus Mortem semblait avoir cette étonnante capacité de les toucher du doigt sur ce disque à l'ambiance brumeuse et cafardeuse. Il en est même angoissant de constater qu'aucune porte de sortie n'était offerte ici, aucune échappatoire, aucune chance de revoir ne serait-ce qu'un zeste de lumière. Tout s'éteignait, tout s'arrêtait de vivre, toute volonté de résistance s'évaporait dans les dédales sombres d'un monde à l'agonie, dans un râle ultime, celui d'un homme en souffrance que l'on entendait hurler de toute son âme au début et à la fin de l'album. À l'ascension, Tardus Mortem opposait le déclin. À l'existence, la non-existence. À l'être, le néant. Rarement vous aurez pu entendre dans votre vie un album de death metal aussi absolu et intransigeant dans sa conception de la mort.

jeudi 27 février 2025

INTO THE CRYPT : OBSCENE GALLERY - DREAMS OF DEATH


Obscene Gallery a beau être un groupe récent sur la scène death metal européenne (le projet fut fondé à Stockholm en 2023), ses membres n'en sont pas pour autant à leur galop d'essai. En effet, Nattblod, le vocaliste, est la tête pensante de l'entité black metal Blood Dominion depuis 1997, tandis que le dénommé J. Death œuvre beaucoup pour son propre projet death metal Altar of Obedience avec lequel il a sorti quatre albums. Les deux lascars ne pouvaient donc que bien s'entendre, si bien que les retrouver ensemble n'est pas vraiment une surprise.

Leur association est d'autant plus efficace que Dreams of Death, premier EP du duo, tient bien la route. Sans surprise, une fois encore, les influences émanant de la scène suédoise des années 90, en particulier celle de Stockholm, sont ici mises en évidence. D'ailleurs, on a même droit à une petite reprise plutôt bien fichue de Dreaming in Red de Dismember, en conclusion de cet EP. La célèbre pédale de distorsion HM-2, qui est au death metal suédois ce que la galette est à la Bretagne, remplit son rôle de catalyseur et d'arme de destruction massive, pas seulement sur cette reprise mais aussi, sur les quatre autres très bons morceaux composant ce mini-album. À cela s'ajoute un chant particulièrement lugubre, macabre et cryptique, soutenu par une base rythmique dévastatrice progressant inexorablement comme un rouleau-compresseur. Si l'ambiance peut paraître à la fois sombre et morbide, elle sait aussi s'élever vers des hauteurs cosmiques, dignes d'un roman de Lovecraft, lorsque des solos de guitares bien sentis surgissent des profondeurs.

Telle une porte vers l'enfer, la pochette renforce le côté glauque, mortifère et délétère qui se dégage des compositions. On y voit une silhouette humaine quittant un monde pour accéder à un autre par un portail entre deux dimensions que surplombe un grand crâne entouré d'étranges personnages ailés, sans doute des anges déchus ou des humains arrachés à la vie avant d'accomplir un rite de passage vers le royaume des morts. Faut-il y voir un attachement à l'imagerie ayant attrait à la mythologie grecque ? Sans doute. Quoi qu'il en soit, Obscene Gallery s'engage, à travers cet ouvrage inaugural, dans une voie intéressante qu'il serait bien tenté d'explorer plus en profondeur à l'avenir.

lundi 17 février 2025

INTO THE CRYPT : PUTRID YELL - LABYRINTH OF FLAGELLATIONS


Lorsqu'il fait une première incursion dans le cinéma d'épouvante en 1979 avec son film L'Enfer des zombies, le réalisateur italien Lucio Fulci sait qu'il va se heurter à un torrent de réactions négatives. Deux jours avant sa sortie dans les salles obscures qui eut lieu le 25 août, le film fut interdit aux moins de dix-huit ans par la commission de censure italienne avant d'être descendu en flammes par les critiques de cinéma transalpins dès son début d'exploitation, et ce malgré un incontestable succès public (le film finira par rapporter environ trente millions de dollars de recettes au niveau mondial). Véritable temple érigé en l'honneur du gore, qui valut à Fulci la colère de George Romero lui-même qui l'accusa dans une lettre d'avoir surfé sur le succès de La nuit des morts-vivants, s'inspirant des classiques de l'épouvante de la première moitié du vingtième siècle, L'enfer des zombies est tellement truffé de références qu'il déchaîna les passions bien au-delà du cercle du septième art, à tel point que plus de quarante-cinq ans après sa sortie, il continue d'opérer sur le public une sorte d'attrait qui en fait une œuvre définitivement à part.

Le death metal n'a pas échappé à cet engouement. De par les thématiques abordées par le style, qu'il s'agisse de l'horreur, du gore, de l'épouvante ou des zombies, bien des groupes de death metal ont fait référence au film culte de Lucio Fulci. C'est le cas, par exemple, de Putrid Yell, dont le nouvel EP, Labyrinth of Flagellations, vient de paraître via le label Rotter Records. Au tout début de cet EP, une scène d'anthologie de L'enfer des zombies est utilisée en guise d'introduction. Il s'agit de la "séquence de l'œil", une des plus célèbres dans l'histoire des films d'horreur, durant laquelle l'actrice grecque Olga Karlatos (Gloria Mundi, La Dame aux camélias, Purple Rain) a l'œil transpercé par un éclat de bois (la malheureuse finissant ensuite dévorée par une horde de zombies). De quoi se mettre dans l'ambiance avant que Putrid Yell ne lâche les chevaux de l'enfer sur les trois morceaux suivants. Sur des compositions d'une qualité irréprochable, le groupe chilien maintient une ambiance horrifique qui est sa marque de fabrique.


Putrid Yell n'est pas nouveau sur la scène death metal. Fondé en 2012 à Viña del Mar, le groupe sud-américain s'est tout de suite fait remarquer sur du matériel promotionnel, notamment sur When Life Has Ceased, sa seconde démo datée de juin 2013. On vit ensuite les chiliens collaborer avec quelques formations entre 2014 et 2018, notamment leurs voisins péruviens de Profaner ou leurs compatriotes de Soulrot et de Eaten Alive. Il faudra néanmoins attendre l'année 2023 pour qu'un premier album, Consuming Aberration, ne paraisse chez Pulverised Records. Enraciné dans les profondeurs les plus hostiles de l'underground, Putrid Yell continue de cultiver aujourd'hui son goût prononcé pour l'horreur en injectant dans son univers de multiples références au cinéma horrifique des années 70 et 80.

Musicalement, le groupe n'a jamais caché son admiration pour le death metal suédois de la fin des années 80 et du début des années 90. Ainsi, un son caractéristique à la Dismember se retrouve sur cet EP. D'autres formations suédoises très réputées comme Entombed, Carnage, God Macabre ou Mega Slaughter ne sont jamais très loin en terme d'influences, que ce soit pour la section rythmique ou le chant. Putrid Yell assume pleinement ces références en prenant un malin plaisir à raviver cette flamme du death européen de la vieille école, ce qui pourrait sortir de l'ordinaire pour un groupe né en terre sud-américaine où le death possède une identité très forte découlant directement de Sepultura, de Sarcofago ou de Vulcano, pour ne citer que les sommités. Faibles et aisément influençables que nous sommes, nous nous laissons prendre au jeu pour mieux nous faire dévorer par des meutes de zombies avides de chair fraîche.

jeudi 13 février 2025

INTO THE CRYPT : IMMERITS - VISCERAL NIGHTMARES


Asseyons-nous quelques instants et prenons le temps d'essayer de répondre à cette question cruciale qui continue d'alimenter les débats : où en serait le death metal aujourd'hui si la Finlande n'avait jamais existé ? Parce que c'est bien beau de dire que si les américains et les suédois n'avaient pas été là, le death n'occuperait certainement pas la place à laquelle il se trouve maintenant, mettre ces deux pays sur un piédestal serait non seulement réducteur mais aussi, irrespectueux pour d'autres nations ayant mis le pied à l'étrier. Bien sûr, Stockholm et Göteborg, ainsi que des états américains comme la Floride, la Californie ou le Texas (j'en oublie), ont été dans les années 80 l'épicentre d'un mouvement d'ampleur donnant naissance au genre. Cela, je ne le nie pas, bien au contraire car, on connaît l'importance de la scène qui s'est développée dans ces régions. Cependant, j'estime que la Finlande, de par l'effort qu'elle a fournie durant cette période (on en parlait d'ailleurs dans un article dédié) a toujours mérité sa part du gâteau en apportant un petit plus lui ayant permis, en quelque sorte, de forger son propre son (certes de facture classique mais, ô combien soutenu, lourd, oppressant et tourmenté) et, par voie de conséquence, sa propre identité.

Aujourd'hui, l'héritage qu'ont laissé des formations finnoises réputées comme Demigod, Abhorrence, Funebre ou Demilich, constitue pour les groupes plus récents une source d'inspiration intarissable. J'avais envie de saisir l'occasion pour vous parler de l'une de ses nombreuses jeunes formations dont j'ai découvert récemment l'existence, nommée Immerits. Fondé en 2023 à Lahti, le groupe se distingue par la jeunesse de son effectif, vingt ans de moyenne d'âge, dont un bassiste qui n'a que seize ans (le plus âgé des quatre membres étant Aleksi Hujanen, le guitariste rythmique, du haut de ses vingt-trois ans). Attention, n'allez surtout pas vous faire à l'idée, en partant de ce constat, que nous avons affaire à un groupe de jeunes poseurs immatures et inexpérimentés qui sont là pour amuser la galerie. En effet, Immerits possède dans ses rangs deux membres du groupe Obscenum (dont nous avions dit du bien dans Le coin des démos), Elias Laaksonen, le batteur, et Pyry Pöllänen, le chanteur et guitariste principal. C'est d'ailleurs ce dernier que l'on peut considérer comme étant le poumon du groupe, le maître artificier, pour reprendre des termes plus imagés. À vingt-deux ans, Pöllänen possède une gamme assez fascinante dans le guttural dont vous allez pouvoir saisir toute la qualité sur Visceral Nightmares par exemple, le dernier EP en date du quatuor sorti en novembre de l'année dernière. À l'écoute, vous constaterez sans doute quelques similitudes dans le chant avec des vocalistes comme Antti Boman (Demilich), Jarkko Rantanen (Adramelech), Jari Heinonen (Funebre), Jusa Janhonen (Morbific) ou même pourquoi pas Dan Greening (premier chanteur de Cryptopsy). De plus, le gars excelle à la guitare en imprimant un rythme constant, oppressant et pouvant s'avérer assez technique lorsqu'ils se lancent dans des solos. Écoutez un morceau comme Incarcerated by Degeneracy, par exemple, extrait de la démo du même nom parue en septembre 2023, et vous verrez à quel point le jeune homme est capable de créer des harmonies proches d'un son psychédélique enfonçant les portes de la perception.

Bien entendu, Pyry Pöllänen peut compter sur une bonne section rythmique pour le soutenir, souvent accompagnée du chant plus aigu et plus criard de son compère Aleksi Hujanen en guise de second vocaliste. L'ensemble forme un tout cohérent avec un death aux structures torturées, jamais sur le même rythme, un rendu bien morbide et méphitique. Bref, du death metal typiquement scandinave mais surtout, fermement enraciné en terre finlandaise. Immerits est un groupe plus qu'intéressant qu'il vous faut découvrir séance tenante, si ce n'est pas encore fait.

lundi 27 janvier 2025

INTO THE CRYPT : SAWED APART - CRYPTIC CARVINGS


Si mes souvenirs sont bons, j'ai visité le cimetière du Père-Lachaise deux fois. La première fois, j'avais trouvé le lieu tellement labyrinthique que j'ai cru m'y perdre et ne jamais en trouver la sortie. Seul dans les allées bordées de tombes et jonchées de feuilles mortes, je craignais de tomber sur les morts-vivants que j'avais vu dans Night of the Living Dead de George A. Romero ou sur l'une des ces femmes intrigantes et possédées de La Nuit des Horloges de Jean Rollin dont je n'ai jamais réussi à trouver la tombe au Père-Lachaise où il est inhumé dans la section 27. Pire, j'ose à peine imaginer ma réaction si étaient apparus devant moi trois hurluberlus armés de scies et psalmodiant des borborygmes sans doute dans le but d'invoquer des divinités sataniques dont j'allais être la victime, supplicié et sacrifié sur l'autel. Rien de tout ceci n'est arrivé, à mon grand soulagement, l'eau ayant coulé sous les ponts puisque depuis cette visite remontant à des temps lointains, je me suis mis à verser moi-même dans les rites les plus sombres consistant à écouter du death metal.

J'ai beau être devenu un auditeur aguerri et très attentif à l'actualité ainsi qu'à l'évolution de la scène, j'arrive encore à être surpris en faisant des découvertes inattendues, l'une des dernières étant Sawed Apart. Le groupe, cofondé par un couple de jeunes mariés, Jacob et Alexa Lagace, l'année dernière dans le Connecticut, erre dans les profondeurs obscures de l'underground, entité cachée dans la nuit noire des cryptes. Jacob chante et joue de la guitare, tandis qu'Alexa est bassiste. Quant au troisième larron, Kurt Scameheorn, ce dernier assure les fonctions de batteur. Toujours l'année dernière, le trio a conçu ses deux premiers morceaux dont Cryptic Carvings, hymne d'une inquiétante noirceur, rempli de malfaisance et d'odeurs fétides, d'un pur death metal de la veille école. Le groupe y montre un potentiel plus qu'intéressant susceptible de les mettre sous le feu des projecteurs, encore faut-il persévérer et trouver sa place dans le foisonnement de groupes qui pullulent aujourd'hui dans les dimensions infernales. Un indice nous permet de croire qu'un projet sans doute plus ambitieux est en cours : l'embauche très récente d'un second guitariste, Sean Scameheorn, qui ne peut être, j'imagine, que le frère de Kurt. Les voici désormais quatre et prêts à invoquer les créatures de la nuit. Nous allons, par conséquent, devoir suivre Sawed Apart de près.