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lundi 9 février 2026

CHRONIQUES DE LA FOSSE : NOIRSUAIRE - THE DRAGGING POISON (2025)


Il aura donc fallu une mort, suivie d'une résurrection, pour que, dans les ténèbres, les cendres et les monts venteux, naisse le premier album de Noirsuaire. L'artiste occitan avait auparavant semé de précieux indices sur un EP paru l'année dernière, The Wrath of the Silent Temples, pour lequel nous ne tarissions pas d'éloges sur ces pages. Vivre, mourir puis, renaître. L'histoire de Noirsuaire n'aurait sans doute pas déplu à Bram Stoker, l'écrivain irlandais devenu célèbre grâce à Dracula. Cela tombe bien, le vampirisme étant un thème de prédilection pour le dénommée N, musicien multi-instrumentiste encapuchonné qui est le fondateur et la tête pensante de Noirsuaire.

On retrouve donc sur cet album inaugural l'ambiance et les thématiques ayant construit l'obscure légende. Développant une sorte de culte du diable qui prend sa source dans l'isolement, la rudesse des froides journées d'hiver et les profondeurs lugubres de la scène black metal française des années 90, de Bekhira à Mütiilation, Noirsuaire s'est bâti une citadelle dont les piliers reposent sur les entités que sont Sargeist, Satanic Warmaster, Naströnd et Marduk. Les références ont de quoi impressionner mais, n'allez pas vous méprendre. L'artiste français ne fait pas dans le copier-coller, bien au contraire, puisqu'il parvient à recréer une atmosphère lui étant propre oscillant entre agressivité et mélodie. Une fois passée l'introduction instrumentale, spectrale et vampirique, qui ouvre le chapitre, les chiens de l'enfer sont lâchés sur le colossal The Trance of Bedless Bones qui annonce la couleur. Sur un rythme effréné, le chant possédé se pose sur des riffs vénéneux emplis d'une noirceur cauchemardesque. Puis, vient l'entêtant Fogged by the Leaves of Pestilence avec son refrain épique que la voix de BST (The Order of Apollyon, Doedsvangr, ex-Aborted, ex-Aosoth) porte si bien afin de rendre hommage, comme il se doit, au regretté à Nisse Karlén, l'âme de Sacramentum, parti l'année dernière.

Vieille école dans l'esprit, le black metal de Noirsuaire peut être d'une amplitude à couper le souffle lorsqu'il s'aventure dans les recoins les plus secrets de l'âme humaine, prenant de la grandeur sur des morceaux guerriers et incendiaires comme Possessed by a Malignant Lust ou Sworn by Sinister Wisdom. Tapi dans les ténèbres comme le loup guettant sa proie à l'orée des bois, le sorcier semble ne jamais être mieux inspiré qu'à la faveur de la nuit, dressant son tableau ritualiste pour y extraire ce qui fait l'essence même du black metal. Les détours insoupçonnés du superbe Enshrouded in Rabid Repugnance en sont un parfait exemple. Au milieu de ce fracas nocturne, l'accalmie se manifeste sous la forme d'un interlude envoûtant et mélancolique que le jeune organiste Mildrac restitue avec beauté sur Withering Veins. Ce sont alors des paysages dont nous ne connaissions pas l'existence qui s'ouvrent devant nous.

Avec The Dragging Poison, Noirsuaire semble non seulement plus inspiré que jamais mais, en plus, il parvient à redorer, de par ses arpèges, le blason d'un black metal français old school quelque peu tombé en désuétude dans le patchwork de sous-genres qui ont tendance à polluer le style depuis un certain temps.

vendredi 19 décembre 2025

NOIRSUAIRE - FOGGED BY THE LEAVES OF PESTILENCE


Revenu d'outre-tombe en 2024, Noirsuaire hante de nouveau les contrées du pays d'Olmes. Désespérément attendu par ses disciples, le prince des ténèbres s'apprête enfin à dévoiler son premier album, The Dragging Poison, qui doit paraître le 26 décembre chez Osmose Productions. Ce sont neuf nouvelles offrandes qui nous seront ainsi offertes dans la lignée d'un black metal sincère, brutal et mélodique qui n'est pas sans rappeler le style underground qui sévissait en France dans les années 90. En attendant la date fatidique, l'artiste propose à l'écoute Fogged by the Leaves of Pestilence, sublime morceau composé en hommage au regretté Nisse Karlén, chanteur de Sacramentum, qui a rejoint le pays des ombres cette année. Une chronique de l'album arrivera bientôt sur ces pages.

jeudi 20 mars 2025

CHRONIQUES DE LA FOSSE : NOIRSUAIRE - THE WRATH OF THE SILENT TEMPLES (2025)


Ainsi donc, la bête respirait encore sous les cendres. Brièvement inscrite à l'article de la mort, on la vit réapparaître dans les bois sombres bordant Montségur, sous la forme d'un ermite vêtu d'un châle couleur de suie, errant parmi les arbres que l'hiver avait figés. Durant les nuits glaciales, dans les ténèbres silencieuses comme des tombes, l'on pouvait entendre, en tendant bien l'oreille, les bruit sourd de ses pas dans la neige fraîche, auquel se mêlait parfois le hululement lointain d'un hibou guettant sa proie. La nouvelle parcourut villages et hameaux, portée par un vent piquant qui venait du nord : Noirsuaire était de retour.

Nouveau chapitre que la nuit elle-même semble avoir écrit sous la clarté languissante d'un croissant de lune accroché entre deux nuages, The Wrath of the Silent Temples est la signature d'un maître divulguant les secrets que cache l'obscurité. Dans les monts brumeux que l'hiver recouvre de son linceul ou dans les ruines des châteaux des vénérables ancêtres, statues de pierre pétrifiées par le temps, Noirsuaire distille son poison vampirique en invoquant les esprits des dimensions maléfiques. Tel un guerrier revenu d'entre les morts, il rassemble son armée des ombres en poussant un cri de ralliement fielleux et primitif. Adepte d'un art noir suintant des profondeurs de la terre, il en exploite les rouages complexes, en étudie les formules, dont le commun des mortels ne soupçonnerait pas l'existence, pour arriver à un résultat que bien peu réussirent à atteindre : faire naître l'excellence dans le chaos. Aidé de ses précieux acolytes, l'artiste possède l'expérience nécessaire afin de prolonger la nuit. Au son d'un black metal respirant la sincérité et ancré dans ses racines ancestrales, il sonne la charge sur The Scourge from Kisiljevo, remuant en nous les souvenirs vivaces que nous avions de lui sur ses précédents efforts, de Possessed by a Malignant Lust à By the Screams of Porphyric Seraphs en passant par Black Flame of Unholy Tradition. Les rythmiques guerrières, puissantes et vindicatives sont son apanage, à l'image du morceau qui a donné son titre à ce EP, tandis que quelque part entre radicalité et mélancolie, la créativité prend des atours plus mystiques, plus mélodiques que To Roam Among the Darkest Hounds restitue parfaitement durant six minutes d'une qualité lyrique exceptionnelle tutoyant les sommets enneigés de la chaîne pyrénéenne, quand ce n'est pas le son nostalgique et rêveur d'une orgue qui nous prend aux tripes sans crier gare.

Noirsuaire est revenu, et avec lui les vestiges d'un monde qu'on croyait effacé à tout jamais par l'usure du temps. Tendez bien l'oreille et vous entendrez peut-être le prince des ténèbres regagner sa demeure après une nuit de fureur et de sang.