jeudi 27 février 2025

CHRONIQUES DE LA FOSSE : DUELLISTE - DUELLISTE (2025)


Encapuchonné dans sa longue chape noire traînant comme un vêtement de mort, Duelliste erre depuis 2023 sur les champs de batailles que l'hiver glacial semble avoir figés dans le temps, vestiges d'un passé dont les braises subsistent sous les neiges éternelles. Disciple d'un art noir dont il avait tracé les contours sur deux démos révélatrices d'un indéniable talent, l'homme s'était réfugié dans la forêt pétrifiée pour y concevoir le nouveau chapitre de son livre à l'atmosphère mystique. Il ressort aujourd'hui de ce travail d'orfèvre un premier opus éponyme que les frimas de l'hiver recouvrent d'un givre tenace et piquant comme la pointe d'une épée.

Une épée que Carcasse Enchaînée, l'âme damnée derrière le projet, n'est pas décidé à lâcher et c'est tant mieux. Lorsque les premiers accords de Traces figées retentissent dans le brouillard, c'est toute la radicalité d'un black metal sincère et organique qui s'exprime dans toute sa plénitude. Par la violence de la guerre, un enfer apparaît // Dans l'aurore du matin rosé, les silhouettes // De cadavres rappellent le funeste butin sacrifié // À travers les chaumes et les fermes misérables, s'exclame le ménestrel de sa voix sinistre. L'on entendrait presque, au loin, le bruit des épées dont les lames s'entrechoquent au cœur de la mêlée, l'image nous renvoyant aussi à des événements hélas plus contemporains au vu de l'actualité géopolitique du moment.

Le black metal de Duelliste se veut guerrier dans l'absolu, extrême dans sa conception et glacial dans son ambiance. Cette imagerie se déploie et se démultiplie selon des variantes que le musicien maîtrise avec une certaine dextérité (comme il sait manier l'épée) sur des morceaux viscéraux que le froid fige comme des statues, tels que L'âme guerrière ou Lame vengeresse. Cependant, et c'est sans doute l'un des autres points forts de cet album que l'on écoute comme si l'on lisait un livre, l'artiste, dans sa radicalité et dans sa froideur, sait se faire poète. Au son de claviers majestueux et mélancoliques, il déclame des psaumes dont la beauté est transcendée dans la brise hivernale. D'un sol qui devient la voûte du passé muet // Où les fantômes voguent aux étoiles noires // Aux soleils morts qui renient leurs défaites // Oublient le temps qui a figé la fleur salvatrice, dit à haute voix le promeneur solitaire. C'est dans ces moments-là, ou dans d'autres comme Hauteurs crépusculaires ou Tenture de mort, que s'expriment des mélodies élégiaques que le vent du nord saupoudre sur les terres désolées des souvenirs perdus. L'hiver est loin d'être terminé, qu'on se le dise.

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