Wargoat est un groupe tellement underground qu'il ne possède aucun lien sur internet et ça fait vingt que cela dure. Née à Athènes en 2006, la mystérieuse entité a d'abord publié des démos avant d'enregistrer un album, Genesis of Epiklesis, qui vit le jour en 2015 sur l'obscur label japonais Deathrash Armageddon. Depuis, le groupe s'est fait discret, se contentant de quelques rares collaborations, dont une qui fit date en 2018 avec les chiliens de Black Ceremonial Kult, sous la houlette du label madrilène Deathrune Records. Puis, en 2023, la bête sortit d'hibernation avec un EP dans ses crocs acérés, Mysteries of Primitive Damnation, qu'un petit label indépendant brésilien du nom d'Angel of Cemetery Records distribua au format cassette à seulement cinquante copies. Plus underground, tu meurs. La surprise est arrivée ce mois-ci grâce à une réédition de l'EP sur ce même label mais, cette fois-ci en version vinyle.
Maintenant, il est temps de dire les choses : Wargoat a beau être une formation d'une très grande discrétion, elle n'en demeure pas moins un poids lourd de la scène metal extrême underground. Depuis que ces grecs ont commencé à hanter ce bas monde, ils sont devenus des valeurs montantes du style blackened death qui consiste à mélanger la noirceur du black metal à la puissance du death metal old school, le tout baignant dans une ambiance occulte et malfaisante faisant appel à des thématiques allant du satanisme à l'anti-christianisme récitées en des hymnes blasphématoires à ne surtout pas mettre entre toutes les oreilles. Ce qui est d'autant plus formidable avec Wargoat est que cette ligne directrice n'a pas dévié d'un millimètre depuis vingt ans. À ce rythme, ce n'est plus de la passion mais, de la dévotion (terme à manier avec précaution dans ce cas précis). Cette fidélité se voit aujourd'hui fort justement récompensée par cette réédition arrivant à point nommée. La galette contient quatre morceaux courts mais, très intenses, parfaitement calibrés dans un blackened death metal sincère, pur et cauchemardesque, impossible à renier par les amateurs du genre. Vous savez maintenant ce qu'il vous reste à faire.
Il existe deux types de personnes : celles qui se compliquent inutilement la vie et celles qui décident de faire les choses simplement sans se prendre la tête. Vomit fait partie de la deuxième catégorie. Depuis qu'il a débuté sa carrière en 2017 (carrière dont on ignore si elle est en pause ou définitivement achevée), le groupe chilien s'est évertué à faire ce qu'il sait faire le mieux, à savoir prendre du death et du thrash pour mélanger les deux. Après deux démos parus en 2017, le combo franchissait l'année suivante le cap redoutable du premier album avec la parution de Invoker of the Past via le label Deathrune Records. On y découvrait alors le death thrash survolté et très typé old school du quatuor. C'est exactement la même formule, au détail près, qui fut utilisée trois ans plus tard, en 2021, sur l'EP Deathlike Vomit, paru chez Putrid Prods.
Pour bien comprendre ce à quoi nous avons affaire, il faut tout simplement se mettre dans la situation suivante : imaginez que Possessed et Sarcofago se soient acoquinés (ça peut aussi marcher avec d'autres groupes comme Venom, Morbid Saint, Sadus ou Nunslaughter) et qu'ils aient eu un rejeton. Eh bien, voilà, ne cherchez pas plus loin. Vomit, c'est l'alliance parfaite du death et du thrash dans un esprit résolument old school nous ramenant à la fin des années 80 quand les deux styles étaient encore très liés l'un à l'autre. Toute l'énergie du groupe se fait ressentir dès le premier morceau, The Final Judgement, avec son rythme complètement débridé. Les chevaux sont ensuite lâchés à vive allure sur l'explosif Carrion qui flirte avec le blackened thrash, tandis que The Insane nous emmène dans un registre plus death, notamment dans son introduction. Une tendance que l'on retrouve sur Realm of the Goat dont le chorus constitue sans doute l'hymne de ce mini album. Ce rythme infernal est maintenu tambour battant jusqu'à l'explosion finale sur le jouissif Resurrected où l'on sent que les membres du groupe s'amusent comme des fous, sans doute désireux de finir en apothéose. C'est en étant désarmant de simplicité que Vomit parvient à nous surprendre. Reste à espérer que Deathlike Vomit n'était pas le chant du cygne du combo latino.
Le temps est parfois synonyme d'oubli. Tout ce qui appartient au passé peut soit figurer dans les livres d'histoire et ainsi demeurer ancré dans les mémoires collectives, soit être remisé dans un tiroir et prendre la poussière. En 1990, alors que le death metal est sur le point d'entrer dans sa période la plus créative, beaucoup de nouveaux groupes se forment partout sur la planète et commencent à enregistrer des morceaux sous forme de démos. L'effervescence est telle qu'il est difficile pour eux de se faire une place sur l'échiquier, au point que nombre de ces formations auront une durée de vie très courte. Même si d'autres auront plus de chance, leurs premiers enregistrements se noient dans le foisonnement des parutions en finissant par tomber dans l'anonymat. Il faudra alors l'investissement de gens passionnés pour que ce précieux trésor ne soit pas perdu dans les archives labyrinthiques de la musique. Il faut souligner l'importance d'un tel travail car, beaucoup de démos parues à cette époque sont devenues des maillons essentiels, comme des piliers soutenant un édifice. Elles furent le fruit d'un labeur qui a permis au death metal de s'émanciper et d'accomplir son expansion à travers le monde. En extraire dix parmi des centaines ne fut pas chose aisée même si j'ai le sentiment que la sélection qui va suivre reflète à mes yeux la très grande créativité qu'il y avait à l'époque. C'est pourquoi miser sur la Scandinavie me semblait être le choix le plus judicieux, cette région étant historiquement un des épicentres les plus actifs de la scène depuis près de quarante ans. Voici donc dix démos essentielles sorties en 1990 que tout passionné de death metal se doit de connaître impérativement.
Toxaemia - Kaleidoscopic Lunacy :
Étrange destin que celui de ce groupe suédois qui, après avoir débuté en 1989 sous le nom de O.S.S. puis Anguish, sort cette toute première démo en mars de l'année suivante en se faisant appeler Toxaemia avant de mettre un terme à l'aventure en 1991 (le groupe sera finalement relancé en 2017 par deux de ses membres d'origine, Pontus Cervin et Stevo Bolgakoff). Les changements fréquents de lineup avaient sans doute précipité la chute alors que Kaleidoscopic Lunacy constituait pourtant un véritable trait de génie parfaitement inscrit dans la veine du death metal à la suédoise avec ses compositions très consistantes, ses riffs ravageurs et variés et ses impeccables solos. Les plus exigeants pourraient dire qu'il s'agissait avant tout de death générique comme la Suède sait si bien en produire mais, il n'empêche, il y avait là largement de quoi se sustenter ainsi qu'un potentiel qui ne passait pas inaperçu.
Desecrator - Black Sermons :
Restons en Suède avec un groupe qui prenait un malin plaisir à brouiller les pistes. Certes, Desecrator était, dans l'esprit, ancré dans le death metal. Résolument, même. Néanmoins, sur sa deuxième démo parue en novembre 1990, le combo fondé à Göteborg un an plus tôt sous le nom de Striker n'hésitait pas à ajouter à ses compositions des éléments venant du black metal et du thrash, et même parfois, en tendant bien l'oreille, un certain sens de la mélodie. D'ailleurs, il n'est pas étonnant que le groupe se soit ensuite dirigé vers le melodeath, profitant de l'occasion pour changer d'identité en 1991 sous un nom que l'on connait beaucoup mieux, j'ai nommé Ceremonial Oath.
Nephritis - Obeisance to Death :
On part dans un trip différent avec ce groupe finlandais fondé à Turku et dont l'existence n'excéda probablement pas plus d'un an. Dans ce cas, pourquoi en parler ? Tout simplement parce que ceux qui connaissent l'histoire du detah metal sur le bout des doigts et ceux qui, accessoirement, viennent régulièrement sur ce site, savent à quel point la scène finlandaise a une importance capitale dans le développement du style. On retrouve donc sur cette démo sortie en novembre 90 tout ce qui fait la particularité du death finnois : des mélodies tourmentées, des riffs oppressants, des passages lourds et suffocants donnant ainsi cette ambiance très sombre savamment distillée. Les sept morceaux qui composent cette démo constituent par conséquent un témoignage puissant de ce dont la Finlande était capable. On peut juste regretter que l'aventure ne soit pas allée plus loin, même si certains membres du groupe sont toujours actifs aujourd'hui. C'est notamment le cas de Petri Kolkka qui chante pour le groupe Cannibal Accident depuis 2007.
Embryonic - The Land of the Lost Souls :
Nous avons affaire ici à un groupe mythique de la scène scandinave, n'ayons pas peur des mots. Mythique car, y figuraient ni plus, ni moins Ihsahn et Samoth qui allaient cofonder en 1991 un des titans du black metal norvégien, j'ai nommé Emperor. Ici, pas de black mais, bel et bien du death metal pur jus, fortement inspiré par la scène finlandaise sur cette démo 4 titres, la seule que sortira la formation fondée en 1990 dans un petit village du Comté de Telemark, au sud d'Oslo. Un des faits les plus remarquables de cette démo, au-delà du fait qu'il s'y dégage une ambiance d'une noirceur absolue, est le chant d'Ihsahn, très différent de ce qu'il allait proposer par la suite avec Emperor, puisqu'il il adoptait la posture gutturale typique du death metal, au point qu'on est en droit de se demander si c'est vraiment lui qui est au micro. Au final, l'aventure d'Embryonic aura été éphémère mais, ô combien marquante pour une Norvège qui était alors en pleine vague du black metal avec Darkthorne, Mayhem, et consorts.
Obscene - Grotesque Experience :
Retour en Suède avec ce qui fut sans doute le premier groupe du musicien Stefan Källarsson avant qu'il ne parte rejoindre Crypt of Kerberos en 1991 en tant que bassiste. Sur cette seule démo parue en 1990, Obscene pratiquait un death sombre et malsain auquel il ajoutait des éléments encore plus lourds venant du doom metal. Le mélange des deux genres offrait un rendu oppressant sur les trois morceaux proposés et qui s'éloignait des standards habituels de l'époque, pour la Suède en tout cas, même s'il n'était pas si rare de voir en 1990 des groupes s'adonner à ce genre de mixture. Une démo qui compte, donc, même si là aussi, l'existence de ce groupe fut très éphémère, probablement moins d'un an.
Funebre - Demo '90 :
On arrive dans le très lourd, la classe privilège du death metal nordique avec un groupe qu'on ne présente évidemment plus et que beaucoup d'historiens du metal extrême considèrent comme le précurseur du death metal en Finlande avec Abhorrence. En 1989, le quintette avait déjà frappé fort avec Cranial Torment, sa première démo aujourd'hui devenue une pièce de collection. L'année suivante, il pose les fondements de ce que sera son seul et unique album, Children of the Scorn, qui paraîtra en 1991 sur le label Spinefarm Records. Sur sa deuxième démo, le groupe finnois assommait la concurrence en l'espace de dix minutes sur trois morceaux taillés dans la roche, brut de décoffrage dans leur conception et dégageant l'ambiance la plus cauchemardesque qui soit. Un peu à l'image de Nephritis, évoqué plus haut, tout ce qui fait la sève du death finlandais était réuni sur ces trois compositions très sombres. C'était plus noir encore, plus malsain, que ce qu'allaient proposer d'autres formations de talent issues de Finlande comme Convulse, Demigod ou Demilich. Funebre ne savait sans doute pas à l'époque qu'il allait devenir une source d'inspiration pour beaucoup. La séparation n'en fut que plus cruelle en 1991.
Anguish - Last Grimace :
La Finlande encore, avec Anguish, dont l'une des particularités est qu'il fut le premier groupe à signer chez le label Avantgarde Records (qui s'appelait à l'époque Obscure Plasma). Vous avez dit obscur ? C'est l'adjectif qui convenait sans doute le mieux à cette formation fondée en 1989 et qui, dès sa première démo, frappait très fort avec son death tourmenté plutôt inspiré par le thrash metal, ce qui n'était pas banal durant cette période pour un groupe basé en Finlande. On peut dire que le quatuor représentait un gage de diversité et qu'il était la preuve que le death finlandais ne se résumait pas uniquement à une histoire de lourdeur et de mélodies torturées. Une démo assez insolite, au final, et qui méritait largement sa place dans cette sélection.
Sentenced - When Death Joins Us :
Avant qu'il n'entre dans la légende avec Shadows of the Past, album faisant toujours de nos jours l'objet d'un véritable culte et qui figure sans doute dans le club très sélect des meilleurs albums de death metal de tous les temps (rien que ça) et avant qu'il n'embrasse les rivages du gothic metal, le groupe finlandais fondé en 1988 sous le nom d'Utmost Deformity faisait paraître le 10 novembre 1990 sa toute première démo. Déjà, on y décelait un potentiel énorme qui présageait du meilleur pour la suite. Vocaux hargneux, rythmiques percutantes, compositions assises sur une base solide, le combo se démarquait de ses pairs en adoptant une position sans doute plus proche de Pestilence et de Bolt Thrower. Ce groupe était décidément unique en son genre, surtout quand on voit l'étonnante direction qu'il a prise par la suite, amenant à son extinction en 2005.
Exhumed - Obscurity :
Né en 1990 à Stockholm, ce groupe, qui se fera ensuite appeler Morpheus, comptait notamment dans ses rangs Johan Bergebäck et Sebastian Ramstedt qui allaient plus tard gonfler les rangs de Necrophobic, Bergebäck ayant également fait partie, pendant une courte période, de Dismember. Quant aux autres membres, on les retrouve aujourd'hui dans des projets comme Ordo Inferus, Malfeitor ou In Aphelion. Obscurity fut la seule démo d'Exhumed, parue en octobre 1990. On retrouve sur les trois morceaux qui la composent tous les ingrédients de la première vague de death metal suédois de la fin des années 80 avec des blastbeats à vous pulvériser le cerveau et un chant rugueux de David Brink (qui fit un bref passage chez Excruciate). Le groupe s'éteignit en 1993 après que chacun décidait de partir dans sa propre direction. Dommage car, le talent était là, à n'en pas douter.
Necrophobic - Slow Asphyxiation :
Puisque nous évoquons Necrophobic, voici une pièce de collection avec la seconde démo du groupe formé à Stockholm en 1989, et parue en mars de l'année 1990. Le combo était très différent de celui d'aujourd'hui, composé de trois membres : Stefan Zander au chant et à la basse, David Parland à la guitare (qui se suicida en 2013) et Joakim Sterner à la batterie (seul membre originel toujours présent dans l'effectif actuel). Sur cette démo, on était encore loin du blackened death qui allait être pratiqué plus tard, même si l'on pouvait en sentir les premières influences sur des morceaux comme Realm of Terror ou Retaliation. Cependant, c'était globalement du death suédois très calibré, créatif, sombre et qui allait véritablement lancer la grande épopée de ce groupe hors-norme. Bref, un disque à posséder.
Parler de Mortis Dei revient à faire un bond dans le temps, comme si l'on était à bord de la DeLorean du docteur Emmett Brown. Le saut est vertigineux puisqu'il nous fait remonter près de trente-cinq ans dans le passé, en 1992 pour être précis, année de naissance du groupe polonais dans la ville de Bydgoszcz, au nord-ouest de Varsovie. Fidèle, dès le début de sa carrière à un death metal de la vieille école, Mortis Dei n'allait pas tarder à se tailler une solide réputation dans le milieu underground, même s'il aura fallu attendre dix ans pour qu'un premier album paraisse en indépendant, The Loveful Act of Creation, reconnaissable à sa pochette représentant le dos d'une femme nue. Le groupe allait ensuite transformer l'essai sur deux autres albums plus sombres, My Lovely Enemy en 2006 (où l'on retrouve la femme nue, cette fois-ci allongée devant la porte d'un four crématoire) puis, Last Failure en 2009. Mortis Dei va alors entrer dans une période de turbulences à cause d'incessants changements de lineup, notamment au chant, au point qu'aujourd'hui, Grzegorz Zaremba, le bassiste, est le dernier membre originel de la formation. Si un quatrième opus, Salvation Never Comes, a pu voir le jour en 2014 sur le label Metal Scrap Records, un silence de plomb s'est installé par la suite jusqu'à ce mois-ci où The Bringers of Death est arrivé via Black Flame Rebellion.
Dès la première écoute, le verdict est sans équivoque. Mortis Dei a vieilli et, pas forcément en bien. Il faut dire que le défi était redoutable après un hiatus de onze ans. Avec une base rythmique totalement renouvelée au début des années 2020, tandis que Miroslaw Harenda, le guitariste arrivé en 2004, a endossé le rôle de chanteur (le précédent ayant quitté le groupe en 2024), il s'agissait, en gros, de repartir sur du neuf tout en essayant de conserver cet esprit old school présent depuis le début. Disons-le sans détour, la sauce met du temps à prendre sur The Bringers of Death. Peu inspirés, assez mous et répétitifs, les deux premiers morceaux sont pénibles à écouter avant que The Hunters Conquest ne commence à lancer les hostilités. Mortis Dei retrouve alors, par intermittence, de sa superbe, comme à la glorieuse époque, en distillant un death old school solide et sincère, plus consistant, plus épais, sur des morceaux bien composés comme Ruthless Annihilation, Redemption et Sacrifice. On y retrouve toute la noirceur qui a construit la réputation du combo.
Hélas, ces élans de générosité ne sont que parcimonieux, rendant l'album très inégal dans son ensemble. Si la base rythmique demeure plus que correcte globalement, surtout les guitares qui sont mises en avant dans la production, le chant manque parfois de puissance et de profondeur, faisant ainsi retomber le soufflet. Les lots de consolation n'étant que trop rares sur un album court n'affichant qu'une trentaine de minutes d'écoute, on en sort plutôt déçu avec un sentiment d'inachevé qui prédomine. Une copie à revoir, au final mais, que voulez-vous, tout le monde vieillit et le temps assassin poursuit son travail de sape.
Une statue. Voici ce qu'il faudrait ériger en l'honneur d'Eternal Dirge pour avoir été pendant dix ans un des fleurons du death metal allemand et même européen. Dix ans de carrière seulement, de 1986 à 1996 mais, quelle carrière, dont l'apogée fut atteinte en 1992 lorsque parut sur Hass Produktion le premier opus de la formation, Morbus Ascendit.
L'album était intéressant à plus d'un titre. Véritable pamphlet socio-politique qui n'hésitait pas à attaquer frontalement ceux qui profitent du système, il était non seulement une œuvre à la production impeccable mais aussi, un témoignage discographique puissant qui montrait à quel point le death et le thrash pouvait avoir des atomes crochus. L'exercice de style était poussé jusqu'à son paroxysme, et ce dès les premières minutes d'écoute. Avec une facilité parfois déconcertante, les allemands testaient toutes les possibilités de la créativité musicale en alternant le rythme. Furieusement thrash sur les énergiques Out of the Aeons et The Crawling Chaos, parfaitement équilibré entre death et thrash sur des bijoux d'orfèvrerie comme Exploring the Depths ou We Are the Dead, le groupe était tellement maître de son art qu'il pouvait même se permettre quelques surprenantes digressions sur des compositions plus aventureuses et plus expérimentales, pénétrant sur un terrain death thrash progressif sur Blind Idiot God, tandis que des trésors de technicité venaient se faufiler avec audace dans les cassures de rythme de Sinusitis Maxillaris. Porté par des guitares surpuissantes, un son de basse généreux et une batterie survoltée, Timo Knoff, qui décédera subitement en août 2018, n'avait plus qu'à poser sa voix de stentor pour achever les derniers résistants. Très revendicatif, l'album s'achevait alors par une sentence irrévocable sur l'hymne thrash Evolved Mutations : "Tomorrow is worthless // We are already dead".
Cette strophe était sans doute annonciatrice du désastre à venir puisqu'à l'issue d'une tournée avec Cannibal Corpse en 1996, Eternal Dirge se sépara, non sans avoir sorti un ultime album, Khaos Magick, la même année. Ne restent que les souvenirs et la période glorieuse d'un groupe qui aura tutoyé les sommets grâce à son style inimitable. Tout amateur de death metal old school se doit de posséder un exemplaire de Morbus Ascendit dans sa discothèque.
Actif depuis près de vingt ans sur la scène underground new-yorkaise, Immortal Rotting s'est mis à enchaîner les albums comme des petits pains depuis quelques années en choisissant de travailler en toute indépendance sans le soutien d'un label. Leur dernier ouvrage en date, toute juste paru, est un EP 2 titres sur lequel le groupe, qui consiste en un trio, exécute avec précision un death doom old school particulièrement lourd et étouffant, dans une ambiance à la fois occulte et cryptique. Cette offrande démoniaque s'écoute intégralement ci-dessous.
La Pennsylvanie ayant toujours été un des plus gros fournisseurs de groupes death metal aux USA, pas étonnant de voir surgir de cet état quasiment toutes les semaines des petits nouveaux qui veulent tenter leur chance. Gutshovel en fait partie. Né en 2024 dans le Comté de McKean, au nord de Pittsburgh, bref en pleine campagne, ce trio de jeunes musiciens a commencé par enregistrer une démo la même année, avant d'enchaîner ce mois-ci par un EP éponyme. À l'écoute des cinq morceaux qu'il comporte, j'avoue avoir été épaté et je vais vous dire pourquoi. Tout simplement parce que je retrouve en ce groupe le son caractéristique du death metal suédois old school du début des années 90, chose qui n'est pas banale à entendre pour un groupe basé sur le sol américain. La raison de cette assertion étant que la grosse majorité des combos du pays de l'Oncle Sam que l'on entend aujourd'hui ont tendance à sonner comme des groupes... américains, tout simplement, en s'inspirant des glorieux aînés comme Morbid Angel, Massacre, Cannibal Corpse, Dying Fetus ou Suffocation. Bon, en gros, on pourrait dire tout l'épicentre floridien ou californien, pour faire simple. Pour eux, ce n'est pas le cas. Gutshovel a clairement dû beaucoup écouter Dismember, Carnage ou Grave pendant qu'il étaient biberonnés, leur son étant tellement typé suédois, surtout quand la guitare se met à vrombir comme une tronçonneuse. Et puis, il n'y a pas que ça. C'est un ensemble, en fait, dont toutes les pièces s'agencent comme il faut, tant au niveau de l'instrumentation, du chant, que de l'ambiance. Par ailleurs, le EP me paraît étonnamment bien produit pour un groupe inconnu qui débarque dans le paysage musical avec les moyens du bord. Voilà une bonne surprise dont il va falloir surveiller l'évolution.
La bête respirait encore sous les braises. Alors qu'on était sans nouvelles depuis la parution de leur premier album, Utter Depression, en 2014, les grecs de Carnal Redemption viennent à la surprise générale de dévoiler deux nouveaux morceaux figurant sur leur EP Abomination Circus. Pour couronner le tout, le trio demeure fidèle à son death metal old school dont les passages mélodiques sont toujours autant inspirés. Réjouissons-nous de ce retour et espérons que belles choses sont à venir pour l'année prochaine.
L'année dernière, le label néerlandais Vic Records avait eu la riche idée de rééditer au format CD le premier album de Gomorrah, Reflections of Inanimate Matter, dont c'était le trentième anniversaire de la parution. Cerise sur le gâteau : en plus des sept morceaux originaux figurait un bonus sous la forme de trois titres supplémentaires issus de la première démo du groupe britannique, Embryonic Stages, sortie en mars 1991 et pour le coup totalement restaurée. Aujourd'hui, c'est le label Northern Silence Productions qui s'y met en proposant un dessert encore plus copieux, à savoir, une réédition vinyle en quatre variantes à paraître le 26 février prochain en seulement cent à deux cents exemplaires selon la variante. L'événement revêt un caractère presque historique puisque jamais l'opus fondateur de la formation de l'Oxfordshire n'avait été édité à ce format.
Pour bien comprendre l'importance de la chose, il faut revenir sur le parcours de Gomorrah. Le groupe eut une carrière très courte, sept ans seulement, de 1990 à 1997 mais, suffisante pour en faire l'une des rampes de lancement du death metal au Royaume-Uni. On peut séparer cette carrière fulgurante en deux temps : celui des démos et celui des albums. Quand Embryonic Stages parait en 1991, Gomorrah est solidement ancré dans le thrash des années 80. Le rythme est ultra rapide, les compositions dynamiques, tandis que les riffs déferlent comme des vagues en furie aussi coupantes qu'harmonieuses. Cependant, le groupe n'est pas pour autant dans un registre exclusivement thrash. Les redoutables vocalises de Sven Olafson sont un indicateur intéressant de l'orientation death que prend Gomorrah dès ce premier enregistrement. Après avoir participé à un split avec plusieurs groupes britanniques dont Reign, Decomposed, Nightlord et Incarcerated en 1992, le quintette renchérit en juin de la même année avec une nouvelle démo, Umbilical Divorce, qui s'inscrit résolument dans le registre death thrash de la précédente. Le rythme ne ralentit pas, bien au contraire, en étant plus proche d'un Possessed période Seven Churches ou bien du Slayer et Sepultura des débuts. Le groupe en profite pour composer un des morceaux les plus créatifs de sa carrière et qui va devenir, en quelque sorte, son hymne (un peu à l'image du Voracious Souls de Death Angel sur The Ultra-Violence), le dantesque Human Trophies, que l'on retrouva plus tard en conclusion de son premier album.
D'ailleurs, des morceaux aussi aboutis, on en retrouve à la pelle sur Reflections of Inanimate Matter. Sorti en 1994 sur un petit label du nom de Megapulse, l'opus dégage une formidable impression de puissance et de maîtrise bien qu'il n'affiche que trente-cinq minutes au compteur. Olafson trouve la plénitude de sa voix rauque et caverneuse en y ajoutant des tonalités plus graves allant vers un son de plus en plus guttural, renforçant ainsi le côté death de l'album même si, bien entendu, le thrash y est encore bien présent. Dans certaines intonations, le chanteur peut même rappeler le Dave Ingram de la grande époque de Benediction. Superbement produit par Paul Johnson (qui travailla justement avec Benediction mais aussi, Vader et Napalm Death), l'album, qui renferme plusieurs joyaux intemporels devenus plus tard des classiques (Rejoice in Flames, Without Trace, Sewer-cide) prend une direction plus obscure que sur les deux précédentes démos. C'est un peu comme si Gomorrah avait franchi une ligne de démarcation entre ses tout premiers enregistrements et celui-ci.
Cette créativité ne se retrouvera pas sur Caress the Grotesque paru deux ans plus tard chez Black Mark Production, le combo décidant de prendre une nouvelle direction en ajoutant des éléments plus groove et un peu plus technique à son death thrash, au point que parfois, voire un peu trop souvent, l'album s'enlise dans une répétitivité lancinante qui le rend nettement moins attrayant que son prédécesseur. Est-ce cela qui aura précipité la fin du groupe en 1997 ? Nul ne le sait. Quoi qu'il en soit, l'aventure s'arrête d'un coup net, laissant un goût d'inachevé. Chacun part dans sa direction avant que Sven Olafson ne finisse par commettre un suicide en 2014. Il reste en guise de témoignage discographique l'opus majeur de 1994, qui fait toujours l'objet d'un culte auprès des collectionneurs de nos jours car, considéré comme un disque historique de la scène death metal britannique du début des années 90. Sa réédition n'en demeure que plus importante.
Chaque lundi, Ravage Cérébral explore les profondeurs les plus obscures et malsaines de la scène death metal underground en évoquant la mémoire de groupes disparus, oubliés, ressuscités ou toujours en activité depuis leurs débuts.
Deux ans avant la sortie de son seul et unique album, Shrine of Desecration, sur le label Pure Death Records en 1997, Evilution débarquait de son Connecticut natal avec une démo 4 titres qui posait les bases de son death sans concession. Aussi primal que brutal dans son approche, le quatuor recelait des trésors d'ingéniosité pour délivrer un death franc du collier qui pouvait s'inspirer à la fois de Deicide et Suffocation. Soutenu par une base rythmique redoutable et intransigeante, le chant guttural de John York (qui était également bassiste) était capable de prendre beaucoup d'ampleur pour donner un côté encore plus lugubre aux compositions, ce qui n'était pas sans rappeler les harmonies tourmentées du death metal finlandais, à titre d'exemple. Trente ans plus tard, cette démo semble ne pas avoir vieilli et se savoure comme un bon vin.
L'extraordinaire vitalité de la scène canadienne, notamment québécoise, est à coup sûr un gage de qualité qui a permis à ce pays de suivre les traces de son imposant voisin dans le domaine du death metal. S'il n'aura pas vécu très longtemps, Amniorrehexis est tout de même parvenu à se distinguer sur deux démos, dont celle parue en 1995 et qui fut la dernière avant que le groupe ne disparaisse sans laisser de trace. Under the Surgeon's Knife permettait de jauger le combo sur deux choses très intéressantes : d'abord son habileté à pratiquer un brutal death metal de première facture que les spécialistes du genre n'auraient pas renié ; ensuite l'emploi de deux vocalistes, un homme prénommé Blacky et une femme (image ci-dessus) répondant au nom de Marie-Pou. Le résultat était d'une violence inouïe et s'écoute encore aujourd'hui avec un mélange de respect, d'admiration et d'angoisse.
On ne présente plus le groupe formé à Tilburg en 1989. Acrostichon eut rapidement le vent en poupe pour deux raisons : d'abord l'indéniable qualité de son death metal authentique, sombre, brutal et ne manquant pas de technicité ; puis la présence magnétique de sa charismatique chanteuse Corinne van den Brand dont les vocalises ne laissaient pas de marbre, c'est le moins qu'on puisse dire. En 1991, la formation néerlandaise dévoilait une cinquième démo dont les quatre morceaux annonçaient la tendance qui allait être reprise sur l'album culte Engraved in Black qui allait paraître deux ans plus tard sur le label Modern Primitive. Le groupe ne craignait pas de se lancer dans la construction de structures complexes en insistant beaucoup sur les cassures de rythme, les harmonies chaotiques et l'aspect lugubre. Endommagé par les ravages du temps, Dehumanized bénéficia en septembre 2020 d'une restauration bienvenue lors d'un pressage vinyle que le label Xtreem Music édita. Une initiative qui donna une seconde vie à ce disque remarquable.
On connait la carrière exceptionnelle du groupe fondé en 1988 à Santiago du Chili sous le nom de Black Vomit, puis Sadist. Trois ans avant Tribulated Bells, album de légende que tout amateur de death metal old school se doit de posséder, le quintette, emmené notamment par l'inoxydable duo composé de Ricardo Roberts et Juan Pablo Donoso, dévoilait cette toute première démo percutante et irrévérencieuse qui posait les bases de son death malsain, comme un doigt d'honneur à l'humanité. C'est toute l'Amérique latine qui s'éveillait alors au metal extrême, dans le sillage de Sepultura, Torturer et Atomic Aggressor, Sadism choisissant dès le début de prendre une direction encore plus radicale qui allait faire sa renommé. Les jalons étaient posés sur cette démo inaugurale. La suite de l'histoire est connue de tous.
Les choses sont simples à résumer. Si vous avez pris de plein fouet la vague du black metal en provenance de Norvège au début des années 90 et que depuis, vous ne jurez que pour un black à l'état brut, franc, sincère et underground jusqu'à l'os, Marhoth ne peut que vous plaire. Chant démoniaque, blastbeats tranchants, riffs imposants, clavier spectral et chœurs retentissant sous la lune pâle et glaciale par une longue nuit d'hiver, ces polonais ont réuni tous les ingrédients nécessaires pour la pratique d'un black metal sans artifice et capable de se frayer un chemin dans les forêts lugubres, au point qu'il ne manquerait plus que le hurlement lointain des loups pour vraiment s'y croire. Du bel ouvrage qui plaira avant tout aux vrais passionnés.