vendredi 15 novembre 2024

IMMORTAL FORM - GOD OF FILTH (THE PLAGUEBEARER)


Immortal Form sera-t-il l'une des bonnes surprises de cette fin d'année ? Après avoir publié une démo l'été dernier, la jeune formation de Washington, DC. met la dernière touche à un EP, Ashes of a Fallen World, qui devrait paraître incessamment sous peu et dont on peut découvrir un premier aperçu avec God of Filth (The Plaguebearer), excellent morceau de death old school irrévérencieux et authentique. On va donc logiquement surveiller la suite avec attention.

ECOCIDE - OF ENDLESS DECAY


Malgré deux séparations en 2015 et 2020, Ecocide, figure importante de la scène death/thrash néerlandaise moderne, a trouvé la force de se reformer en 2023. S'en est suivi un album, Metamorphosis, puis l'embauche cette année de deux nouveaux guitaristes, venus renforcer l'effectif avant la parution de Of Endless Decay, nouvel EP du groupe. Un EP sur lequel Ecocide confirme un changement d'orientation majeur dans son style musical puisque, tout en n'oubliant pas l'esprit old school du death/thrash qu'il pratique depuis ses débuts à Haarlem en 2012, le combo adopte un son résolument plus moderne auquel s'ajoute une bonne dose de hardcore. Ecocide poursuit donc sa mutation et nous verrons sans doute au fil du temps vers où cela les mènera.

KNURLING - DYING ISN'T REAL


Projet solo d'un artiste américain nommé Tyler Coverstone, guitariste d'un obscur groupe de death/sludge du nom de Swamp, Knurling va débarquer dans votre vie de la façon la plus radicale qui soit, en entrant chez vous en défonçant la porte. L'entité va proposer le 22 novembre son premier EP, sans titre, via le label Frozen Screams Imprint, dont on peut déjà se régaler d'une sympathique entrée sous la forme du single Dying isn't Real, brûlot incandescent de pur deathgrind qui va réduire en poudre chacun des os qui constituent votre corps. Tout est dit.

jeudi 14 novembre 2024

CHRONIQUES DE LA FOSSE : AGATHISMA - ADVERSARIAL REALITY (2024)


Projet solo de l'artiste multi-instrumentiste Meilki Darmawan, basé à Jakarta en Indonésie, Agathisma débarque avec Adversarial Reality, premier album sur lequel le musicien a tout fait quasiment seul (enregistrement, mixage, mastering), à l'exception de l'artwork pour lequel il s'est fait aider par un artiste du nom de Necro Frost, qui a déjà travaillé avec des formations comme Ashen Tomb, Carcinoid et Leviathan. Long de trente minutes pour un total de six morceaux, l'opus constitue une expérience éprouvante mentalement, sous la forme d'une descente aux enfers s'appuyant sur du death metal caverneux à l'ambiance malsaine.

Cela a beau être le tout premier essai discographique de l'artiste, ce dernier sait y faire pour façonner des paysages de désolation, dont une lune blafarde éclaire timidement quelques aspérités, à l'image de la pochette. Vile Presence est une ouverture offrant une remarquable entrée en matière avec son introduction au clavier avant qu'une instrumentation écrasante ne vienne s'imposer. Revenant par la suite sur Horrendous Ritual et Morbid Symptoms, les deux morceaux les plus longs de l'album, le clavier est un ajout de choix qui joue son rôle pour accentuer l'ambiance horrifique qui se dégage de l'œuvre. L'on sent un artiste impliqué, capable de varier le tempo à sa convenance, rapide, oppressant et cadencé sur Eternal Desolation, Blatant Persecution et le précité Vile Presence, plus lent et scélérat sur les compositions plus longues, pouvant flirter avec le doom. Sur Horrendous Ritual par exemple, les passages plus calmes sont en réalité autant de pièges savamment dosés dévoilant des sentiers labyrinthiques sur lesquels l'on se perd par inadvertance. La lourdeur de la guitare et de la batterie viennent renforcer le côté malfaisant de ce disque, même si, à quelques rares moments, l'on se fait surprendre par quelques sonorités plus mélodiques et bien inspirées.

Cette inspiration, l'artiste indonésien va la chercher essentiellement chez des formations bien connues de la frange expérimentale et avant-gardiste du death metal. On y reconnaît beaucoup les visions apocalyptiques et dystopiques des espagnols d'Altarage, l'horreur abstraite et occulte de Portal, le blackened death/doom oppressant d'Abyssal, la rage d'Ulcerate ou encore les couloirs sombres nés dans l'esprit dépressif et tourmenté de Jef Stuart Whitehead, tête pensante de Leviathan. Autant d'influences que le musicien et compositeur convoque dans des psaumes à la gloire des ténèbres, prononcés sous une forme gutturale dans un style caverneux caractéristique, surtout là pour achever les derniers résistants. Le tout forme un ensemble cohérent, particulièrement glacial et dénué de toute forme d'espoir. Ainsi, Morbid Symptoms s'achève sur un constat direct et très simple par la phrase Strap in and enjoy the Chaos. Ceux qui espéraient (un espoir de fou) voir le bout du tunnel en sont pour leurs frais.

On l'aura compris, Adversarial Reality n'est pas là pour amuser la galerie. L'album, qui révèle bien des complexités, se garde bien de montrer tous les chemins sinueux qu'il possède à tel point qu'une seconde, peut-être même une troisième écoute, s'avéreront nécessaires afin d'en saisir toutes les subtilités (à condition de trouver le courage d'y retourner). L'expérience d'écoute revêt un aspect terrifiant qui aurait pu agir comme un repoussoir, ce qui n'est finalement pas le cas tant l'on se sent transporté dans ce monde de souffrance et de terreur sourde. Cet album ne serait-il pas au final un reflet putride de l'humanité et de la ruine qui l'attend ? C'est probable. Si tel est le cas, Agathisma réussit alors un coup d'essai qui s'apparente ici à un coup de maître.

PUTRED - NECROMANTIE


On commence à bien se familiariser avec Putred qui nous avait envoyé du lourd l'hiver dernier avec Repulsie Post-Mortem, album brut de décroffrage, nécrotique à souhait, paru chez Carvernous Records. Bonne nouvelle, le groupe originaire de Transylvanie revient en début d'année prochaine, le 20 janvier pour être précis, avec un second opus, Megalit al Putrefac​ț​iei, qui sera édité par Memento Mori pour la version CD, Tenebrous Aberrations Productions pour le vinyle, ainsi que Iron Fortress Records (distribution américaine) et Dan's Crypt Records (distribution européenne) pour la cassette, dont on peut déjà savourer un avant-goût avec le morceau intitulé Necromanție, savoureuse petite pièce de death old school à l'odeur fétide.

VIDÉO : THE RED MASS RITUAL - SOMETIMES DEAD IS BETTER


Basé à New-York, The Red Mass Ritual a dévoilé récemment son premier EP, Burgundy Horror, sur lequel on retrouve notamment le morceau intitulé Sometimes Dead is Better, pour lequel un clip horrifique à la façon des vieux films muets a été tourné. Dans ce court-métrage bien sympathique, le groupe est confronté à une femme zombie vengeresse dont la tombe a été profanée. C'est l'occasion d'écouter le melodeath old school bien calibré de ce combo américain qui, à l'heure qu'il est, n'est pas signé sur un label.

mercredi 13 novembre 2024

MORBID CROSS - DENIED SALVATION


Voilà quinze ans que Morbid Cross porte fièrement sa croix, écumant les scènes pour assouvir les foules de son thrash metal blasphématoire. Dernièrement, lors des festivités d'Halloween, le combo du New-Jersey, qui compte deux albums à son actif parus respectivement en 2019 et 2022, a sorti un petit EP intitulé Denied Salvation, contenant quatre morceaux inédits qui sont autant de psaumes dédiés aux créatures les plus méphitiques du mondes des ténèbres, à la fin des temps et à la destruction de l'humanité. Un programme fort réjouissant venant d'un groupe qui maîtrise toujours aussi bien son sujet depuis sa naissance en 2009.

BACK FROM DEATH - ENSLAVING THE DEAD


Fondé en 2009 à Los Angeles avant de s'installer plus tard à Portland, dans l'Oregon, Back From Death est un groupe expérimenté dont les membres participent activement à divers projets comme Carnal Deity, Truculence et Idolatrous. D'ailleurs, on retrouve sur le premier album de ces américains, Enslaving the Dead, diverses influences venant de ces groupes avec un death oscillant entre brutalité, groove, technicité et mélodie. Un mélange détonant qui fait de ce tout premier opus (mieux vaut tard que jamais) une pièce de choix pour tous ceux qui savent apprécier le death old school sincère et bien conçu.

VIRTUAL ANNIHILATION - WORLD OF TERROR


Depuis l'état américain de Géorgie où il a été fondé il y a plusieurs années, Virtual Annihilation pratique un death old school teinté de grind. L'entreprise semble être familiale puisqu'on y retrouve Ty et Tyler Peacock, deux membres d'une même famille, qui se sont d'ailleurs occupés de la production du nouvel EP World of Terror paru au début du mois, tandis que le chanteur, Jeret McMurray, a géré les logos. Un vrai travail d'équipe donc, qui mérite d'être salué.

mardi 12 novembre 2024

LE CULTE DE L'UNDERGROUND : MUTILATED / MESTEMA / NECROSIC


LA PETITE TOUCHE FRANÇAISE.

On va dire les choses clairement. S'il y eut bien en France un engouement pour le death metal dont on peut situer les origines au cours de la seconde moitié des années 80, ce ne fut pas une vague déferlante comparable à celles que subirent les États-Unis ou la Suède durant la même période. Quand la musique disco a entamé son déclin à la fin des années 70, notre pays a commencé à se tourner vers les précurseurs de la musique électronique avant que la culture hip hop n'émerge quelques années plus tard. Avec cela, la variété française effectuait un tournant majeur, notamment sous l'influence de la pop et du rock qui allaient transfigurer le paysage musical dans l'hexagone avec comme aboutissement la création du Top 50. Le metal extrême s'est fatalement retrouvé noyé dans la masse malgré la popularité du thrash metal qui atteignait son apogée vers le milieu des années 80. Néanmoins, il y eut bien dans notre pays une émergence du death, à peu près à la même période, qu'il est important de ne pas négliger. Comme dans tous les styles musicaux, le death metal en France eut ses précurseurs. Si vous demandez à des spécialistes qui sont les pionniers du style, ils vous répondront sans doute Loudblast, Agressor, Massacra, No Return ou Mercyless, et ils ont bien raison. Cependant, si l'on prend le temps de fouiller un peu plus, on découvre assez vite que d'autres groupes français, dont la grande majorité ont disparu depuis longtemps, ont participé à cet effort. Ainsi, mes recherches m'ont amené à redécouvrir deux formations dont j'avais oublié l'existence, à commencer par Mutilated. Fondé à Bourg-en-Bresse en 1987 sur les cendres d'un projet death/thrash du nom de Mutilator, Mutilated débuta sous la forme d'un duo de musiciens composé de Michel Dumas et François Dauvergne. À eux deux, ils composèrent trois morceaux qu'ils inclurent dans une démo parue en juin 1988, intitulée Psychodeath Lunatics. Mutilated va alors se tailler une solide réputation de groupe français le plus extrême de l'époque et cette démo en fut sans aucun doute le révélateur. Dès les premières notes de The Crown of Death, on est entraîné dans un amplificateur de douleur par un Michel Dumas aux vocaux démoniaques, torturant sa guitare, tandis que François Dauvergne s'acharne comme un dément sur les fûts en envoyant des blast beats d'une rare violence qui viennent se loger dans le bas-ventre. Funerarium déferle ensuite comme une vague en furie avec sa rythmique très thrash portée par un solo de guitare de classe mondiale avant que Hysterical Corpse Dislocation n'achève les derniers survivants. Onze minutes au total d'un death cataclysmique ne cédant pas un pouce de terrain, blindé comme un char d'assaut de dernière génération et principal témoignage d'un groupe qui, bien que disparu trop tôt, n'en demeurait pas moins un fer de lance du death français de la fin des années 80. 


Au cours de cette même année 1988, sept ans avant qu'ils ne posent leurs valises, pour un temps, chez Mercyless, Pierre Lopez et David Kempf cofondent un projet baptisé Mestema, à Illzach, dans l'agglomération mulhousienne. Avec deux autres artistes, ils dévoilent leur première démo, Horrifying Sight, en février 1990. Très porté sur les sujets politiques et sociétaux, le groupe s'emploie à entremêler death et thrash sur cinq morceaux redoutables d'efficacité dont les fondations reposent sur un chant guttural d'une exceptionnelle qualité, typiquement old school et renforcé par d'imposantes sections dans l'instrumentation, aussi bien chez les cordes qu'à la batterie, avec des séquences d'une technicité de haut vol (Dissilution, le morceau qui ouvre la démo, est une pièce de choix à vous faire décoller du sol). Comme chez Mutilated, on retrouvait chez Mestema cette impression de puissance écrasante, cette envie d'en découdre sans faire de concession et cette ambiance très malsaine que le thrash et le punk influençaient beaucoup. Dommage que le groupe ait fini par se disloquer dans une quasi indifférence deux ans après cette démo monumentale que l'on peut ranger parmi les compositions majeures de l'époque, dans les archives du death français.


NECROSIC, UN POTENTIEL GÂCHÉ.

Mutilated et Mestema étaient le reflet d'une époque de changement, celle des années 80. On imagine le chemin que les deux formations françaises auraient pu parcourir si leur carrière s'était inscrite dans la durée, ce qui ne fut pas le cas. Bien plus tard, aux États-Unis, Necrosic connut ce destin contrarié de carrière raccourcie. Fondée en 2013 à Oakland, Californie, la formation, qui vit passer dans ses rangs l'ex-Autopsy Frank Migliore et l'ex-Funeral John Schafer, allait être considérée comme ce qu'on a coutume d'appeler dans le milieu un "super-groupe". L'effectif était notamment composé de Charles Coryn, membre d'Ascended Dead, Erika Osterhout, impliquée en tant que bassiste dans Scolex,  mais surtout Sean McGrath (très actif dans Ghoul et Impaled) et Eric Cutler cofondateur du groupe Autopsy. Pas étonnant, du coup, que le groupe californien mit près de trois ans à concevoir sa première œuvre musicale, l'EP Putrid Decimation, paru le 5 avril 2016 sur le label Nuclear War Now! Productions. Ce que l'on savait moins, en revanche, c'est que ce témoignage discographique, édité au format vinyle, allait être aussi le dernier du groupe avant que celui-ci ne devienne silencieux. Depuis, plus rien. Si aucune séparation n'a été officialisée, le statut de la formation américaine demeure inconnu. C'est là sans doute l'une des conséquences que d'être un "super-groupe". Chaque membre est tellement accaparé par d'autres projets qui lui semble plus important que tout ce qui vient en parallèle prend logiquement l'apparence d'un side project sur lequel on s'attarde moins. D'ailleurs, après la parution de Putrid Decimation, chacun s'est dirigé vers de nouveaux objectifs. Cutler s'est logiquement concentré sur son groupe de toujours, Autopsy, McGrath a continué avec Ghoul, dont il est toujours membre actif aujourd"hui, tandis que Charles Coryn et Erika Osterhout ont fini par rejoindre Chthonic Deity. Coryn s'est même impliqué dans Decrepisy et Funebrarum, alors que Osterhout a renforcé les rangs de Mortuous et Acephalix. Logiquement, je dirais même fatalement, Necrosic est passé au second plan. Une décision bien regrettable, un beau gâchis même car, Putrid Decimation avait vraiment de la gueule. Sur certains points, les quatre morceaux qui composent cet EP font beaucoup songer à un mélange entre Autopsy et Bolt Thrower. Squirming in your Guts, par exemple, est une superbe composition très inspirée du death metal de la vieille école, dont Putrid Decimation transpire par tous les pores. C'est du death solide, bien exécuté, conçu par des artistes qui se sont servis de toute leur expérience dans le milieu pour aboutir sur un travail sérieux et collectif. On ne peut donc être qu'atterré de voir une formation aussi prometteuse errer aujourd'hui quelque part entre les limbes et le purgatoire sans que l'on sache de quoi sera fait son avenir. Vu que huit ans se sont écoulés depuis cet enregistrement, l'humeur n'est pas à l'optimisme.