vendredi 9 janvier 2026

CHRONIQUES DE LA FOSSE : ISCEALD - ZAGUBIONY W BEZKRESIE (2025)


Oswald Richter n'est pas le plus connu des peintres européens de la fin du dix-neuvième siècle. Tout juste sait-on qu'il était allemand et qu'il vécut de 1861 à 1937. D'ailleurs, pour être franc, je ne connaissais pas son existence jusqu'à ce que je découvre l'une des ses œuvres, une scène forestière en hiver, sur la pochette du dernier album en date du groupe Isceald, Zagubiony w Bezkresie (qu'on peut traduire en français par "Perdu dans l'infini"), paru en mars de l'année dernière chez Werewolf Promotion. Là où nous pouvons être moins surpris en revanche, c'est de voir un groupe de black metal utiliser l'art pictural, en particulier le thème des paysages hivernaux, pour illustrer ses pochettes d'album. Il s'agit d'une manière courante de procéder pour la majeure partie des projets musicaux œuvrant dans un black metal de tendance atmosphérique, très porté vers l'ambient et le paganisme. On entend ici par Pagan metal un sous-genre où le heavy metal va puiser ses origines stylistiques vers le black metal, le folk nordique et la rusticité d'un paganisme résurgent lié à l'ésotérisme et au folklore européen. Isceald fait partie des nombreux groupes à se fondre dans cette ambiance très particulière, même si l'on va voir ici que le côté folklorique est quelque peu laissé de côté pour embrasser quelque chose de plus sombre et de plus contemplatif, nous rapprochant plus de formations réputées comme Paysage d'Hiver, Evilfeast, voire Bekëth Nexëhmü ou Burzum.

Zagubiony w Bezkresie peut être qualifiée d'œuvre quasi posthume, sa parution ayant coïncidé avec la séparation en mai de l'année dernière de Verih et Algol, les deux têtes pensantes du projet, qui semblaient ne plus être en accord à cause de différents d'ordre créatif. Un beau gâchis pour ce groupe polonais fondé à Varsovie en 2022 car, disons le sans détour, cet album est une splendeur. Une fois passé Przebudzenie ("Awakening" en anglais), superbe introduction instrumentale très cinématique teintée de mysticisme, le duo nous embarque pour une journée d'hiver dans les forêts enneigées sur Wędrówka ("Wandering"), puissant morceau sur lequel les nappes de claviers rencontrent les lames en furie d'un black metal old school aux contours mélodiques. Avec ses dix minutes, le morceau suivant, qui a donné son titre à l'album, reflète l'attrait du groupe pour les ambiances froides des longues soirées d'hiver auprès d'un feu se consumant lentement sous le pâle éclat de la lune. En optant pour un aspect plus contemplatif, Isceald donne à ses compositions une ampleur et une stature relevant d'une créativité remarquable qui va puiser très loin dans les très vieilles légendes nourries par la mythologie nordique. Ici encore, claviers et guitares paraissent s'entremêler pour des instants magiques empreints de mystères et de comptines. Après ce début étincelant, L'instrumental Dusze Zimnego Lasu ("Cold Forest Spirits") se pose majestueusement tel un cygne sur un lac, figé dans un instant de féerie. S'ensuit alors un final en trois longues étapes débutant avec deux pièces plus énergiques et radicales mais, n'oubliant pas la mélodie pour autant, Przez Zamieć ("Through the Blizzard") étant sans doute le morceau le plus tempétueux de l'album, suivi de près par un Ostatni Śnieg ("Last Snow") déroulant des trésors d'ingéniosité dans ses impressionnants changements de rythme. Ce n'est qu'à la fin, sur le beau et mélancolique Chłód ("Coldness") que le groupe semble retrouver les chemins de la contemplation, tel un adieu à tout ce qui nous est cher en ce bas monde.

Un adieu définitif, sonnant comme le glas pour Isceald, qui vient conclure superbement un album sans point faible, inspiré et solennel de bout en bout, et qui va sans aucun doute ravir au plus haut point les vrais passionnés de black metal atmosphérique. Décidément, la Pologne est un pays qui ne cessera jamais de me surprendre.

jeudi 8 janvier 2026

UNE DOSE DE BRUTALITÉ : MATRIPHAGY / GRAVITY CHASM / ECCHYMOSIS / NECROCRANIUM / HEMATOLOGY


Alors, prêts à affronter la nouvelle année ? Non ? Je vois. Un petit remontant vous ferait sans doute du bien pour vous requinquer après un nouvel an bien arrosé (ou un peu trop). Nous avons ce qu'il faut pour vous. Depuis Boston, Massachusetts, Matriphagy, qui va fêter cette année le dixième anniversaire de son existence, va dévoiler le 23 janvier son nouveau EP, From Nothing to Nothingness, via le très prolifique label Iron Fortress Records. Emmené par des musiciens qui ont déjà de l'expérience derrière eux (Will Robinson et Devin Dickinson officiant chez Wretched Inferno, Ray Brouwer étant guitariste d'Ancient Death), le combo s'adonne à du brutal slam death metal très porté vers la vieille école et particulièrement féroce. Des riffs monstrueux sont lâchés sur le morceau du même nom que vous pouvez écouter à cette adresse. Dans un trip très différent, Gravity Chasm est apparu l'année dernière sur les radars aussi mystérieusement qu'un objet volant non identifié. Groupe ou projet solo, quoi qu'il en soit, vous allez embarquer pour un voyage cosmique sous hallucinogène en écoutant le death brutal et technique de cette étrange entité. L'expérience vaut le détour en suivant ce lien. Revenons ensuite aux bases avec un groupe qui n'a plus grand chose à enseigner, j'ai nommé Ecchymosis. Avec douze ans de carrière au compteur, les thaïlandais distribuent les punchlines sur leur nouvel hymne, Deformation Through Cryobludgeoning Abuse, extrait de leur nouvel album, Thanatocorporeal Sculptures of Cryogenic Excruciation (que de poésie), à venir le 31 mars chez New Standard Elite. Du BDM virulent et sans pitié comme on aimerait en écouter plus souvent, avec James Shuster de Necessary Death et Delusional Parasitosis qui vient pousser la chansonnette sur ce morceau jouissif. Faites-vous plaisir en écoutant le résultat ci-dessous ou en vous rendant sur cette page. Depuis sa Silésie natale (partie polonaise) où il fut fondé en 2020, Necrocranium est en train de mettre la touche finale à son premier album dont la date de parution devrait être révélée incessamment sous peu. En attendant, le trio propose un avant-goût de ce futur brûlot sur Risen to Fall, un EP 4 titres très réjouissant dopé au pur brutal death metal des familles, dans le sens old school du terme, le tout avec un sens du groove qui fait mouche. L'intégralité de la galette est à consommer séance tenante à cette adresse. Nous ne pouvions pas terminer sans un dessert copieux qui nous est gracieusement offert par Hematology. Derrière ce nom officie un artiste colombien versant allègrement dans le goregrind le plus vil et putride qui soit sur cinq morceaux n'excédant pas la minute trente. Ramonage des conduits auditifs garanti, en plus des sensations fortes. Cette divine expérience, toute en tendresse communicative, s'écoute ici.

CHRONIQUES DE LA FOSSE : OSGRAEF - REVERIES OF THE ARCANE EYE (2025)


Infatigable travailleur, Alexander Poole multiplie les projets musicaux comme si sa vie en dépendait. Parmi les plus réputés, on trouve Martröd, Chaos Moon, Krieg et plus récemment Secrets, dont nous disions le plus grand bien dans cet article. Dernièrement, le musicien américain a dévoilé une nouvelle entité qu'il a cofondé avec son camarade de longue date, Rory Flay (Fervent Diabola, Lunar Sorcery, Azelisassath), du nom d'Osgraef. Sans perdre de temps, le duo, accompagné de l'artiste islandais Hafsteinn Viðar Lyngdal (tête pensante du projet black metal ambient Wormlust), s'est mis au travail pour concevoir un premier album, Reveries of the Arcane Eye, qui paraissait au printemps dernier chez Amor Fati Productions.

Reveries of the Arcane Eye révèle bien des attraits. La radicalité, la rugosité et la fougue dont l'album fait preuve sont la source d'alimentation d'un black metal cathartique empruntant aussi bien à la vieille école du genre qu'à ses dérivations plus modernes. Bien calé entre les deux mouvements (tradition et modernité), Osgraef déploie un spectre créatif assez large qui peut rappeler certains projets parallèles de Poole et Flay, en particulier Chaos Moon et Lunar Sorcery, Lyngdal y ajoutant sa palette d'artiste protéiforme pour l'ambiance, tandis que pour l'aspect plus brutal et plus radical, l'on voit pointer des influences pouvant évoquer Urgehal ou Sargeist. De manière plus globale, chacun des six morceaux qui composent l'opus tend vers une noirceur dominante que le groupe exploite dans les moindres interstices, donnant ainsi cette apparence très pesante et quasi irrespirable du début à la fin. Dès le premier morceau, Sekhem Apep - Vampyre's Enscription, une chape de plomb s'abat sur l'auditeur, le recouvrant d'un linceul opaque agissant comme un poids écrasant. Déferlant comme des vagues en furie, les blastbeats emportent tout sur leur passage même si parfois, des parties plus mélodiques viennent s'insérer au sein même de l'agitation et du bouillonnement de la brutalité, comme sur Magick Wound (Slithering Omnipotence of Toth), single au rythme incisif qui laisse entrevoir un rai de lumière dans les ténèbres. Mais, à chaque fois, Osgraef coupe court à tout espoir de rédemption en privilégiant une radicalité prenant des atours mortifères sur les imposants monolithes que sont Flesh Insigna ou Nox Luciferi, Liber Koth, longue plage de dix minutes aux sentiers dérobés s'apparentant à une descente aux enfers.

Les enfers, un sujet que le combo américain semble maîtriser sur le bout des doigts sur Reveries of the Arcane Eye. On a en effet l'impression d'y être, bien que les thématiques abordées par Osgraef soient plus profondes, l'une d'elle se référant au luciférisme, ce courant de pensée philosophique et littéraire lié au mysticisme (qu'on évitera surtout de confondre avec le satanisme dit classique) dont le groupe se nourrit ici avec avidité et qui inspira bien d'autres formations trempant dans le black metal radical. Si Osgraef ne réinvente rien, il parvient tout de même, de par cette approche, à ouvrir des portes vers des dimensions cauchemardesques dont on ne peut sortir indemne. Un choix qui impose le respect et qui rend ce premier album digne d'écoute.

mercredi 7 janvier 2026

SANCTVS - SACRIFIÉ SUR L'AUTEL DE LA RÉDEMPTION


Projet solo de l'artiste québécois Xavier Berthiaume (ex-Cauchemar et toujours actif aujourd'hui avec Atramentus, Oriflamme et Akitsa qu'il accompagne en live), Sanctvs va dévoiler le 30 janvier son nouvel album studio, De l'abîme au plérôme, via le label nordiste Osmose Productions. Sept ans après Mors Aeterna, son premier opus, l'artiste n'a rien perdu de sa passion pour un black metal abyssal et viscéral, entièrement dévoué aux ténèbres. Le morceau Sacrifié sur l'autel de la rédemption devrait aisément vous convertir.

CONCRETE - MIDNIGHT DEMIGOD


Nouvel album en vue pour Concrete. Le groupe bulgare fondé en 2011 dévoilera sa cinquième offrande, Absent Mortality, le 23 janvier chez Rebirth the Metal Productions. Toujours autant attiré par le monde des zombies et de la vie après la mort, le combo death metal old school distribue les uppercuts sur son dernier single en date, Midnight Demigod, en écoute ci-dessous.

INFINITE MISERY - ALTAR OF EXTRACTED TEETH (FEAT. UNDEATH)


Infinite Misery a une telle admiration pour Cannibal Corpse qu'il s'est permis de se faire appeler ainsi en hommage à une chanson de la célèbre formation figurant sur l'album Kill paru en 2006. Histoire de montrer un peu plus son allégeance, le combo du Connecticut s'est également inspiré du glorieux aîné pour son logo. Musicalement, l'influence de Cannibal Corpse est bien entendu très forte, notamment sur le morceau Altar of Extracted Teeth (sur lequel Concrete a invité Alex Sason, chanteur du groupe Undeath), extrait de l'EP du même nom qui va paraître le 6 février prochain. Vous l'aurez compris, Infinite Misery transpire le death metal old school à plein nez.

mardi 6 janvier 2026

VENTHIAX - RITES OF RA


Lentement mais surement, Venthiax commence à se faire un nom sur la scène metal extrême. Fervent défenseur d'un thrash metal old school teinté de speed metal qui nous ramène au temps du Slayer ou du Sodom des débuts, le trio suédois né en 2021 à Jönköping avait déjà prouvé sa valeur sur un EP éponyme paru il y a deux ans sur sa propre structure, Black Pages Records. Cette fois-ci, c'est sur un label nettement plus en vu, Dying Victims Productions, que va sortir le 27 février Rites of Ra, nouveau EP six titres dont on peut se faire une idée en écoutant dès à présent le morceau du même titre.

TOTAL ANNIHILATION - BENEATH THE CROSS


Bien que malmené par d'incessants changements de lineup, au point que Daniel Altwegg, le chanteur, n'en est plus que le dernier membre originel, Total Annihilation atteint cette année l'âge vénérable de vingt ans de carrière. De quoi fêter l'événement avec un nouvel album, Mountains of Madness, qui doit paraître le 16 janvier chez Testimony Records, six ans après le précédent. À l'écoute du morceau intitulé Beneath the Cross, on sent que le combo suisse demeure très attaché au death thrash metal qu'il pratique depuis ses débuts, ce dont on ne se plaindra pas.

VIDÉO : CADAVRUL - DEVOURED


Sous les braises, la bête respire encore. Fondé il y a plus de vingt ans à Constanța, Cadavrul résiste au temps malgré un lineup instable dont Sorin Vlad, le bassiste, est l'un des rares survivants aujourd'hui. Très ancré dans un death de la vieille école typé années 90, le groupe roumain revient avec un nouvel album, Necrotic Savagery, treize ans après Enter the Morgue, dont la parution est prévue le 23 janvier chez Loud Rage Music. À cette occasion ,un clip simple mais efficace a été réalisé pour le morceau Devoured.

lundi 5 janvier 2026

LES ARCHIVES DE LA CRYPTE - ÉPISODE 40


Ravage Cérébral explore les profondeurs les plus obscures et malsaines de la scène death metal underground en évoquant la mémoire de groupes disparus, oubliés, ressuscités ou toujours en activité depuis leurs débuts.

Judecca - Awakened by the Stench of the Dead (Wild Rags Records, 1993) :
Il s'agissait du premier EP du groupe fondé à Cape Coral en Floride avec trois morceaux préfigurant l'album Beyond, What the Eyes Can't See qui allait paraître deux ans plus tard. Le groupe à la courte existence (sept ans seulement) faisait étalage de sa remarquable créativité, d'abord sur le bref et très brutal Forensic Pathology, puis en montrant une facette plus sombre et plus doom sur The Black Blood of Christ, avant que Evil Born n'achève les survivants avec ses riffs plus thrash. La preuve que Judecca était capable de pratiquer un death metal aussi diversifié qu'inspiré.

Sadistic Intent - Reawakening Horrid Thoughts (Iron Pegasus Records, 2014) :
Après un bref passage chez Possessed entre 2007 et 2010, les frères Cortez, Rick et Bay, revenaient à leurs premières amours avec leur groupe de toujours, qu'ils avaient fondé en 1987 à Los Angeles (et qui fêtera l'an prochain ses quarante ans d'existence). Avec Ernesto Bueno à la guitare, lui aussi passé par Possessed durant la même période puis, l'arrivée dans l'effectif du batteur Arthur Mendiola (Cultus Profano), le combo publiait Reawakening Horrid Thoughts en septembre 2014, ce qui demeure à ce jour son dernier EP en date (Sadistic Intent n'ayant encore jamais enregistré d'album). Sur trois morceaux, dont une reprise de Fuck Off and Die de Darkthrone, le combo californien envoyait du death thrash de toute première facture lorgnant aussi bien du côté de Vader que chez Atomic Aggressor, Nunslaughter et bien sûr Possessed. Douze ans plus tard, on attend toujours une suite à ce brûlot... 

Necromis - Perish (1993) :
Vous allez vous sentir violemment agressé en écoutant les six titres de cette démo conçue par ce groupe fondé dans le Minnesota en 1991 et dont certains membres sont toujours actifs dans des projets comme Bestial Whore et Grand Demise of Civilization, le risque étant ici de se faire littéralement engloutir par une montagne de blastbeats en mode rouleau-compresseur. À l'écoute, c'est un peu comme si Morbid Angel, Mortal Decay, Dying Fetus et Suffocation s'étaient donnés rendez-vous pour une orgie de death metal brutal. Sachez que vous aurez droit à tout mon respect si vous sortez indemnes de cette expérience unique en son genre.

Violent Dirge - Obliteration of Soul (Carnage Records, 1991) :
Ce groupe originaire de Varsovie où il vit le jour en 1988 eut une existence de sept ans, ce qui lui laissa tout de même le temps de sortir deux albums, en 1993 et 1995. Avant cela, la démo Obliteration of Soul parut en mai 1991. On pouvait alors y entendre un groupe profondément investi dans un death metal contenant des parties techniques très intéressantes aux séquences parfois aériennes, comme sur l'instrumental Beyond the Nowhere par exemple ou sur un autre morceau tout aussi ambitieux intitulé The Holocaust qui refermait superbement cet ouvrage. Je n'irais pas jusqu'à dire que Violent Dirge était précurseur bien qu'il n'était pas banal à l'époque de voir un groupe d'Europe de l'Est se lancer dans un death aussi technique.

Incinerate - Incinerate (2000) :
On va rester dans le death technique avec ce groupe bien connu qui existe depuis 1998 et qui possède quatre albums à son actif, le dernier datant de 2020. Cette démo éponyme fut la toute première sortie des américains, sur laquelle figuraient trois morceaux très nerveux, certes techniques mais, avec une approche extrêmement brutale pouvant aussi bien évoquer Hideous Divinity, Malignancy, Deeds of Flesh et Suffocation (bref, un mélange de tout ça quoi). Très changeant au fil du temps et encore récemment remanié, le lineup a évolué à un point où Jesse Watson, le vocaliste, demeure le seul membre originel.