Oswald Richter n'est pas le plus connu des peintres européens de la fin du dix-neuvième siècle. Tout juste sait-on qu'il était allemand et qu'il vécut de 1861 à 1937. D'ailleurs, pour être franc, je ne connaissais pas son existence jusqu'à ce que je découvre l'une des ses œuvres, une scène forestière en hiver, sur la pochette du dernier album en date du groupe Isceald, Zagubiony w Bezkresie (qu'on peut traduire en français par "Perdu dans l'infini"), paru en mars de l'année dernière chez Werewolf Promotion. Là où nous pouvons être moins surpris en revanche, c'est de voir un groupe de black metal utiliser l'art pictural, en particulier le thème des paysages hivernaux, pour illustrer ses pochettes d'album. Il s'agit d'une manière courante de procéder pour la majeure partie des projets musicaux œuvrant dans un black metal de tendance atmosphérique, très porté vers l'ambient et le paganisme. On entend ici par Pagan metal un sous-genre où le heavy metal va puiser ses origines stylistiques vers le black metal, le folk nordique et la rusticité d'un paganisme résurgent lié à l'ésotérisme et au folklore européen. Isceald fait partie des nombreux groupes à se fondre dans cette ambiance très particulière, même si l'on va voir ici que le côté folklorique est quelque peu laissé de côté pour embrasser quelque chose de plus sombre et de plus contemplatif, nous rapprochant plus de formations réputées comme Paysage d'Hiver, Evilfeast, voire Bekëth Nexëhmü ou Burzum.
Zagubiony w Bezkresie peut être qualifiée d'œuvre quasi posthume, sa parution ayant coïncidé avec la séparation en mai de l'année dernière de Verih et Algol, les deux têtes pensantes du projet, qui semblaient ne plus être en accord à cause de différents d'ordre créatif. Un beau gâchis pour ce groupe polonais fondé à Varsovie en 2022 car, disons le sans détour, cet album est une splendeur. Une fois passé Przebudzenie ("Awakening" en anglais), superbe introduction instrumentale très cinématique teintée de mysticisme, le duo nous embarque pour une journée d'hiver dans les forêts enneigées sur Wędrówka ("Wandering"), puissant morceau sur lequel les nappes de claviers rencontrent les lames en furie d'un black metal old school aux contours mélodiques. Avec ses dix minutes, le morceau suivant, qui a donné son titre à l'album, reflète l'attrait du groupe pour les ambiances froides des longues soirées d'hiver auprès d'un feu se consumant lentement sous le pâle éclat de la lune. En optant pour un aspect plus contemplatif, Isceald donne à ses compositions une ampleur et une stature relevant d'une créativité remarquable qui va puiser très loin dans les très vieilles légendes nourries par la mythologie nordique. Ici encore, claviers et guitares paraissent s'entremêler pour des instants magiques empreints de mystères et de comptines. Après ce début étincelant, L'instrumental Dusze Zimnego Lasu ("Cold Forest Spirits") se pose majestueusement tel un cygne sur un lac, figé dans un instant de féerie. S'ensuit alors un final en trois longues étapes débutant avec deux pièces plus énergiques et radicales mais, n'oubliant pas la mélodie pour autant, Przez Zamieć ("Through the Blizzard") étant sans doute le morceau le plus tempétueux de l'album, suivi de près par un Ostatni Śnieg ("Last Snow") déroulant des trésors d'ingéniosité dans ses impressionnants changements de rythme. Ce n'est qu'à la fin, sur le beau et mélancolique Chłód ("Coldness") que le groupe semble retrouver les chemins de la contemplation, tel un adieu à tout ce qui nous est cher en ce bas monde.
Un adieu définitif, sonnant comme le glas pour Isceald, qui vient conclure superbement un album sans point faible, inspiré et solennel de bout en bout, et qui va sans aucun doute ravir au plus haut point les vrais passionnés de black metal atmosphérique. Décidément, la Pologne est un pays qui ne cessera jamais de me surprendre.









