vendredi 14 février 2025

WORMFACE - GORE FURNACE


Projet parallèle de plusieurs membres du groupe Anthropophagous, à qui l'on doit deux superbes albums, Death Fugue et Abuse of a Corpse, parus respectivement en 2021 et 2023, Wormface vient de dévoiler son premier album, Gore Furnace, sous la forme d'une offrande putride qu'un monstrueux troll des cavernes semble avoir lui-même déféqué. Désolé pour cette image peu ragoutante mais, qui semble se suffire à elle-même sur ce disque de death old school pestilentiel, visqueux et gluant, qui ne manque pas d'attrait malgré ce descriptif. À vous de vous faire votre propre opinion à l'écoute du morceau Heretical Usurpation, que voici.

VIDÉO : ADE - VINUM


Aubergistes, taverniers et autres piliers de bars, ouvrez grand les portes de vos vénérables établissements, que l'ambre et le vin coulent à flots pour les vaillantes légions romaines revenues victorieuses du combat ! Bon, vous aurez sans doute compris que le groupe Ade va sortir un nouvel album. Supplicium, cinquième acte du groupe italien natif de la capitale, va paraître le 25 mars prochain chez Time to Kill Records et, chanceux que nous sommes, un clip festif a été tourné pour l'occasion pour le morceau intitulé Vinum. Ade a beau avoir été tourmenté tout au long de sa carrière débutée en 2007 par d'incessants changements de lineup (Fabio Palazzola, le guitariste, étant le seul membre d'origine), le combo n'a rien perdu de sa gouaille en exécutant à la perfection son death guerrier très influencé par la longue histoire de la Rome antique.

jeudi 13 février 2025

INTO THE CRYPT : IMMERITS - VISCERAL NIGHTMARES


Asseyons-nous quelques instants et prenons le temps d'essayer de répondre à cette question cruciale qui continue d'alimenter les débats : où en serait le death metal aujourd'hui si la Finlande n'avait jamais existé ? Parce que c'est bien beau de dire que si les américains et les suédois n'avaient pas été là, le death n'occuperait certainement pas la place à laquelle il se trouve maintenant, mettre ces deux pays sur un piédestal serait non seulement réducteur mais aussi, irrespectueux pour d'autres nations ayant mis le pied à l'étrier. Bien sûr, Stockholm et Göteborg, ainsi que des états américains comme la Floride, la Californie ou le Texas (j'en oublie), ont été dans les années 80 l'épicentre d'un mouvement d'ampleur donnant naissance au genre. Cela, je ne le nie pas, bien au contraire car, on connaît l'importance de la scène qui s'est développée dans ces régions. Cependant, j'estime que la Finlande, de par l'effort qu'elle a fournie durant cette période (on en parlait d'ailleurs dans un article dédié) a toujours mérité sa part du gâteau en apportant un petit plus lui ayant permis, en quelque sorte, de forger son propre son (certes de facture classique mais, ô combien soutenu, lourd, oppressant et tourmenté) et, par voie de conséquence, sa propre identité.

Aujourd'hui, l'héritage qu'ont laissé des formations finnoises réputées comme Demigod, Abhorrence, Funebre ou Demilich, constitue pour les groupes plus récents une source d'inspiration intarissable. J'avais envie de saisir l'occasion pour vous parler de l'une de ses nombreuses jeunes formations dont j'ai découvert récemment l'existence, nommée Immerits. Fondé en 2023 à Lahti, le groupe se distingue par la jeunesse de son effectif, vingt ans de moyenne d'âge, dont un bassiste qui n'a que seize ans (le plus âgé des quatre membres étant Aleksi Hujanen, le guitariste rythmique, du haut de ses vingt-trois ans). Attention, n'allez surtout pas vous faire à l'idée, en partant de ce constat, que nous avons affaire à un groupe de jeunes poseurs immatures et inexpérimentés qui sont là pour amuser la galerie. En effet, Immerits possède dans ses rangs deux membres du groupe Obscenum (dont nous avions dit du bien dans Le coin des démos), Elias Laaksonen, le batteur, et Pyry Pöllänen, le chanteur et guitariste principal. C'est d'ailleurs ce dernier que l'on peut considérer comme étant le poumon du groupe, le maître artificier, pour reprendre des termes plus imagés. À vingt-deux ans, Pöllänen possède une gamme assez fascinante dans le guttural dont vous allez pouvoir saisir toute la qualité sur Visceral Nightmares par exemple, le dernier EP en date du quatuor sorti en novembre de l'année dernière. À l'écoute, vous constaterez sans doute quelques similitudes dans le chant avec des vocalistes comme Antti Boman (Demilich), Jarkko Rantanen (Adramelech), Jari Heinonen (Funebre), Jusa Janhonen (Morbific) ou même pourquoi pas Dan Greening (premier chanteur de Cryptopsy). De plus, le gars excelle à la guitare en imprimant un rythme constant, oppressant et pouvant s'avérer assez technique lorsqu'ils se lancent dans des solos. Écoutez un morceau comme Incarcerated by Degeneracy, par exemple, extrait de la démo du même nom parue en septembre 2023, et vous verrez à quel point le jeune homme est capable de créer des harmonies proches d'un son psychédélique enfonçant les portes de la perception.

Bien entendu, Pyry Pöllänen peut compter sur une bonne section rythmique pour le soutenir, souvent accompagnée du chant plus aigu et plus criard de son compère Aleksi Hujanen en guise de second vocaliste. L'ensemble forme un tout cohérent avec un death aux structures torturées, jamais sur le même rythme, un rendu bien morbide et méphitique. Bref, du death metal typiquement scandinave mais surtout, fermement enraciné en terre finlandaise. Immerits est un groupe plus qu'intéressant qu'il vous faut découvrir séance tenante, si ce n'est pas encore fait.

CHRONIQUES DE LA FOSSE : PHANTOM - SCRIPTUM THELEMA (2020)


Phantom est dans une situation inconfortable. Après le départ l'année dernière du guitariste Bastian Ilabaca et du batteur Hugo Galarce, le chanteur Branco Bustamante se retrouve désormais seul, à la recherche d'une nouvelle section rythmique. Dommage de voir le groupe chilien en difficulté après les œuvres de qualité qu'il a conçues, notamment l'album Scriptum Thelema, dont il va être question ici.

Phantom fut fondé en 2017 à Quilpé, dans la région de Valparaiso. Une démo parue en 2018 puis, un EP en juin 2020, ont suffi au groupe pour se faire une place sur le grand échiquier du metal extrême sud-américain dont la trempe n'est plus à prouver depuis longtemps, de même que les spécificités. Sincérité de l'approche, brutalité de la conception, vieille école dans les structures, morbidité de l'atmosphère, sans oublier le côté malsain que dégage l'ensemble, ce sont là les signes distinctifs du death metal d'Amérique du Sud et, croyez-moi, on retrouve ces distinctions sur cet album, le seul à ce jour révélé par la formation chilienne. Porté par un imposant chant guttural et une base rythmique dégageant une certaine carrure, Scriptum Thelema possède l'attrait principal d'un ouvrage typiquement old school et respectant avec fidélité les codes anciens du death metal. Mais attention, cela ne veut pas dire pour autant qu'il est une copie conforme de bien des albums du même acabit. Il y a en effet de l'harmonie dans cette obscurité ambiante et une réelle volonté de se distinguer des autres. Des harmonies dont l'ampleur se libère pleinement sur Frozen by Negative Thoughts et à l'intérieur desquelles s'amplifient de sublimes solos de guitares à vous coller des frissons, un morceau comme Thelema en étant un remarquable aperçu grandeur nature.

Si le death metal de la vieille école occupe logiquement une place prépondérante sur ce disque, se permettant même de puiser profondément dans ses racines, comme sur Twisting the Cage, dont l'aspect assez thrash s'avère vivifiant et efficace, Phantom possède également le caractère nécessaire pour s'aventurer vers d'autres terres. Cette capacité à voir plus loin crée une envergure permettant au combo de s'épanouir dans un registre plus blackened death sur des morceaux plus ambitieux mais, tout aussi harmonieux, que ...To the Eternal Abyss of Hate (un des singles les plus sombres de l'album) ou Visions of Phantoms. Décidément, Phantom a tout ce qu'il faut pour exécuter avec justesse un death metal vertueux et habité n'ayant aucune peine à s'extirper du lot. Espérons que le groupe se sortira de la mauvaise passe qu'il traverse en ce moment.

VIDÉO : CORROSIVE ELEMENTS - AN AMERICAN HERO


Corrosive Elements fête en 2025 ses vingt ans de carrière. Après plusieurs changements de lineup (le groupe avait même une chanteuse à ses débuts) et deux opus publiés, dont Cut the Serpent's Head en novembre dernier sur le label GreyveStorm Productions, les franciliens apparaissent dans un clip pour An American Hero, morceau extrait de l'album précité, et sur lequel toute la furia death/thrash du combo éclate dans une ambiance morbide et guerrière.

lundi 10 février 2025

LES ARCHIVES DE LA CRYPTE - ÉPISODE 33


Chaque lundi, Ravage Cérébral explore les profondeurs les plus obscures et malsaines de la scène death metal underground en évoquant la mémoire de groupes disparus, oubliés, ressuscités ou toujours en activité depuis leurs débuts.

Toxaemia - Kaleidoscopic Lunacy (1990) :
Les suédois posaient les fondations de leur death violent, lourd et rageur sur cette démo inaugurale composée de quatre titres d'une remarquable prestance sur lesquels semblait déjà reconnaissable leur groove si particulier, soutenu par une section rythmique tranchante, bien ancrée dans la tradition scandinave et portée par le chant fabuleux de Stevo Bolgakoff. La suite allait hélas s'avérer moins réjouissante avec une séparation en 1991, suivie d'un interminable silence avant qu'une reformation surprise ait lieu plus de vingt-cinq ans plus tard sous l'impulsion du même Bolgakoff et de son compère Pontus Cervin, le bassiste.

Bacteria - Septical Uproar (1989) :
Avant que Renato Gallina et Paul Mazziotta ne forment Disembowelment en novembre 1989, les deux compères se sont amusés dans un drôle de projet baptisé Bacteria avec lequel ils sortirent notamment cette démo de débauche totale, assourdissante et conçue avec de très modestes moyens. Situé quelque part entre grindcore et brutal death metal, l'ouvrage était des plus primitifs et ne suscitait pas de réel intérêt si ce n'est celui de provoquer un joyeux foutoir. Plus de trois décennies plus tard, on se questionne toujours autant sur la véracité de la chose.

Mortem - Slow Death (1989) :
Formé au printemps 1987 par Marius Vold et Steinar Johnsen (ce dernier évoluant toujours au sein d'Arcturus), cette obscure entité put également compter sur le soutien d'un certain Hellhammer (Mayhem, Arcturus) qui jouait de la batterie sur cette démo inaugurale parue le 19 mars 1989. Le trio, qui ne versait pas encore dans le black metal, pratiquait ici un death sombre et primal, cryptique, horrifique et rempli de noirceur. Pour compléter le tout, Per Yngve Ohlin, alias Dead (Mayhem), avait dessiné la pochette de cet étrange ouvrage.

Pendulum - Hecate (1992) :
Restons en Norvège avec ce projet dont il s'agissait de la seconde et dernière démo avant qu'il ne se fasse rebaptiser Carpathian Full Moon. L'occultisme et la mythologie nordique occupaient ici une place de choix sur fond de blackened doom metal suffocant et malsain avec, en plus, pour agrémenter le tout, une petite reprise bien sentie du Call from the Grave de Bathory. Une démo pas inoubliable mais, suffisamment accrocheuse pour ne pas tomber dans l'oubli.

Eaten Alive - Demo II (2014) :
Terminons avec un groupe plus contemporain bien que disparu il y a dix ans. Ce trio né à Santiago du Chili officiait dans un death old school plutôt classique et, bien entendu, largement influencé par l'école sud-américaine. Toutes les traditionnelles thématiques horrifiques étaient ici passées à la moulinette pour un rendu crasseux et désinvolte digne d'une vieille démo de la fin des années 80. On se laisse volontiers prendre au jeu même s'il n'y a rien de transcendant à retenir.

VIDÉO : BENEDICTION - ENGINES OF WAR


Vétéran respecté de la scène death metal old school, Benediction dévoilera son neuvième album, Ravage of Empires, le 4 avril prochain chez Nuclear Blast. En attendant cet événement important, le combo de Birmingham a tourné un clip pour le très bon morceau Engines of War que voici.

dimanche 9 février 2025

LE COIN DES DÉMOS (09/02/25)


Chaque dimanche, Ravage Cérébral ouvre les portes de l'enfer et s'enfonce dans les bas-fonds les plus insalubres pour y rechercher des groupes récents de metal extrême tapis dans les profondeurs de l'underground.

Intubation - Distorted Perceptions (2025) :
Ce tout jeune groupe finlandais, qui ne doit certainement pas avoir plus de dix-huit ans de moyenne d'âge et dont deux des trois membres sont frères, propose ici un death abouti, forcément influencé par la scène old school de son pays. À l'aise aussi bien dans un registre sombre et lourd (Depraved Hallucinations) que dans un tempo plus rapide (comme sur le très gore Ode to Dismemberment), le trio récite parfaitement ses gammes, notamment grâce à un chant terrifiant dont la gutturalité impressionne. Dans certaines séquences, l'inspiration venant de groupes tels que Morbific ou Depravity se ressent. Attention, ces jeunots ne sont pas là pour faire de la figuration et sont à prendre très au sérieux.

Purging - Demo (2025) :
En provenance de Long Beach, Californie, ce mystérieux projet envoie du blackened death aux teintes assez doomy où peuvent s'entremêler diverses ambiances à la fois lourdes, oppressantes et atmosphériques (le magistral Magnificent Hallucinations étant à lui seul un morceau de bravoure permettant d'apprécier tout le panel artistique de la formation). Très inspirée du début à la fin, cette démo enchaîne les pépites avec une facilité qui pourrait en déconcerter certains. Le résultat n'en est que plus magistral, d'autant plus qu'il s'agit d'un premier jet. À suivre de près.

Ce groupe suisse propose un black metal ayant une approche moderne avec deux morceaux lorgnant vers une orientation post-black qui aurait probablement pu s'avérer digne d'intérêt s'il n'y avait une désagréable impression de déjà entendu. Les intentions sont louables mais, la soupe trop réchauffée. On va donc gentiment passer notre chemin.

Cursed Past - Ancient and Unbound (War Vellum, 2024) :
Nous sommes dans l'un des nombreux projets solo de l'artiste canadien T. McClelland qui œuvra notamment pour le groupe de blackened death Antediluvian en 2011 et 2012 (en tant que bassiste et vocaliste). Du black metal, on en retrouve (un peu) sur ce disque, surtout sur The Villainous Truth, tandis que Ancient and Unbound possède une petite touche un peu plus rock. À part ces observations, il n'y a pas grand chose à retenir, l'ennui ayant même dominé sur le morceau instrumental acoustique The Mask Hangs Heavy dont on se demande bien quelle est l'utilité. Circulez, il n'y a rien à voir.

Abyssal Decimator - Demo VII.I.MMXXV (2025) :
La violence se déchaîne sans retenue au sein de cet énigmatique projet écossais mené par un seul homme dont c'est le tout premier essai discographique. Les vannes sont grandes ouvertes pour un pur déferlement de blackened death sans la moindre pitié, abrasif, rugueux et pouvant prendre parfois des accents guerriers, comme sur le morceau All Shall Fall, pièce maîtresse de cette démo 3 titres clôturée en moins de dix minutes. Rien de transcendant, ni de surprenant mais, une volonté très claire de laisser une trace destructrice, ce qui est déjà pas mal.

LE CULTE DE L'UNDERGROUND : CES ALBUMS DE DEATH METAL PARMI LES PLUS BRUTAUX ET OUTRAGEANTS DES ANNÉES 90 (PARTIE 3 : 1996-99)


Suite et fin de notre gros dossier du culte de l'underground. Après une première partie consacrée à la période allant de 1990 à 1992, puis une deuxième partie s'étalant de 1993 à 1995, c'est l'heure du grand final avec une sélection de dix albums de death metal parmi les plus brutaux parus entre 1996 et 1999. Sans surprise, vous allez pouvoir constater que le brutal death metal occupe une place importante. Il faut dire que durant cette période, de sérieux représentants du genre occupaient l'espace.

Dying Fetus - Purification Through Violence (Pulverizer Records, 1996) :


Le groupe de Baltimore, qui possédait à l'époque un lineup très différent de celui d'aujourd'hui (à part ce vieux briscard de Gallagher), signait une œuvre majeure sur ce tout premier chapitre violent et intense encore difficile à égaler de nos jours. Brutal à tous les étages, l'opus dessinait ce qu'allait être l'identité de Dying Fetus pour les années suivantes, que préfigurait la démo Bathe in Entrails de 1993. Riffs monstrueux, section rythmique bodybuildée, qualité technique, sans oublier un Jason Netherton inspiré à l'écriture des paroles, tous les ingrédients qui ont fait de Dying Fetus un mastodonte du BDM au fil du temps étaient déjà réunis. Un album plus qu'incontournable.

Mortician - Hacked Up for Barbecue (Relapse Records, 1996) :


Après des démos très prometteuses parues à la fin des années 80 et au début des années 90, on se doutait bien que le combo de Yonkers allait nous pondre un premier opus de derrière les fagots. Ça n'a pas loupé sur Hacked Up For Barbecue, album de pur brutal death metal devenu un classique du genre, très inspiré par le cinéma horrifique puisqu'on y trouve des références à plusieurs films tels que The Fog, Cannibal Ferox, Suspiria et Massacre à la tronçonneuse. Musicalement, les limites de la brutalité étaient allègrement franchies sur les vingt-quatre morceaux composant la galette. Mortician entrait de plein pied dans la cour des grands.

Vomitory - Raped in Their Own Blood (Fadeless Records, 1996) :


Bien qu'il fut influencé à ses débuts par des groupes comme Venom, Sodom, Slayer et Napalm Death, le groupe de Karlstad s'est assez vite démarqué pour s'épanouir vers un son résolument death metal que bien des groupes suédois de sa génération pratiquait. Une tendance qui se retrouvait sur ce premier album ravageur, crasseux dans sa production, primitif dans son exécution et d'une puissance rarement égalée dans sa structure. À la brutalité du son s'ajoutait celle de la présentation avec cette pochette qui ne faisait pas dans la dentelle, c'est le moins qu'on puisse dire. C'était le grand Vomitory des frangins Gustafsson, avec un Ronnie Olson au sommet de son art sur la partie chant.

Intestine Baalism - An Anatomy of the Beast (Repulse Records, 1997) :


Toujours considéré aujourd'hui, à juste titre, comme un des plus grands groupes de death metal japonais, le combo tokyoïte lâchait un énorme pavé sur ce premier opus d'une rare intensité en réussissant l'exploit d'unir sous une même bannière brutalité et mélodie. Il en ressortait un disque hors norme, parfaitement produit, sur lequel la violence parfois extrême des riffs venait épouser les contours gracieux d'harmonies dont la beauté était à couper le souffle. C'était, en quelque sorte, une autre façon d'aborder la brutalité dans le death metal et les nippons avaient trouvé sans aucun doute la bonne formule.

Mortal Decay - Sickening Erotic Fanaticism (Pulverizer Records, 1997) :


Un album incontournable qui, comme le bon vin, se bonifie avec le temps et ne perd rien de sa saveur initiale. Ce premier opus faisait suite à trois démos remarquables sur lesquelles le groupe du New-Jersey se spécialisait dans un brutal death metal qui allait devenir de plus en plus technique et porté par une production radicale. Une radicalité qui atteignait son point d'orgue sur ce disque constituant finalement la suite logique des événements et du travail accompli par le quintette alors que Johnny Paoline passait brièvement la main à Kelly Izquierdo au chant. Tout sur cette œuvre majeure de death metal n'était que décadence et outrage, jusqu'à sa fameuse pochette que les membres de Mortal Decay avaient eux-mêmes conçue.

Rotting - Crushed (United Guttural Records, 1998) :


L'aspect repoussant de la pochette se suffisait à lui seul. Les canadiens de l'Ontario, qui allaient se séparer quelques années après ce seul album, n'étaient pas là pour discuter broderie au coin du feu. L'objectif était clairement de laisser la colère s'exprimer dans toute son ampleur sur ces dix morceaux violents, horrifiques et abrasifs, devenus au fil du temps des pièces incontournables du brutal death metal. Le côté écrasant de la production, agissant comme un rouleau-compresseur, ne laissait pas le temps à l'auditeur de reprendre son souffle entre deux morceaux. Avec sa section rythmique de métronome, le groupe avançait tel un peloton d'exécution en ordre de marche dans un chaos indescriptible. Toutes les limites possibles et imaginables étaient franchies sur ce disque sans concession.

Scattered Remnants - Destined to Fail (Repulse Records, 1998) :


L'album qui a bâti la légende du groupe du Massachusetts, juste avant la séparation. Plusieurs atouts majeurs en faisaient une œuvre incontournable et majestueusement terrifiante : une production en béton armé, des harmonies remarquables et techniques au cœur même d'un maelstrom de violence absolue, les vocaux hallucinants de Jason Hendershaw que l'on pouvait considérer à l'époque comme l'un des meilleurs dans cet exercice, sans oublier la voix angélique de Bonnie Dion venant se poser délicatement sur des terres ravagées (les incroyables structures de Angelic Redemption). Un album toujours intouchable aujourd'hui et à ranger parmi les plus bestiaux des années 90.

Deranged - High on Blood (Regain Records, 1998) :


Un album culte, n'ayons pas peur de le dire, pierre angulaire du death metal suédois par son versant le plus brutal. Classique du genre qui n'hésitait pas à s'aventurer en territoire grind, lorgnant du côté de Dying Fetus, Vomitory et Avulsed pour les influences les plus marquantes. Qu'ajouter de plus si ce n'est que la qualité de la production rendait l'ouvrage encore plus puissant et terrifiant jusqu'à atteindre un niveau d'outrage que le quatuor, sûr de sa force, pouvait bien se permettre après un premier album très prometteur sorti en 1995.

Necrophagist - Onset of Putrefaction (Noise Solution Records, 1999) :


Tout le génie et la palette artistique de Muhammed Suiçmez s'exprimait pleinement sur cette œuvre inégalable qu'on ne peut comparer avec aucune autre. Ce premier opus était certes complexe et difficile à apprivoiser de par sa redoutable technicité peu accessible au commun des mortels et de par l'aspect progressif de ses structures internes dont les intrications pouvaient être comparées au circuit neuronal d'un cerveau humain. Dans cette expérience labyrinthique demandant un effort de concentration poussé à l'extrême, la brutalité pouvait soudainement apparaître au détour d'un couplet ou au sein d'éléments jazzy savamment enchevêtrés dans la matrice. Bref, un classique du genre contre lequel rivaliser serait peine perdue.

Vile - Stench of the Deceased (indépendant, 1999) :


Avant de faire dans le melodeath, le combo californien faisait dans le death old school des familles brutal et sans pitié. Premier des quatre albums de leur discographie, Stench of the Deceased constituait un melting-pot d'influences qui pouvait très bien aller de Cannibal Corpse à Deeds of Flesh en passant par Dying Fetus, Deranged, le Suffocation des débuts, sans oublier un soupçon de Morbid Angel que le jeu de batterie de Mike Hamilton venait renforcer. Ces divers télescopages rendaient unique l'expérience d'écoute sous un aspect brut de décoffrage laissant peu de place aux tergiversations. Vile ne se posait de toute façon pas de question. Pour faire dans le brutal, autant rentrer dans le lard des gens en y allant frontalement. Les choses avaient le mérite d'être claires sur ce disque bestial.

DEATH OBVIOUS - DEATH OBVIOUS


Énigmatique duo masculin/féminin en provenance de Finlande, Death Obvious s'amuse à bousculer les codes et à brouiller les pistes sur son premier album éponyme venant de paraître. Les deux artistes y pratiquent avec dextérité et créativité un blackened death/doom metal sombre et oppressant pouvant flirter avec des ambiances cinématiques aussi déroutantes qu'envoûtantes. Une drôle d'expérience qu'il vous est donné d'écouter dans son intégralité ci-dessous.