samedi 3 janvier 2026

CHRONIQUES DE LA FOSSE : GENOCIDIO - DEPRESSION (1990)


L'histoire du death metal au Brésil suit une trajectoire à peu près similaire à celle des États-Unis. À partir d'épicentres situés principalement à São Paulo et Belo Horizonte, une vague déferlante s'étendit rapidement à tout le pays dans les années 80 avant d'en quitter les frontières pour atteindre les nations voisines, notamment le Chili et la Colombie. Très logiquement, les noms de Sepultura et de Sarcófago reviennent le plus souvent en tant que précurseurs, sans oublier Vulcano et Mutilator. On est donc dans un schéma classique d'émergence et d'expansion pareil au modèle américain mais, avec tout de même une nuance qui rend le Brésil fascinant : la diversité de sa scène metal extrême. Dans les années 80, si le heavy metal et le thrash metal se taillaient la part du lion, d'autres styles plus underground comme le blackened death ou le blackened thrash commençaient déjà à émerger grâce à plusieurs des groupes précédemment cités.

Ainsi, en 1986, l'année où Sepultura sort son premier album, Morbid Visions, et avant que Sarcófago n'embraye avec I.N.R.I. en 1987, on voit surgir de São Paulo un nouveau groupe du nom de Genocídio. Quatre ans plus tard, après trois démos et un EP, le groupe dévoile le premier de ses neuf albums, Depression, via un label brésilien qui n'existe plus aujourd'hui, Heavy Metal Maniac Records. Dans un condensé de trente minutes environ, le trio dévoile une surprenante palette qui diffère de ce que l'on pouvait entendre au Brésil durant cette période. Plutôt que de calquer ses compositions dans la mouvance death thrash qui était alors très populaire, Genocídio adopte une posture plus sombre en choisissant la voie tortueuse et expérimentale du blackened death qui était certes déjà présent au début des années 90 mais, moins répandu. Soutenues par un chant guttural remarquablement calibré, les compositions se fondent dans une ambiance malfaisante et délétère lorgnant vers un death lugubre et crasseux ne faisant aucune concession. Sur des morceaux de moins de trois minutes, le groupe laisse exploser une colère noire que des petites pépites comme Only a Solution, Pyromaniacs ou Catalepsy amplifient avec beaucoup de dextérité et un côté brut de décoffrage très appuyé. Cependant, le combo ne contente pas de faire dans le brutal. Là où il nous surprend le plus vient de sa capacité à s'embarquer dans des plans plus techniques que l'on voit se développer sur des morceaux un peu plus longs. Dans ce domaine, Depression, le single qui a donné son titre à l'album, pourrait en dérouter plus d'un de par son approche plus progressive et ses nombreuses petites structures venant s'imbriquer les unes dans les autres. Ce choix se retrouve également dans The Pit and the Pendulum, morceau refermant l'album, avec toujours cette volonté de proposer plusieurs facettes qui vont ensuite se mélanger pour obtenir un tout cohérent.

Sur cet album surprenant, Genocídio faisait le choix radical de s'éloigner des standards de l'époque en créant une identité qui lui était propre. Allait s'ensuivre une période de créativité très intense à raison d'un album tous les trois ans jusqu'en 2002 et qui se poursuit de nos jours malgré la disparition en 2024 de Marco Masiero qui fut le premier chanteur de la formation et que l'on peut entendre sur Depression. À l'écoute de cet album, on comprend pourquoi le Brésil demeure un acteur important de l'évolution du death metal à travers les âges.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire