Chaque lundi, Ravage Cérébral explore les profondeurs les plus obscures et malsaines de la scène death metal underground en évoquant la mémoire de groupes disparus, oubliés, ressuscités ou toujours en activité depuis leurs débuts.
Excruciate - Mutilation of the Past (1990) :
Trois ans avant Passage of Life, album qui allait devenir une référence du death metal européen mais aussi, précipiter leur fin, les suédois d'Excruciate signaient une première démo d'une qualité remarquable axée sur un death sombre et malveillant, d'une rare intransigeance. Soutenus par des riffs d'une puissance phénoménale qui n'étaient pas sans rappeler les premiers enregistrements de Deicide, des morceaux comme Eternal Incubation, Inhumation Postnatal ou Bubonic Plague prenaient une dimension macabre et horrifique d'une intensité extraordinaire tandis que le groupe avait dans le même temps cette capacité à s'épanouir dans des passages plus techniques sur Slow Death, par exemple, ou Beyond the Circle, sans pour autant s'éloigner des racines scandinaves auxquelles il est toujours demeuré fidèle malgré une carrière trop courte. Cette démo était incontestablement la marque d'un grand talent qui allait par la suite gagner en envergure et en ambition sur ce joyau inclassable que serait Passage of Life en 1993.
Revenant - Beyond the Winds of Sorrow (1987) :
Avant qu'il n'intègre Incantation en 1989, John McEntee fut pendant trois ans guitariste de Revenant (aux côtés de Paul Ledney entre autres), groupe fondé à Bergenfield dans le New-Jersey en 1986 et qui durant son existence d'une durée de neuf ans sortit plusieurs démos, des EPs et un album auquel McEntee (second en partant de la droite sur la photo ci-dessus) ne participa pas puisqu'il était déjà partie vers de nouveaux horizons avec Incantation. Parue en 1987 au format cassette, Beyond the Winds of Sorrow, première démo de Revenant, comportait cinq morceaux enracinés dans un death/thrash brut de décoffrage et impitoyable, chanté à très vive allure par le vocaliste et guitariste Henry Veggian qui venait de quitter son groupe d'origine, Regurgitation, au style death/grindcore, et qui allait ensuite brièvement passer par Whiplash en 1993. Cette démo furieuse et malfaisante était l'exemple typique de ce que l'on pouvait écouter de plus extrême à l'époque avec ce mélange de death et de thrash montrant les liens très forts qu'entretenaient encore les deux genres.
Conscious Rot - The Soil (Fight Zone, 1994) :
Ce groupe naquit à Vilnius, en Lituanie, en 1992 et ne vécut que trois ans, laissant quelques démos dans son sillage, dont celle-ci, qui constitue sans doute leur travail le plus abouti. À l'image de leurs voisins lettons de Dies Irae (dont nous parlions dans cet article) ou des mexicains de Cenotaph (que nous évoquions également dans les Chroniques de la fosse), ces gars nous faisaient découvrir un death aux multiples visages, tantôt brutal et sans concession, sur un morceau comme Dirty par exemple, tantôt plus technique et progressif, proche de groupes comme Death, sur des joyaux de créativité comme Post Mortal Wrath, Insane Heritage (très inspiré de la célèbre formation de Chuck Schuldiner) ou Offspring, alors que The Holy Soil dévoilait la face plus expérimentale du combo européen à renfort de flûte et d'une guitare imitant à la perfection le son d'un violon. Un groupe définitivement atypique qui n'eut hélas pas le temps de se développer.
Hecate Enthroned - An Ode for a Haunted Wood (1995) :
Toujours en activité aujourd'hui, le groupe britannique fondé en 1995 allait très vite devenir un sérieux représentant de la scène black metal symphonique et mélodique dès ses premiers enregistrements. Sur cette première démo, qui est en réalité une restauration sous forme d'un EP connu sous le nom de Upon Promethean Shores (Unscriptured Waters), le sextet déployait des trésors de créativité d'un lyrisme exaltant pouvant atteindre des sommets épiques sur les morceaux les plus longs, comme To Feed Upon Thy Dreams ou An Ode for an Haunted Wood, dont la poésie majestueuse ne pouvait être contestée. Le superbe chant du regretté Jon Kennedy, premier vocaliste de la formation, décédé en 2023, était d'une remarquable maîtrise dans les aigus criés et dans des tons plus clairs et plus gutturaux, tout en étant soutenu par une instrumentation digne d'un black metal grandiose et homérique. On comprend pourquoi ce groupe est toujours au top de sa forme malgré le temps qui passe.
Drowned - Viscera Terræ (Black Warcult Productions, 2006) :
Demeuré fidèle depuis ses débuts en 1992 à un death sombre et torturé qui trouvait aussi bien son inspiration chez Tiamat que chez Incantation, Drowned devait aussi son talent à la remarquable complémentarité de ses membres, deux d'entre eux allant plus tard intégrer Necros Christos. Cinquième démo de la formation berlinoise (il faudrait ensuite attendre huit ans pour qu'un premier album sorte enfin avec un lineup différent), Viscera Terræ constitue encore à ce jour un des travaux les plus aboutis de Drowned en terme de production, d'intensité et surtout de noirceur, le morceau Abyssic Dead, They Sing for Me, étant à lui seul un exemple de ce que ce groupe était capable de créer en terme de musique lugubre et malfaisante. Cruellement sous-estimé, Drowned demeure pourtant un acteur incontournable de la scène death metal de par sa rigueur et son inflexibilité à pratiquer un style à l'identité très forte.
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