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lundi 18 novembre 2024

LE CULTE DE L'UNDERGROUND : CHRIS BARNES, LES ANNÉES THRASH


Avant ses débuts avec Cannibal Corpse en 1988, dont il deviendra le vocaliste, Chris Barnes était déjà impliqué dans la scène metal extrême locale de sa ville de naissance, Buffalo, dans l'état de New-York, où il vit le jour en 1967. L'artiste n'a pas encore vingt ans lorsqu'il cofonde au milieu des années 80 un groupe du nom de Satan's Angel avec Rich Ziegler à la basse, Bob Rusay à la guitare et Paul Mazurkiewicz à la batterie, ces deux derniers finissant par s'allier à Barnes en 1988 pour devenir qui vous savez... Satan's Angel ne se produit qu'une fois sur scène en décembre 1985, dans un petit concert au cours duquel le groupe reprit des morceaux de Celtic Frost et Accept, avant de changer de nom l'année suivante pour devenir Tirant Sin. Cependant, Chris Barnes décide de ne pas poursuivre l'aventure et se lance dans un nouveau projet baptisé Leviathan, épaulé par les musiciens Mike Green, Angelo LoCoco, Greg St. John (qui fera un passage plus tard chez Malevolent Creation) et Jeff Juszkiewicz (qui passera lui aussi par Malevolent Creation). S'en suit en 1987 une démo remarquable, Legions of the Undead.


D'une durée de dix-sept minutes, la démo se compose de quatre morceaux ancrés dans un thrash metal rapide et violent, flirtant avec le punk/hardcore. On y entend notamment, et c'est l'un des faits les plus marquants de Legions of the Undead, un Chris Barnes dont les vocalises sont encore très éloignées de ce qu'il proposera plus tard avec Cannibal Corpse, le chanteur adoptant ici les intonations caractéristiques du thrash/speed, criardes, aiguës et résolument enracinées dans un punk corrosif et très typé. Cela fait de Legions of the Undead une pièce de choix, un trésor unique, pourrait-on dire, dans le développement de la scène américaine de cette époque. Le groupe va d'ailleurs rester très actif au cours de l'année 1987 puisqu'une autre démo paraît à peine quelques mois plus tard, dans la même veine que la précédente, dont les cinq morceaux sont enregistrés lors de répétitions. Avant que l'élan ne se brise subitement en 1988, Leviathan apparaît une dernière fois sur un split album orchestré par le magazine Metal Forces, dont nous aurons l'occasion de parler dans un futur article.

Malgré le brûlot incendiaire que fut Legions of the Undead, Leviathan s'éclipse en 1988. Deux de ses membres, Chris Barnes et Mike Green, choisissent l'hypothèse Tirant Sin afin de rebondir. Le moment est plutôt bien choisi puisque le combo restait sur des échecs avec deux chanteurs, Bill Gurgol et Dennis John Glinski (qu'on retrouvera chez Putrefest et Carnal Dissection). Barnes retrouve donc ses compères du temps de Satan's Angel, Ziegler, Rusay et Mazurkiewicz. Tout ce petit monde, avec Joe Morelli à la guitare qui a rejoint Tirant Sin en 1987, se met à travailler sur une nouvelle démo, Mutant Supremacy, qui voit le jour en 88. Deux morceaux y sont proposés, plus un instrumental. Tirant Sin est intéressant à plus d'un titre car, le style musical diffère de celui de Leviathan avec un son plus lourd, plus sombre et moins rapide, on peut même dire plus death bien que l'énergie du thrash soit toujours présente. On sent d'ailleurs une évolution dans le chant de Chris Barnes qui, bien que toujours aussi criard, se fait plus profond, plus malsain et plus menaçant. Nul doute que nous avions sur cette démo les prémices de Cannibal Corpse, sous l'influence grandissante de Barnes, Rusay et Mazurkiewicz. Pas étonnant que la même année, les trois lascars aient décidé de claquer la porte pour fonder la toute première mouture du légendaire groupe avec Jack Owen et Alex Webster. La suite appartient à l'histoire.

mercredi 29 novembre 2017

LEVIATHAN - THE FIRST SUBLEVEL OF SUICIDE

 Leviathan

On s'expose toujours à un très grand risque en écoutant un album de Leviathan : celui de rester prisonnier dans l'esprit tourmenté de celui qui, depuis vingt ans, officie derrière l'entité fondée en Californie, j'ai nommé Jef Stuart Whitehead. Risque d'autant plus grand que même si l'on parvient à s'en extirper, ce n'est jamais sans blessures internes, sans y laisser une part de son âme, l'homme en question étant très porté sur des sujets peu réjouissants découlant d'une personnalité asociale.
2003 marquait le commencement d'une odyssée au cœur des ténèbres sous la forme d'un premier jet aussi violent que terrifiant, The Tenth Sublevel of Suicide. Avant la sortie de cet imposant opus, toujours considéré presque quinze ans plus tard comme un monument majeur de la scène black metal US, Leviathan s'était déjà livré à des expériences musicales, s'aventurant en profondeur dans les tréfonds de l'âme humaine. Si certains de ses enregistrements, disséminés entre 1998 et 2002 sont connus, d'autres en revanche sont demeurés dans l'ombre, inhumés au plus profond d'une cave noire et glaciale. On apprit ainsi que nombre de ces morceaux, que l'on peut considérer comme des chutes de studio, avaient servi de terreau ou de "chrysalide" (comme le dit lui même Whitehead) à ce qui allait devenir plus tard The Tenth Sublevel of Suicide.
Sous la houlette d'Ascension Monuments Media, toute jeune entreprise qui a vu le jour en début d'année en Californie, ces reliques exhumées parviennent enfin aux oreilles du commun des mortels. Au cours des prochains mois, Leviathan va libérer ses monstres d'antan, annonciateurs de jours bien sombres et de nuits cauchemardesques. Le rituel va officiellement débuter le 1er décembre avec The First Sublevel of Suicide, figure paternel ou enfant mort-né de l'album cité plus haut. À l'écoute, on retrouve les ingrédients qui ont servi à concevoir The Tenth Sublevel of Suicide. Des morceaux comme Scenic Solitude and Leprosy ou He Whom Shadows Move Toward ou encore Mine Molten Armor sentent la dépression à plein nez, l'envie d'envoyer tout valser et d'en finir avec l'humanité. Une impression qui se ressent également sur l'instrumental The Bitter Emblem of Dissolve, dans un style ambient que le bonhomme sait maîtriser à la perfection, avec ce qu'il faut d'atmosphère lourde et étouffante, si bien que l'on se trouve dans un état proche de la suffocation lorsque commence The Idiot Sun, morceau le plus violent de l'album, qui se charge d'anéantir toute forme de volonté en broyant ce qui reste de vous. Et dire que ce n'est qu'un début...