jeudi 8 janvier 2026

CHRONIQUES DE LA FOSSE : OSGRAEF - REVERIES OF THE ARCANE EYE (2025)


Infatigable travailleur, Alexander Poole multiplie les projets musicaux comme si sa vie en dépendait. Parmi les plus réputés, on trouve Martröd, Chaos Moon, Krieg et plus récemment Secrets, dont nous disions le plus grand bien dans cet article. Dernièrement, le musicien américain a dévoilé une nouvelle entité qu'il a cofondé avec son camarade de longue date, Rory Flay (Fervent Diabola, Lunar Sorcery, Azelisassath), du nom d'Osgraef. Sans perdre de temps, le duo, accompagné de l'artiste islandais Hafsteinn Viðar Lyngdal (tête pensante du projet black metal ambient Wormlust), s'est mis au travail pour concevoir un premier album, Reveries of the Arcane Eye, qui paraissait au printemps dernier chez Amor Fati Productions.

Reveries of the Arcane Eye révèle bien des attraits. La radicalité, la rugosité et la fougue dont l'album fait preuve sont la source d'alimentation d'un black metal cathartique empruntant aussi bien à la vieille école du genre qu'à ses dérivations plus modernes. Bien calé entre les deux mouvements (tradition et modernité), Osgraef déploie un spectre créatif assez large qui peut rappeler certains projets parallèles de Poole et Flay, en particulier Chaos Moon et Lunar Sorcery, Lyngdal y ajoutant sa palette d'artiste protéiforme pour l'ambiance, tandis que pour l'aspect plus brutal et plus radical, l'on voit pointer des influences pouvant évoquer Urgehal ou Sargeist. De manière plus globale, chacun des six morceaux qui composent l'opus tend vers une noirceur dominante que le groupe exploite dans les moindres interstices, donnant ainsi cette apparence très pesante et quasi irrespirable du début à la fin. Dès le premier morceau, Sekhem Apep - Vampyre's Enscription, une chape de plomb s'abat sur l'auditeur, le recouvrant d'un linceul opaque agissant comme un poids écrasant. Déferlant comme des vagues en furie, les blastbeats emportent tout sur leur passage même si parfois, des parties plus mélodiques viennent s'insérer au sein même de l'agitation et du bouillonnement de la brutalité, comme sur Magick Wound (Slithering Omnipotence of Toth), single au rythme incisif qui laisse entrevoir un rai de lumière dans les ténèbres. Mais, à chaque fois, Osgraef coupe court à tout espoir de rédemption en privilégiant une radicalité prenant des atours mortifères sur les imposants monolithes que sont Flesh Insigna ou Nox Luciferi, Liber Koth, longue plage de dix minutes aux sentiers dérobés s'apparentant à une descente aux enfers.

Les enfers, un sujet que le combo américain semble maîtriser sur le bout des doigts sur Reveries of the Arcane Eye. On a en effet l'impression d'y être, bien que les thématiques abordées par Osgraef soient plus profondes, l'une d'elle se référant au luciférisme, ce courant de pensée philosophique et littéraire lié au mysticisme (qu'on évitera surtout de confondre avec le satanisme dit classique) dont le groupe se nourrit ici avec avidité et qui inspira bien d'autres formations trempant dans le black metal radical. Si Osgraef ne réinvente rien, il parvient tout de même, de par cette approche, à ouvrir des portes vers des dimensions cauchemardesques dont on ne peut sortir indemne. Un choix qui impose le respect et qui rend ce premier album digne d'écoute.

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